Auroville
est un endroit unique en Inde et dans le monde. Il s'agit de la plus
ancienne « communauté » toujours bel et bien active.
The Mother ou Mirra Alfassa pour l'état civil
Elle
est née d'un projet utopique (« Auroville n'appartient à
personne en particulier mais à l'humanité toute entière »),
soutenu par l'Unesco depuis sa création en 1968 où chacun doit
avoir la possibilité de se réaliser spirituellement, quelques
soient ses convictions religieuses, sa nationalité ou sa couleur de
peau. L'initiative en revient à la « Mother », compagne
de Sri Aurobindo, devenu lui-même gourou du yoga intégral dans les
années vingt, après avoir été un compagnon de route de Gandhi
dans la recherche de l'indépendance politique de l'Inde.
Sri Aurobindo, l'initiateur du Yoga intégral
La
Cité compte aujourd'hui près de 5000 indiens et 2000 occidentaux de
tous les horizons, mais avec une forte prédominance des français.
Pour y être accepté, il faut effectuer quelques mois de
volontariat, avant de faire ses preuves durant une année d'essai. La
candidature est ensuite soumise au vote d'un comité actant de
l'arrivée d'un nouveau membre. Ici, il n'y a pas de droit de
propriété, chacun est censé construire sa propre maison ou son
appartement selon un plan d'urbanisme conçu dans les années 70. Le
lieu d'habitation ne sera ensuite qu'un droit de jouissance sans
jamais appartenir à quiconque.
L'argent
ne circule pas directement à Auroville, mais via une « Aurocard »
(que chacun alimente tout de même au préalable, ce qui suppose de
détenir un petit pécule pour assurer son quotidien). La kyrielle
d'activités proposées est gratuite. Il est interdit de faire du
commerce dans un seul but de profit individuel, la majeure partie des
recettes étant reversée à la communauté. Ce système de
redistribution permet à Auroville d'être soustrait à l'impôt
indien (il semble, cependant, que certains parviennent par des
intermédiaires à développer des activités prospères en dehors
d'Auroville...). Le budget est donc constitué de dons, de
subventions (une grande partie provenant de gouvernement indien
parait-il, un peu de l'Unesco) et des activités lucratives
fleurissent telles des champignons avec les nombreuses guesthouses,
magasins de souvenirs, librairies, restaurants, cafés,
boulangeries...
La
gouvernance est complexe et l'équilibre des pouvoirs subtils. Des
comités thématiques et un gouvernement propre régissent le lieu,
en lien avec un représentant du gouvernement indien et une
représentation à Paris.
Le
cœur d'Auroville est le « matrimandir », une sorte de
coupole recouverte de sphères étincelantes, centre spirituel de la
communauté. Nous avons donc visité ce lieu incroyable. Nous montons pas à pas les
escaliers menant à cette surprenante soucoupe entourée de douze chapelles en forme de pétales. L’intérieur est entièrement revêtu de blanc,
avec une moquette au sol sur laquelle nous devons marcher en chaussettes
blanches. Le silence est de mise. Nous progressons à l'intérieur de
cette sphère par des couloirs en spirale pour finir par atteindre une pièce toujours ronde entourée de piliers qui ne
touchent pas le plafond. Il faut alors se mettre en position du
lotus, le silence règne toujours et se concentrer sur un globe
central, transparent éclairé par un simple jet de lumière provenant
d'une fine ouverture au plafond. Pour qui n'a jamais médité, cela peut paraître
risible et sectaire, propice à nourrir un véritable culte de la personnalité.
Mais, même Sabine, pourtant loin de toute ferveur spirituelle, n'a pas pu
s'empêcher de ressentir une certaine émotion. Ici, le temps passe,
immobile, au rythme d'un cours d'eau imperturbable. L'atmosphère semble revêtir les traits de la féminité, douce, toute en
rondeur. A côté de cet espace, veille un arbre multi-centenaire, le bagnan, dont les troncs naissent de ses branches. Il ne restait
au départ que cet arbre somptueux dans un immense terrain désertique, avec un
sol dur comme de la pierre. Depuis, une forêt a pris place. Qu'on y adhère ou pas, on ne peut s'empêcher
d'être touché par cette ambiance de calme et de recueillement.
Une autre conception du monde teintée de mysticisme...
... Un
monde qui reste néanmoins complètement coupé des réalités d'une
Inde où la misère est flagrante. Le contraste est saisissant entre les
villages, où se mêlent enfants, poules, vaches traversés par des
routes crevassées d'où des tourbillons de poussière se lèvent dès
qu'on les emprunte et la rectitude de la route aurovillienne,
protégée par un garde de sécurité à chaque extrémité émaillée de maisons aux jardins d’éden.
Le symbole d'Auroville
Une
française, que nous avons rencontrée, du nom de Sabine, a
d'ailleurs récemment choisi de s'y installer, après vingt
ans de voyage. Elle eut ces quelques mots révélateurs : « ici, je ne vais
plus à la rencontre du monde ; c'est le monde qui vient à
moi. »




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