Le Gange s'anime
Nous avons entrepris de nous rendre à la Kumbh Mela, le plus grand rassemblement religieux au monde. Durant deux mois et demi, tous les douze ans, une centaine de millions de personnes se rendent sur ce lieux pour se purifier dans le Gange, notamment d’innombrables Sâdhus.
Arc-en-ciel de tentes au bord du Gange
Nous
partons un peu angoissés à l'idée de se faire broyer au milieu
d'une foule impitoyable. Être femme et occidentale attire également
plus d'un regard appuyé. Il faudra rester sur ses gardes et
toujours groupés. Nous devons partir légers et abandonnons la plupart de nos affaires à
l'hôtel à Varanasi. C'est une vraie expédition. Sacs de couchage
et bouteilles d'eau comme seuls bagages, nous voilà partis avec
Gaspard, ancienne connaissance de Sadhana.
Trois pèlerins cherchant leur tente
Après
un premier rickshaw rudement négocié, nous nous embarquons pour
trois heures de bus chaotiques. Nous approchons d'Allahabad et découvrons des champs infinis de tentes : près de soixante-dix
kilomètres de campement s'étendent à nos pieds. De toutes les couleurs, elles sont faites de
bric et de broc. On se croirait dans
un immense camp de réfugiés au milieu d'un désert de sable blanc.
Ambiance de kermesse en plein Gaza où les religieux orthodoxes se
promènent dans le plus simple appareil et absorbent comme nourriture
spirituelle du chanvre indien ! Sacré cocktail indien sans
alcool !
Sabine pose devant un éléphant déambulant
Nous
descendons du bus. On ne sait trop où aller. Des éléphants se
mêlent à la circulation. Nous recherchons désespérément un plan
des lieux. Il faut que nous trouvions le secteur 6 et une tente
précise, entreposée parmi des millions. Les militaires
nombreux seront pour nous une mine de renseignements. Benoît
n'hésite pas à tous les interpeller, même une escadrille de gardes
à cheval que nous croiserons !
Heureusement, notre campement sera plus accueillant
Les
indiens nous regardent avec des yeux écarquillés. Ils nous
interrogent : « which country ? », « You
like here ? », « Why do you come to the kumbh
mela ?». Nous sommes les seuls occidentaux, ou presque,
parmi cette marée humaine. Le contact est sincère loin de tout
marchandage commercial. On apprécie le sourire des familles
indiennes, dévotes et curieuses.
Les
tentes sont organisées par quartier, séparées par de longues allées
en terre poussiéreuse. Nous découvrons des vrais toilettes (grand
soulagement pour Sabine) mais aussi, pour les amateurs, des champs ouverts avec des trous pour faire ses "besoins à l'indienne" en plein air. Nous nous apercevons que le camp est
finalement étonnamment bien organisé. Loin du chaos de la première
vision, nous constatons qu'il y a de l'électricité, de l'eau
courante, des toilettes, des routes et des ponts. Le gouvernement
indien a mis des moyens extraordinaires pour ériger un campement
provisoire pour trente millions de personnes (la moitié de la
population française !!!) sur le lit du Gange. Les autorités
sanitaires balancent même à haute dose du DDT dans l'air et de la
soude près des marres, pour éviter les moustiques et les épidémies.
Nous voyons ainsi des nuages entiers nous passer au-dessus de la tête.
Irrespirable !!! Cela nous occasionnera un rhum incessant et une
toux de sâdhu !
Éclats de rire au coucher du soleil
Après
trois heures de marches, nous parvenons à notre « bio organic
camp ». Un havre de paix ! Il s'agit d'une ONG, qui
s'occupe de permaculture au bénéfice des populations tribales
(adivasi). Un feu est entretenu toute la journée durant. Les
occupants sont tellement perchés qu'on se demande bien comment ils
pourront redescendre un jour. L'un d'entre eux sort de trois ans
d'ashram au Nouveau Mexique. « I am happy to be happy »
conclura-t-il. Le bonheur est simple comme le bonheur.
Sadhu John et Sadhu Jack parlent brushing
Nous
parcourons les campements jusqu’au rainbow camp. Nous assistons à
des rituels d'un autre âge. Les indiens se baignent au Sangam, le
lieu où les deux fleuves se retrouvent. L'atmosphère est à la
dévotion et à la bonne humeur. Nous
sommes libérés d'un cycle de de réincarnation ! Rendez-vous
dans douze ans pour les amateurs.
Et 1, et 2, et 3 Sadhus ...
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