C'est
avec regret que nous quittons la paisible Pushkar pour la turbulente
Jaipur. Notre arrivée dans la gare routière est remarquée. Des
dizaines de rickshaw-wallah nous attendent de pied ferme pour nous
accueillir au milieu de hélements, sonnant comme des acclamations
dignes d'une arrivée à Cannes, mais sans tapis rouge, ni Croisette
ni photographes.
Les odalisques du Harem peuvent voir sans être vues
Nous
décidons de passer vaillamment notre chemin et de rejoindre notre
auberge à pied. Mal nous en a pris ! Nous apprendrons à nos
dépends que l'Inde n'est pas faite pour les piétons. La rue semble
être à l'image la société indienne où celui qui marche n'est
rien car il n'a pas les moyens de se véhiculer autrement. A grands
renforts de klaxons, les voitures foncent sur les rickshaw qui
bousculent les cylco-pousses qui frôlent à leur tour les piétons,
qui évitent les vaches et les chiens errants. Chacun n'hésiterait
pas à renverser l'autre s'il ne se dégageait pas rapidement de sa
trajectoire.
Envolée de pigeons au pied du fort d'Amber
Une
coulée de véhicules roulants en tout genre se déversent sur nous
alors que nous essayons de remonter une longue avenue bientôt noyée
dans la pénombre. Avec nos sacs sur le dos, nous formons des proies
de premier choix et finissons par céder à l'appel insistant du
rickshaw. Nous arrivons à l'hôtel, les nerfs ébranlés, pour
apprendre qu'il est complet. Nous finirons à l'hôtel d'en face,
dans une chambre sans charme, mais propre (c'est déjà ça).
Le mot jardin en persan, pairi-daeza, a donné au français,
le mot Paradis, qui est d'abord un jardin, d'Eden de préférence
le mot Paradis, qui est d'abord un jardin, d'Eden de préférence
Le
lendemain, nous nous rendons dans la vieille ville, toujours à pied
et toujours au milieu d'un torrent de véhicules. En chemin, nous
croisons la « poste centrale ». Acheter des timbres
s'avère d'une complexité sans nom, suivant le principe indien :
pourquoi faire simple lorsqu'on peut faire compliqué. L'agent de
poste nous indique le bureau d'en face en parfait bureaucrate, en
évitant soigneusement de nous regarder car « échanger un
regard reviendrait à reconnaître un être humain » (Parias,
Pascal Bruckner). Nous nous rendons au bureau indiqué pour nous voir
renvoyer au bureau initial. Kafka a aussi des adeptes en
Inde !Vaincus, nous repartons bredouille, les cartes postales en
poche. Il nous faudra fréquenter plusieurs postes, avant de
comprendre que le bakchich est de rigueur dans les institutions
publiques et la commission pour les agences privées. Nous espérons
que vous recevrez ces fameuses cartes postales. Un jour peut être.
Coupole recevant le soleil couchant
Nous
parvenons à la vieille ville, entourée de murailles et découpée
en quartier, chacun réservé à un commerce particulier. Après
celui des sculptures en pierre, plutôt kitsch, nous découvrons le
quartiers des bijoutiers où Sabine dégotera des dizaines de
bracelets en résine, qui finiront en mille morceaux au fond de son
sac. Les indiennes se couvrent les bras de bracelets brillants, ainsi
que les chevilles. Elles se parent de boucles d'oreille, un piercing
au nez et se couvrent de saris étincelants.
Sabine se révèle une redoutable négociatrice
Nous
découvrons le cœur de la ville, peint en rose, tradition datant de
la visite du roi d'Angleterre en signe d'accueil. La ville a depuis
conservé cette tradition, donnant une impression de conte de fée.
Le harem est magnifique. Le palais plus décevant.
Benoît et Sabine cèdent aux délices du Palais
Nous
prenons un bus local, Benoît et Aymeric resteront debout,
l'habitacle étant bondé. La vision du fort d'Ajmer est majestueuse.
Dressé au sommet d'une colline, entourée de crénelures imposantes,
il trône royalement surplombant un lac en contrebat. Les salles de
réception des affaires publiques, puis privées, et enfin le harem
sont splendides. Un travail d'orfèvre pour recouvrir les parois
marbrées. Le coucher du soleil illumine d'un dégradé de couleurs
l'architecture moghol. Nous sommes conquis par le charme de
l'endroit.
Un peu d'ombre au cœur du harem
Nous
croisons deux français à la sortie qui nous racontent leur
mésaventures que beaucoup d'autres nous ont déjà racontées. Les
agences de voyages de New Dehli facturent plus que de raison les
tours organisés avec chauffeur et tickets de train. Ils avouent
avoir été forcés par le commerçant un peu rude devant lequel ils
ont cédé. Deux françaises nous raconteront aussi avoir pris un
rickshaw pour la journée. Ces derniers leur assurent être mariés
(et donc d'une moralité irréprochable) et montrent, en preuve
irréfutable, des photos de leur femme, avant de finir la journée,
beaucoup plus entreprenants, avec cette phrase : « Les
femmes, c'est comme la nourriture. On se lasse de manger toujours la
même chose. ». Implacable mode de pensée !!
Les personnages féminins manquent à l'appel dans ce film d'action
Nous rentrons et assistons à une séance de cinéma dans l'un des plus vieux cinémas du pays. Il s'agit de Special 26, le blockbuster du moment, une sorte d'"Ocean eleven" à la sauce indienne. Durant les trois heures que dure le film, la musique est à fond. Les rires, les pleurs d'enfants, les allers et venues ponctuent la séance. Les scènes d'action sont d'anthologie. Pas besoin d'effet spéciaux : course poursuite qui se termine dans une charrette à bras relevée avec un vieux scooter slalomant dans la circulation. Les scènes d'amour, avec chansons larmoyantes et fond d'écran rose sont aussi mémorables. Il y a des longueurs. La moitié du film est constituée de scènes où des hommes marchent, d'un pas décidé, sur un fond musical strident. Bollywood a de longs jours devant lui.
Un peu de rococo indien pour l'intérieur du cinéma
On finira la journée au Mac Do. Il est essentiellement végétarien en Inde. Think global, Act local !!! Nous engouffrons un Maharaja Mac, la version chicken de l'indémodable Big Mac. Ironie, MacDo fait une campagne pour récolter les habits pour les nécessiteux et les redistribuer. Que ferait les pauvres de l'Inde sans Mc Do ?
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