samedi 19 janvier 2013

La première semaine, un (ré)apprentissage à la dur

La première semaine dans ce nouvel univers n'est pas des plus simples. Pour des urbains comme nous, ronds de cuir de surcroît, tout est à réapprendre, en commençant pas les gestes les plus basiques : se lever et se coucher avec le soleil, pas de lumière permanente, aller aux toilettes, se laver les mains, manger, dormir, partager un repas, parler anglais... Les codes sont à intégrer rapidement pour éviter tout faux pas. Les gardiens de la bonne doctrine veillent. Si certaines règles sont enfreintes (fumer par exemple), le fautif risque une exclusion de six mois de la communauté. Le retour à la pureté a parfois le goût d'une Terreur à la Robespierre. Nous savons pas encore si la délation est encouragée ! Aymeric est au garde à vous.

Au niveau de la répartition des tâches , le volontariat est de mise, en principe. Mais, les derniers arrivés sont toujours les moins bien lotis. Ainsi, Sabine a la chance d'hériter de la tâche : «to fix the toilet », c'est-à-dire transporter des kilos d'excréments et les recouvrir de compost, tandis qu'Aymeric est chargé de réparer le système des eaux usées.

La philosophie basée sur une communauté d'égaux est en réalité plus triviale. Différents profils individuels se dégagent où des rapports de pouvoirs et de délégation s'installent. Une prime est donnée aux plus anciens, ceux qui ont l'expérience. Le travail physique est éreintant :près 6 h de dur labeur à porter, creuser, laver sous le regard de volontaires référents et sous un soleil agressif, 30°C a minima. Pourtant, c'est l'hiver nous a t'on dit. Nous finissons les matinées cassés en deux et tombons de fatigue sur les coups de 20h, sachant que les chants indiens vont nous réveiller dès les deux heures du matin. Ils annoncent la fête à venir de Pongal. Si les dieux doivent entendre les suppliques de leurs fidèles, ceux-ci doivent bien faire le plus de bruit possible … même pendant la nuit.

Au départ, tellement déboussolés par ce mode de vie que nous assimilions à un camp de travail, nous n'avions qu'un désir, partir au plus vite. Puis, les journées se sont peu à peu ponctuées de rencontres humaines et de découvertes passionnantes.



Les personnalités présentes sont dignes d'une arche de Noé post-moderne. Tout d'abord, la famille qui a fondé la communauté, fortement influencée par la tradition kibboutz, est israélienne. Ils ont deux enfants et sont installés depuis 9 ans sur cette parcelle perdue. Une communauté israélienne influente prend place dans le système. Une majorité d'anglo-saxons sont présents, surtout américains et canadiens. Ils sont plutôt jeunes dans leur ensemble et emprunts d'un idéalisme juvénile généreux. La communauté française pèse également de tout son poids : elle compte une quinzaine de représentants. Des lycéens français sont d'ailleurs présents avec leur deux professeurs, Laure et Vincent. Ils ont eux-même réussi à financer leur projet et font parti d'une école alternative destinés aux enfants en rupture avec le milieu scolaire traditionnel. Ainsi, ils bénéficient d'une grande autonomie, ayant pour la plupart un appartement et les classes ne comptent guère plus d'une vingtaine de membres. Une preuve que le mammouth à la française peut faire preuve de souplesse et d'imagination. Un héritage dans le sillage de mai 68. Tous les continents sont présents ou presque : des indiens, des asiatiques, des australiens et la plus part des pays européens.

Très rapidement, nous sympathisons avec les quelques français présents et, tout spécialement Alain, qui s'est lancé dans un tour du monde à vélo. Déjà six mois à son actif, il a traversé la Hongrie, Croatie, Serbie, Grèce, Turquie, pour arriver en Inde. Un vrai mahatma cet Alain !

Les profils vont des bénévoles sur-investis, entièrement acquis à la cause, dont le projet de vie est de s'installer ici. Un bébé est d'ailleurs né pendant notre séjour, accouchement naturel 100 % garanti ! Un couple de belge projette également de s'y installer avec leurs deux enfants. Les « toujours partants », collectionnent les tâches telles des trophées. Ce sont les premiers à répondre à l'appel des volontaires ayant un sens aigu du collectif. Il y a aussi ceux qui participent sans s'épuiser, à chaque jour suffisant sa peine. Les malades s’enchaînent et se relaient. Ceux-ci ont un statut spécial, exonérés de tâches, nourris de riz à l'eau et bénéficiant d'un garde-malade destiné à prendre soin d'eux (le « body »). Il y a, enfin, les free-riders pesant de tout leur poids sur la communauté sans trop y contribuer.


Une expérience au final à l'image de la vie et de l'Histoire. Le plus dur n'est pas de poser les règles les plus généreuses qui soient. Le plus important est de leur donner vie, sens et corps au quotidien. Une révolution qui suppose une multitude de petites révolutions dans ses habitudes de vie.

Ne change pas le monde qui veut.

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