dimanche 3 février 2013

Un arbre qui tombe fait plus de bruit qu'une forêt qui grandit

L'habitude s'installant, nous avons trouvé notre « balance » à Auroville. Chaque jour, nous participons à l'expansion de la Nature en plantant des arbres. Comme nous maîtrisons la technique, nous sommes même en capacité de leader une team. Quelle montée en grade !

Nous utilisons à raison des anglicismes dans nos phrases car c'est un peu le sabir aurovillien, creuset de cultures européennes mais d'expression anglophone.

Le déroulé naturaliste est toujours identique : un trou à creuser à la barre à mine (c'est vous dire si le sol est dur !), des feuilles pour la constitution et la protection d'un terrain propice, un mélange de composte et de terre pour la fertilité et enfin, de l'eau puisée dans une piscine d'argile à dix minutes de marche. Chaque seau pèse une vingtaine de kilos. Chaque goutte d'eau se mérite. La reforestation peut alors commencer. Tous les éléments sont en place. Nous avons déjà planté une dizaine d'arbres dans un milieu extrêmement hostile. Les espèces choisies sont endogènes et retiennent le calcaire. Elles mettront plusieurs années pour atteindre à peine un mètre. L'activité de reforestation dure de 7h00 à 9h00. Il faut cependant rester modeste ; durant le même temps, la déforestation va bon train au rythme d'un terrain de football toutes les heures en Amazonie. 

 Notre œuvre forestière

Nous continuons également nos activités aurovilliennes. Une séance de Yoga du rire nous a permis de nous décontracter les zygomatiques durant une bonne heure. Nous avons appris à développer toute la gamme des rires, du silencieux au timide, en passant par l'hystérique ou celui à gorge déployée... Effet assez saisissant lorsqu' Aymeric tente d'imiter le rire de la girafe ou celui de l'éléphant !

Une soucoupe volante comme salle de classe

Nous avons aussi poursuivi nos recherches architecturales. Les surprises sont en la matière à chaque coin de bosquet. Quelle créativité ces Aurovilliens ! Les écoles sont plus étonnantes les unes que les autres. Souvent de formes arrondies, les courbes se font audacieuses. Elle baignent d'influence seventies où le béton laqué offre un terrain délicat à nos pieds nus. On aurait aimé rejoindre une de ces classes où l'apprentissage est ouvert à tous sans contrainte ni contrôle. Le free learning est effectivement l'un des credo d'Auroville : c'est l'enfant qui choisit ses matières... avec plus ou moins de réussite à la clé. Celui qui veut apprendre (et non l'élève, ce qui supposerait une soumission) retrouve celui qui souhaite partager ce qu'il sait ou celui qui souhaite orienter les activités. Rien n'est en soi mauvais pour celui qui fait par lui-même. Les enfants s'amusent d'un rien et apprennent de la Nature. Aymeric a animé pendant une matinée un groupe d'écoliers indiens. Il les a initiés … à la force basque. Morts de rire, les enfants n'hésitaient pas à se lancer à bride abattue dans les bras d'Aymeric pour un vol plané au-dessus de ses épaules.

Une bibliothèque à ciel ouvert

Les noms poétiques d'Auroville résonnent aussi le long de la plage. Une installation, la bien nommée Repos, accueille ceux qui en souhaitent. Quel contraste entre l'allée aurovillienne, propre, harmonieuse et fleurie, réservée au détenteur du titre de « guest » aurovillien, et l'entrée « indienne » où les détritus s'incrustent dans un lacis labyrinthique de ronces. Nous arrivons sur la plage. Des bungalows sommaires dominent le golfe du Bengal face à une étendue de sacs plastiques d'où l'on devine à peine quelques parcelles de sable. Les vagues sont immenses et les courants dangereux. La baignade n'est pas facile. Nous observons les courageux baigneurs. La plupart ne sachant pas nager, les plus téméraires s'émoustillent près du bord pendant que la majorité, quasi exclusivement masculine, passe leurs journées à observer, en face à face, les rares naïades occidentales qui osent le bikini en public ! En Inde, le regard ose tout. Libéré du pur et de l'impur, il est libre mais toujours insistant et persistant. Nous n'osons donc pas nous baigner dans cette atmosphère voyeuse. Nous nous laissons cependant envelopper d'air marin rafraîchissant.

Hutte à côté de l'océan

Auroville a banni toute monnaie. Il n'y a pas de transaction fiduciaire. Tout se joue par le biais de l'aurocard (master card ajoute Aymeric). Sans ce précieux sésame, nous ne pouvons rien acheter. Il faudra toute notre persévérance pour qu'une long-term volunteer, du doux nom de Kate, accède enfin à notre requête après plus de dix jours de démarche (et un coup de gueule quand même). Le plus grand nombre des volontaires ne l'a d'ailleurs pas, ayant abandonnés leur projet, découragé par la pesanteur de l'effort. L'aurocard nous permet alors d'accéder à La Piscine d'Auroville. Endroit bleuté par excellence, elle offre un cadre idéal pour se rafraîchir de la chaleur assommante. On se croit dans un décor à la Helmut Newton, Sabine tenant bien évidemment le rôle de modèle californien !


Le grand bleu
 
La vie sous les tropiques indiens a ses charmes mais aussi ses lourdeurs. Acheter un billet de train en Inde relève d'une difficulté comparable à celle de se libérer du samsara (le cycle des réincarnations). Il nous faudra trois jours pour obtenir nos billets entre Chennai et Delhi. Le prix est correct : 8 euros pour 2200 kilomètres. Le trajet dure 35 heures. A la lecture du billet, nous comprenons que nous avons hérité des couchettes du milieu. Il s'agit des pires puisqu'elles s'intercalent entre celles du haut et du bas : elles sont collectives la journée. On devra donc partager nos places !

A la Solar Kitchen, Aymeric a été alpagué par un indien pour faire de la figuration dans un film. Il lui communique un numéro de téléphone et une adresse internet. Si tout le monde connaît Bollywood (Mumbai donc), il ne faut pas oublier que Chennai (ex-Madras) est le centre incontournable de la création cinématographique tamoule (Kollywood). Le scout recherchait trois cent figurants ! Malgré toute notre ténacité, nous n'avons jamais réussi à connaître le lieu de rendez-vous. Dommage, la pellicule aurait figé notre image à jamais dans une publicité tamoule. Une prochaine fois peut être !

Yogi Aymeric en début de lévitation

Auroville a une vie sociale et culturelle dense. Nous avons continué à bénéficier de ses bienfaits : défilé de mode de l'école de design (un must), projections variées (Un Robert Bresson et un documentaire sur Sat Prem, le fidèle de Mother, …), participation à de nouveaux workshops. Sabine s'est ainsi initiée à la capoeira pendant deux heures. Elle a réussi, à cause de mouvements de jambes d'une ampleur irréelle, à craquer deux pantalons coup sur coup. Des travaux de couture, grâce au petit kit de couture indispensable pour tout voyageur, ont rétabli leur harmonie.


Notre château d'eau

Nous cultivons toujours les plaisirs gastronomiques, surtout depuis que nous avons appris l'existence d'une boulangerie. Nous dévorons les étales recouvertes de baguettes, croissants et pains au chocolat avec des yeux d'enfants. Nous décidons alors de réunir les français pour un dîner à base de pain, pesto et fromages : gorgonzola, chèvre, et même un fameux « auroblochon » qui aura en réalité un goût aigre de lait caillé. Nous nous retrouvons ainsi une dizaine au sommet d'un château d'eau, avec une vue panoramique sur la forêt environnante. Le soleil se couche progressivement, prenant des couleurs incandescentes, enflammant bientôt l'horizon d'où l'on devine au loin les lumières de Pondichéry. 
La grande bouffe en action !
   


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