dimanche 20 janvier 2013

Pourquoi Auroville ?


Auroville est un endroit unique en Inde et dans le monde. Il s'agit de la plus ancienne « communauté » toujours bel et bien active.


The Mother ou Mirra Alfassa pour l'état civil

Elle est née d'un projet utopique (« Auroville n'appartient à personne en particulier mais à l'humanité toute entière »), soutenu par l'Unesco depuis sa création en 1968 où chacun doit avoir la possibilité de se réaliser spirituellement, quelques soient ses convictions religieuses, sa nationalité ou sa couleur de peau. L'initiative en revient à la « Mother », compagne de Sri Aurobindo, devenu lui-même gourou du yoga intégral dans les années vingt, après avoir été un compagnon de route de Gandhi dans la recherche de l'indépendance politique de l'Inde. 


                                      Sri Aurobindo, l'initiateur du Yoga intégral 

La Cité compte aujourd'hui près de 5000 indiens et 2000 occidentaux de tous les horizons, mais avec une forte prédominance des français. Pour y être accepté, il faut effectuer quelques mois de volontariat, avant de faire ses preuves durant une année d'essai. La candidature est ensuite soumise au vote d'un comité actant de l'arrivée d'un nouveau membre. Ici, il n'y a pas de droit de propriété, chacun est censé construire sa propre maison ou son appartement selon un plan d'urbanisme conçu dans les années 70. Le lieu d'habitation ne sera ensuite qu'un droit de jouissance sans jamais appartenir à quiconque. 

 

L'argent ne circule pas directement à Auroville, mais via une « Aurocard » (que chacun alimente tout de même au préalable, ce qui suppose de détenir un petit pécule pour assurer son quotidien). La kyrielle d'activités proposées est gratuite. Il est interdit de faire du commerce dans un seul but de profit individuel, la majeure partie des recettes étant reversée à la communauté. Ce système de redistribution permet à Auroville d'être soustrait à l'impôt indien (il semble, cependant, que certains parviennent par des intermédiaires à développer des activités prospères en dehors d'Auroville...). Le budget est donc constitué de dons, de subventions (une grande partie provenant de gouvernement indien parait-il, un peu de l'Unesco) et des activités lucratives fleurissent telles des champignons avec les nombreuses guesthouses, magasins de souvenirs, librairies, restaurants, cafés, boulangeries...

La gouvernance est complexe et l'équilibre des pouvoirs subtils. Des comités thématiques et un gouvernement propre régissent le lieu, en lien avec un représentant du gouvernement indien et une représentation à Paris.



Le cœur d'Auroville est le « matrimandir », une sorte de coupole recouverte de sphères étincelantes, centre spirituel de la communauté. Nous avons donc visité ce lieu incroyable. Nous montons pas à pas les escaliers menant à cette surprenante soucoupe entourée de douze chapelles en forme de pétales. L’intérieur est entièrement revêtu de blanc, avec une moquette au sol sur laquelle nous devons marcher en chaussettes blanches. Le silence est de mise. Nous progressons à l'intérieur de cette sphère par des couloirs en spirale pour finir par atteindre une pièce toujours ronde entourée de piliers qui ne touchent pas le plafond. Il faut alors se mettre en position du lotus, le silence règne toujours et se concentrer sur un globe central, transparent éclairé par un simple jet de lumière provenant d'une fine ouverture au plafond. Pour qui n'a jamais médité, cela peut paraître risible et sectaire, propice à nourrir un véritable culte de la personnalité. Mais, même Sabine, pourtant loin de toute ferveur spirituelle, n'a pas pu s'empêcher de ressentir une certaine émotion. Ici, le temps passe, immobile, au rythme d'un cours d'eau imperturbable. L'atmosphère semble revêtir les traits de la féminité, douce, toute en rondeur. A côté de cet espace, veille un arbre multi-centenaire, le bagnan, dont les troncs naissent de ses branches. Il ne restait au départ que cet arbre somptueux dans un immense terrain désertique, avec un sol dur comme de la pierre. Depuis, une forêt a pris place. Qu'on y adhère ou pas, on ne peut s'empêcher d'être touché par cette ambiance de calme et de recueillement. Une autre conception du monde teintée de mysticisme...

... Un monde qui reste néanmoins complètement coupé des réalités d'une Inde où la misère est flagrante. Le contraste est saisissant entre les villages, où se mêlent enfants, poules, vaches traversés par des routes crevassées d'où des tourbillons de poussière se lèvent dès qu'on les emprunte et la rectitude de la route aurovillienne, protégée par un garde de sécurité à chaque extrémité émaillée de maisons aux jardins d’éden.


Le symbole d'Auroville

Une française, que nous avons rencontrée, du nom de Sabine, a d'ailleurs récemment choisi de s'y installer, après vingt ans de voyage. Elle eut ces quelques mots révélateurs : « ici, je ne vais plus à la rencontre du monde ; c'est le monde qui vient à moi. »

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