dimanche 20 janvier 2013

Auroville, une utopie autoréalisée

Il nous a appartenu, quand même, de découvrir les joies qui émaillent un séjour à Auroville. 


En dépendant d'une communauté végétalienne, loin de nous convertir à leur rigorisme inhumain, nous avons réappris à user de nos papilles pour se (re)faire aux joies du pimenté, de l'acidulé, du sucré, du sec, du croustillant, du goûteux, du salé, du bien cuit, du tendre, de l'assaisonné … Lors de notre première sortie, nous avons (re)découvert les plaisirs de la table. Quelle ivresse (et oui!) de déguster un plat de pasta au pesto ! Le bonheur commence autour de mets simples. Un commensal heureux est celui qui partage le banquet de l'humanité dans toute sa diversité gastronomique. Heureusement, Auroville n'est pas toute entière végétalienne et regorge de gargotes enchantées. Le végétalisme est une curiosité oubliable ! Elle attend encore son Bocuse.

La terrace, convergence de toutes les rencontres

Auroville compte un nombre incroyable d'éléments architecturaux d'exception. L'uniformité en la matière n'est pas de mise. Une foultitude d'architectes, avec La Mère pour muse, ont œuvré sous ces tropiques. Les résultats sont inimaginables. Tout (ou presque) est emprunt de singularité, d'originalité, de finesse. On s'est intéressé à l'ensemble des réalisations présentes, certes utopiques mais bel et bien incarnées : le pavillon tibétain, l'hallucinant Matrimandir, le town Hall, les réalisations de Roger Anger à l'origine du projet en 1968 (http://www.auroville.org/vision/Roger_Anger_french.htm) (Grenoble lui doit aussi certaines performances qui ont plus ou moins bien vieilli !), les résidences de luxe … Les « hameaux » possèdent des noms enchanteurs : Certitude, Sincérité, Rêve, Infinité ... La Solar kitchen en est également l'exemple. Il s'agit de la « cantine » grand public la plus importante d'Auroville. Sa terrasse sur le toit offre un havre de paix dans la nature absolue. Nous en userons et abuserons d'autant plus que sa nourriture est généreuse et adaptée à notre palet. Sabine aura, à maintes fois, l'occasion de se souvenir des délices divins renfermés dans un simple brownie au chocolat !

Le tableau où s'accorchent toutes les annonces possibles et inimaginables

Il faut avoir en tête que la « découverte » d'Auroville est un apprentissage très compliqué puisque même si le plan de l'ensemble a été conceptuellement pensé en forme de galaxie, la réalité laisse observer une multitude de chemins identiques dont aucun ne comporte de signalétique ! Trouver sa destination relève du grand art. Seule l'expérience (et donc les errements) permet de s'y retrouver. Pour chaque destination, il faut, sans mentir, consacrer une après-midi. Pour vivre heureux, vivons cachés !

 Le Pavillon tibétain

En outre, les distances ne sont pas négligeables et les voitures sont interdites. La problématique des transports s'avère d'autant plus ardue que Sadhana Forest, bien que faisant parti d'Auroville, est située à une dizaine de kilomètres de la bien nommée. Le premier jour, nous prenons donc des vélos, avec Marion, une française réalisant ici son stage d'étude en horticulture, pour découvrir les lieux. Cependant, la nuit tombe vite, le chemin de terre rouge sombre en quelques minutes dans une pénombre complète. Avec nos bicyclettes, dépourvues de lumière, nous perdons complètement notre sens de l'orientation, essayant tant bien que mal d'éviter les chiens, poulets, moutons et autres vaches qui obstruent la voie. Nous serons finalement recueillis chez une indienne tamoule. Nous communiquons par la langue des signes et restons ébahis par le sens de l'aide et de l'hospitalité des indiens. Elle est prête à nous héberger pour la nuit. Du moins, c'est ce que nous avons cru comprendre de notre tamoul débutant. 

                                         L'auditorium Sri Aurobindo

Le vélo s'est rapidement avéré inadapté : trop lent et trop fatigant sous un soleil de plomb. Les erreurs coûtent trop chères en kilomètres ! Surtout que la matériel à disposition ne fonctionne … jamais : pneus crevés, absence de lumières, freins dysfonctionnant, cadres rouillés, pédalier grinçant … A plusieurs occasions, le départ en vélo s'est terminé en ... retour à pieds. On a donc laissé tomber le vélo pour les joies de la mobylette (moped in english). Là, d'autres ennuis ont commencé même si les distance parcourues se sont considérablement allongées. Sabine, alors qu'Aymeric était au repos, a dû rentrer en mobylette sans phare et tenu en laisse par une moto. La classe ! Notre engin n'a pas de klaxon, ni de lumière et s’arrête toutes les 30 minutes. Une fois sur deux, l'essence est frelatée. Nous jouons à la roulette indienne à chaque sortie. Notre contact indien est en plus extrêmement désagréable et chacune de ses interventions prend trois jours. Le kaxon fonctionne de nouveau. Les phares ont (re)fonctionnés une heure. Attendons la semaine prochaine pour battre notre vitesse de pointe. Les TCL ont du bon !


Le plus dépaysant est qu'il règne ici une ambiance post new-age INIMAGINABLE !!! Les trois points d'exclamation n'expriment qu'à peine la réalité vécue. Toute la journée, sont proposées des activités … comment dire … surréalistes. L'ésotérisme est la norme. Un homme en communication intense avec un arbre est un fait admis, et même encouragé par la Terre Mère. La nef des fous n'est pas loin. On a osé l'expérience : le yoga matinal tout en souplesse (par pudeur, aucune photo ne sera mise en ligne), le yoga en force pour suivre (un léger claquage pour Aymeric au niveau des lombaires après la position du cobra), l'« éco-méditation » (où le rythme de la respiration personnelle se fait en osmose avec une plante. Sabine a franchi plusieurs caps en la matière sans s'endormir). Il nous reste encore à tenter : la communication visuelle les yeux fermés (!!!), le yoga du rire, l'astrologie du dharma, l'exploration des couleurs avec les doigts, l'accro yoga (dans les branches ???), le « Biodynamic compost creation » (!), la relaxation profonde du pied, la danse dans l'espace, l’identité sexuelle au-delà du sexe (!)... Aymeric hésite encore à participer à une séance de Yoga intime. Sabine osera-t-elle la méditation horizontale ou l’approche tantrique du corps. Suite au prochaine épisode … En définitive, l'ensemble des personnes présentes semble sortir tout droit d'un roman d'Asimov : des californiens sous acide mais n'ayant consommé que du végétal. Le résultat n'existe nulle part ailleurs. Chaque personne est habillé en style indien européanisé. Aucune marque n'est présente. On marche au mieux en sandales, ou mieux pieds nus. Certains lieux ne sont accessibles que de la sorte. Il faut juste retrouver les siennes à la sortie, sans se tromper.


Notre quotidien se ponctue de plaisirs aurovilliens : piscine d'argile en accès libre où Sabine pratique en plein air la position du cygne incurvé, séances de cinéma quotidiennes au ciné Paradiso (on vient de voir De rouille et d'os), spectacles divers (contes, marionnettes, concerts…). 



                             La piscine d'argile, un vrai bonheur simple


1 commentaire:

  1. Je trouve ça presque provoc' de porter un tee-shirt Rolling Stones par là-bas! :)

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