Le
réflexe est pavlovien. Lorsque l'on a peur, on se croit obliger
d'agir vite, souvent trop vite. Notre bus entre dans Agra en fin de
journée. Un type débarque, bien habillé, une étiquette
« officielle », sur le torse. Il crie, dans un mauvais
anglais, « Taj Mahal is here ». Moment d’angoisse,
on se croit arrivé. Ni une ni deux, on s'expulse du bus le plus vite
possible. Il repart. On se retrouve au milieu de nulle part. On vient
de se faire avoir. La gare routière est à plus de dix kilomètres.
Le Taj Mahal est un mirage. Nous sommes victimes d'une combine de
chauffeurs de rickshaws pour obliger à prendre une course
supplémentaire. Pour eux, c'est toujours quelques roupies à se
mettre dans la poche et pour nous, un tracas supplémentaire.
Première hallucination.
Aurore boréale au Taj
A
la lueur de l'aube, nous rejoignons le Taj Mahal. Le site est
époustouflant. La lumière du soleil se dégrade sur le marbre
blanc. Tel un trône, le mausolée moghol domine la rivière.
L'ambiance, plus persane et arabe que jamais, est posée. Hommage à
un amour trop rapidement disparu, le Taj Mahal garde ses mystères
éthérées. Deuxième hallucination.
Depuis la mosquée
Aujourd'hui,
dans les rues, on a droit à des « Happy Valentine's Day »
de la part des enfants des rues. C'est la fête des amoureux.
Ironique de se retrouver ce jour-là, au Taj Mahal. Rien n'était
pourtant anticipé. La visite n'est pas pour autant gratuite pour
eux ! Troisième hallucination.
Un style moghol affirmé
Le
fort d'Agra est rouge. Depuis ses remparts, le Taj Mahal, d'un blanc
immaculé, se distingue derrière les fumées de la pollution
grisâtre. Des perroquets ornent les ouvertures.
Notre hôtel est piteux. « Taj Mahal is outside,
not inside ». On essaye de se faufiler dans les ruelles du
bazar. On manque de se faire renverser. Les femmes, essentiellement
musulmanes, arborent des voiles colorés noués derrière la tête.
Le simple tour de la mosquée prend une demi-heure à travers la
cohue des échoppes posées sur les trottoirs. Chaque quartier ne
vend qu'un type unique de produits. On survit. Quatrième
hallucination.
Un perroquet nous observant de son abri
Les abords chaotiques du Taj Mahal, un contraste saisissant
Nous retrouvons deux haute-savoyardes, Julie et Aurélie, déjà croisées à Jaipur, autour d'un tali. L'une est métisse franco-vietnamienne ; l'autre est blonde aux yeux bleus reteinte en brune spécialement pour accomplir ce voyage indien dont elles rêvent depuis leur plus jeune âge. Elles nous disent devoir affronter quotidiennement les pupilles noires curieuses des indiens amusés de voir ainsi deux filles seules vagabonder dans leur pays.
Benoît joue les gros bras avec les convoyeurs de fond. Il pose avec leur arme, un fusil de confection indienne, sans crosse. Il sourit de satisfaction.
Benoit posant fièrement avec l'arme des convoyeurs de fonds
Dans le rickshaw, on finit trois devant, et trois derrière. Notre chauffeur arbore une chemise rose des plus gitanes.
A cinq dans un rickshaw
Il nous conduit au Baby Taj à la tombée du jour.
Un mausolée de Maharajah
Les singes se cherchent des poux langoureusement dans le parc. Au coucher du soleil, l'instant est magique. Cinquième hallucination.
Des singes gambadent dans le parc
Nous finissons la journée autour d'un dîner indien avec les mêmes commensaux. Une Royal Enfield, l'Harley Davidson indienne, pétarade au coin de la rue. Nous échangeons des anecdotes de voyage. Nous partons pour la gare. Direction Khajuraho. Un couple de réunionnais nous attend dans le wagon B2. Nous routes se recroiseront. Dernière hallucination.
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