Il
nous a appartenu, quand même, de découvrir les joies qui émaillent
un séjour à Auroville.
En
dépendant d'une communauté végétalienne, loin de nous convertir à
leur rigorisme inhumain, nous avons réappris à user de nos papilles
pour se (re)faire aux joies du pimenté, de l'acidulé, du sucré,
du sec, du croustillant, du goûteux, du salé, du bien cuit, du
tendre, de l'assaisonné … Lors de notre première sortie, nous
avons (re)découvert les plaisirs de la table. Quelle ivresse (et oui!)
de déguster un plat de pasta au pesto ! Le bonheur commence
autour de mets simples. Un commensal heureux est celui qui partage le
banquet de l'humanité dans toute sa diversité gastronomique.
Heureusement, Auroville n'est pas toute entière végétalienne et
regorge de gargotes enchantées. Le végétalisme est une curiosité
oubliable ! Elle attend encore son Bocuse.
La terrace, convergence de toutes les rencontres
Auroville compte un
nombre incroyable d'éléments architecturaux d'exception.
L'uniformité en la matière n'est pas de mise. Une foultitude
d'architectes, avec La Mère pour muse, ont œuvré sous ces
tropiques. Les résultats sont inimaginables. Tout (ou presque) est
emprunt de singularité, d'originalité, de finesse. On s'est
intéressé à l'ensemble des réalisations présentes, certes
utopiques mais bel et bien incarnées : le pavillon tibétain,
l'hallucinant Matrimandir, le town Hall, les réalisations de Roger
Anger à l'origine du projet en 1968
(http://www.auroville.org/vision/Roger_Anger_french.htm)
(Grenoble lui doit aussi certaines performances qui ont plus ou moins
bien vieilli !), les résidences de luxe … Les « hameaux »
possèdent des noms enchanteurs : Certitude, Sincérité, Rêve,
Infinité ... La Solar kitchen en est également l'exemple. Il s'agit
de la « cantine » grand public la plus importante
d'Auroville. Sa terrasse sur le toit offre un havre de paix dans la
nature absolue. Nous en userons et abuserons d'autant plus que sa
nourriture est généreuse et adaptée à notre palet. Sabine aura, à
maintes fois, l'occasion de se souvenir des délices divins renfermés
dans un simple brownie au chocolat !
Le tableau où s'accorchent toutes les annonces possibles et inimaginables
Il faut avoir en tête
que la « découverte » d'Auroville est un apprentissage
très compliqué puisque même si le plan de l'ensemble a été
conceptuellement pensé en forme de galaxie, la réalité laisse
observer une multitude de chemins identiques dont aucun ne comporte
de signalétique ! Trouver sa destination relève du grand art.
Seule l'expérience (et donc les errements) permet de s'y retrouver.
Pour chaque destination, il faut, sans mentir, consacrer une
après-midi. Pour vivre heureux, vivons cachés !
Le Pavillon tibétain
En outre, les distances
ne sont pas négligeables et les voitures sont interdites. La
problématique des transports s'avère d'autant plus ardue que Sadhana
Forest, bien que faisant parti d'Auroville, est située à une
dizaine de kilomètres de la bien nommée. Le premier jour, nous
prenons donc des vélos, avec Marion, une française réalisant ici
son stage d'étude en horticulture, pour découvrir les lieux.
Cependant, la nuit tombe vite, le chemin de terre rouge sombre en
quelques minutes dans une pénombre complète. Avec nos bicyclettes,
dépourvues de lumière, nous perdons complètement notre sens de
l'orientation, essayant tant bien que mal d'éviter les chiens,
poulets, moutons et autres vaches qui obstruent la voie. Nous serons
finalement recueillis chez une indienne tamoule. Nous communiquons
par la langue des signes et restons ébahis par le sens de l'aide et
de l'hospitalité des indiens. Elle est prête à nous héberger pour
la nuit. Du moins, c'est ce que nous avons cru comprendre de notre
tamoul débutant.
L'auditorium Sri Aurobindo
L'auditorium Sri Aurobindo
Le vélo s'est
rapidement avéré inadapté : trop lent et trop fatigant sous
un soleil de plomb. Les erreurs coûtent trop chères en kilomètres !
Surtout que la matériel à disposition ne fonctionne … jamais :
pneus crevés, absence de lumières, freins dysfonctionnant, cadres
rouillés, pédalier grinçant … A plusieurs occasions, le départ
en vélo s'est terminé en ... retour à pieds. On a donc laissé
tomber le vélo pour les joies de la mobylette (moped in english).
Là, d'autres ennuis ont commencé même si les distance parcourues
se sont considérablement allongées. Sabine, alors qu'Aymeric était
au repos, a dû rentrer en mobylette sans phare et tenu en laisse par
une moto. La classe ! Notre engin n'a pas de klaxon, ni de
lumière et s’arrête toutes les 30 minutes. Une fois sur deux,
l'essence est frelatée. Nous jouons à la roulette indienne à chaque
sortie. Notre contact indien est en plus extrêmement désagréable
et chacune de ses interventions prend trois jours. Le kaxon
fonctionne de nouveau. Les phares ont (re)fonctionnés une heure.
Attendons la semaine prochaine pour battre notre vitesse de pointe.
Les TCL ont du bon !
Le plus dépaysant est
qu'il règne ici une ambiance post new-age INIMAGINABLE !!! Les
trois points d'exclamation n'expriment qu'à peine la réalité
vécue. Toute la journée, sont proposées des activités … comment
dire … surréalistes. L'ésotérisme est la norme. Un homme en
communication intense avec un arbre est un fait admis, et même
encouragé par la Terre Mère. La nef des fous n'est pas loin. On a
osé l'expérience : le yoga matinal tout en souplesse (par
pudeur, aucune photo ne sera mise en ligne), le yoga en force pour
suivre (un léger claquage pour Aymeric au niveau des lombaires après
la position du cobra), l'« éco-méditation » (où le
rythme de la respiration personnelle se fait en osmose avec une
plante. Sabine a franchi plusieurs caps en la matière sans
s'endormir). Il nous reste encore à tenter : la communication
visuelle les yeux fermés (!!!), le yoga du rire, l'astrologie du
dharma, l'exploration des couleurs avec les doigts, l'accro yoga
(dans les branches ???), le « Biodynamic compost creation »
(!), la relaxation profonde du pied, la danse dans l'espace,
l’identité sexuelle au-delà du sexe (!)... Aymeric hésite encore
à participer à une séance de Yoga intime. Sabine osera-t-elle la
méditation horizontale ou l’approche tantrique du corps. Suite au
prochaine épisode … En définitive, l'ensemble des personnes
présentes semble sortir tout droit d'un roman d'Asimov : des
californiens sous acide mais n'ayant consommé que du végétal. Le
résultat n'existe nulle part ailleurs. Chaque personne est habillé en
style indien européanisé. Aucune marque n'est présente. On marche
au mieux en sandales, ou mieux pieds nus. Certains lieux ne sont
accessibles que de la sorte. Il faut juste retrouver les siennes à
la sortie, sans se tromper.
Notre quotidien se
ponctue de plaisirs aurovilliens : piscine d'argile en accès
libre où Sabine pratique en plein air la position du cygne incurvé,
séances de cinéma quotidiennes au ciné Paradiso (on
vient de voir De rouille et d'os), spectacles divers (contes,
marionnettes, concerts…).
La piscine d'argile, un vrai bonheur simple
La piscine d'argile, un vrai bonheur simple
Je trouve ça presque provoc' de porter un tee-shirt Rolling Stones par là-bas! :)
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