Nous
prenons le train en catégorie 3 AC, la grande classe avec banquette
en cuir, climatisation et gardien interdisant toute
entrée clandestine. Benoît découvre le train indien dans des
conditions sultanesques !
Sabine, confortablement installée dans sa couchette de luxe
Nous
arrivons dans la ville de Khajuraho, dont la seule richesse est son
patrimoine lubrique. Il y bien peu de visiteurs, hormis des hordes de
toutous-ristes débarqués en voyage organisé, de sorte que nous
sommes la proie des rabatteurs et vendeurs de gadgets « kama
sutra » qu'ils vous agitent sous le nez. Il
faut apprendre petit à petit à les ignorer, pointer le regard vers
l'horizon pour éviter qu'ils ne s'accrochent à vos basques dès le
premier signe d'intérêt.
Deux jambes en l'air, deux jambes à terre,
le tantrisme est aussi un art de la souplesse
Toujours
en compagnie de notre couple de réunionnais, Jérôme et Ghislaine,
nous découvrons les temples Jain et hindouiste, érigés entre 950
et 1050 sous le règne des Chandela.
Apparaissent sous nos yeux des
centaines de sculptures par étage dont la finesse est remarquable.
Profondément influencée par l'école de pensée tantrique, la
dynastie Chandela diffusa cette approche au travers de leurs
monuments royaux, y compris les temples.
Les sculpteurs de Khajuraho illustrent tous les aspects de la vie, dont on tenait alors à aborder avec franchise, et ouvertement, toutes les facettes, y compris le sexe.
Des ombres sculptées avec finesse
Peuples dévots
Les sculpteurs de Khajuraho illustrent tous les aspects de la vie, dont on tenait alors à aborder avec franchise, et ouvertement, toutes les facettes, y compris le sexe.
Imaginations tantriques en action
Ainsi,
de nombreuses sculptures érotiques, voire pornographiques, couvrent
les façades. Toutes les positions sont permises, ainsi que toutes
les combinatoires aussi bien en nombre (2, 3, 4, …) qu'en terme de
participants (hommes, femmes, animaux, …), même si le couple reste
roi. Ce dernier présentait une importance particulière dans la
mesure où le cosmos tantrique est divisé en principe masculin et
principe féminin : le principe masculin possède la forme et le
potentiel, le féminin l'énergie. Selon la philosophie hindoue et
tantrique, l'un ne peut réussir sans l'autre, puisqu'ils se
manifestent dans tous les aspects de l'univers. Rien ne saurait
exister sans la coopération et la coexistence. Vive l'androgyne
primitif platonicien !
"des poitrines gonflées par le désir de vivre"
Il
est amusant de découvrir le contraste entre les scènes dénudées
des façades et le rire étouffé des indiennes voilées de la tête
au pied. Pour elles, c'est un peu comme visiter une forêt vierge au
milieu de la banquise.
Des indiennes sensibles au didactisme ambiant !
Pour
découvrir les autres temples cachés dans la jungle, nous
enfourchons une bicyclette et découvrons les villages alentours.
Certains sont à majorité musulmane. Les sourires ravis des
habitants et des enfants nous entourent et tranchent avec l'accueil
à Khajuraho. Nous traversons des champs fleuris et découvrant des
ruines au soleil couchant. Instant privilégié !
Sortie à vélo dans les villages des alentours
Khajuharo
sera aussi l'occasion de rencontrer Alexandre, canadien de son état
et sacré bourlingueur (il a connu l’Éthiopie de l'intérieur).
Nous fêtons son anniversaire tout en partageant ses
anecdotes et son énergie autour d'un repas italien. Nous aurons
droit à des expressions québécoises épicées, loin de la froideur
de la Belle province (-15°C en ce moment) : "tabernacle" (zut),
"la patente" (le truc), "à chier par terre" (c'est super) ... Il se
déroulera sans Jérôme qui ne s'est toujours pas remis du terrible
poulet tandoori pas cuit du Raj Café. Ce réunionnais de toujours ne
cessera par la suite de fantasmer sur un boucané-pommes de terre
qu'il ne reverra malheureusement pas avant son retour sur l'île de la Vanille.
Impossible de se photographier sans les enfants du coin
Nous
hésitons à nous rendre directement à Allahabad pour la Kumbh-Mela.
Finalement, nous prenons la décision d'aller d'abord à Varanasi,
puis de là, nous nous rendrons au cœur de l'événement. Pour
l'instant, nous ne savons pas comment ! Croisons les doigts pour
que la trompe de Ganesh nous couvre de ses bons auspices !
Qui osera le barbier de rue ?
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