dimanche 10 février 2013

A la rencontre de Potato Baba

Le lendemain, nous partons aux aurores à la recherche d'un temple perché à deux cent cinquante mètres au dessus de la plaine. Le départ se fait dans la nuit quand les rues de la ville sont encore endormies. Nous ne dérangeons guère que les chiens errants. La marche se fait à la lumière des étoiles, Benoît sursautant au moindre bout de bois imaginant être assailli par un serpent. La montée se mérite, les marches étant de plus en plus hautes à mesure que l'on s'approche du temple.

La montagne compte un temple à son sommet

Le ciel commence à rosir, chassant doucement la voûte céleste. Les lumières orangées de Pushkar s’éteignent progressivement pour laisser place à un halo blanc de masures ramassés sur elles-mêmes. La ville se love autour d'un petit lac entouré de montagnes en forme d'épines dorsales. Autour, la végétation est éparse, le sol aride annonce les stigmates du désert naissant.


Notre palace que l'on quittera avec regret 


Un tchai nous réchauffe devant cette vue ensorcelante. Nous observons les singes se débattre pour la meilleure place au soleil. Des perroquets se tiennent en équilibre tels de funambules sur les fils électriques. Ayant été bousculés par un réveil très matinal, l'appareil photo est resté dans la chambre d'hôtel. Pas de photos donc. Dommage.

 Nos compagnons sur les ghâts

De retour dans la plaine, Benoît arpente le quartier des commerçants à la recherche de bonnes affaires. Nous échangeons, en français, avec un indien qui, pendant neuf ans, a tenu un commerce de tissus au Bénin. Il est déjà prêt à nous vendre le stock de sa boutique, vantant ses châles en poils de cou de chameau qui, parait-il, font fureur en Europe. Sabine nous entraîne dans le tour du lac. Chaque vue souligne la quiétude de l'endroit.

 Une partie des cendres de Gandhi a été dispersée sur ce ghât

Nous rencontrons Bashkar, un indien né à Pushkar. Son enfance n'a pas été des plus faciles. Son père ayant sombré dans l'alcoolisme, il a du prendre le rôle de chef du foyer pour nourrir son frère et sa sœur cadets. Travaillant dès l'âge de quatre ans, il n'aura jamais eu la chance d'aller à l'école. Le développement touristique de sa ville natale lui a cependant apporté une relative prospérité. Il tient absolument à nous faire rencontrer Potato Baba, un sadhu célèbre pour se nourrir, depuis plus quarante ans, exclusivement de patates. Défi pour le moins surprenant mais qui l'a rendu célèbre.

Aymeric, transformé quelques heures en dromadaire par le Baba

Nous partons donc, à la tombée du jour, en sa compagnie dans un rikshaw affrété pour l'occasion, trois devant, deux derrière. L'équilibre durant le trajet est plus que précaire. Nous rejoignons le temple de Shiva au creux des montagnes abrité par un banian centenaire. Non loin de là, règne le fameux Potato Baba. Il ne sera cependant pas présent ce soir là, un autre baba ayant pris temporairement la relève (il est parti à la Kumbh Mela, voici le lien vers article d'actualité du monde sur le sujet : http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/portfolio/2013/02/10/des-millions-d-indiens-se-baignent-dans-le-gange-pour-la-kumbh-mela_1829740_3216.html).

Drapé de blanc, doté d'une barbe poivre sel et d'une silhouette longiligne, il nous accueille, nous proposant de s’asseoir à ses côtés. Il pratique son rituel ancestral. Son acolyte s'adonne, pour notre plus grand plaisir, à des positions de yoga plus que déroutantes. Nous ne tenterons pas de l'imiter. Nous resterons assis en position de lotus, tout simplement, à contempler les étoiles sur le toit de son temple, aussi nombreuses que les 33 millions de dieux que l'Inde a su abriter dans la plus grande tolérance. 


Position de l'oreiller intégré

1 commentaire:

  1. ça aurait pourtant été utile de vous y entraîner pour les futurs nuits dans des trains et hôtels spartiates!!

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