samedi 19 janvier 2013

Sadhana forest, born to be wild


Le choix du volontariat au sein de la structure Sadhana Forest est le fruit du hasard internet. Elle nous a semblé pourtant une opportunité intéressante.
A deux pas d'Auroville, elle doit nous permettre d'approcher la toujours secrète cité de l'intérieur. En proposant une projet de reforestation, elle doit nous permettre aussi de compenser nos dégâts irrémédiables sur l’environnement (tour du monde en avion oblige !). Elle participe ainsi à un vaste programme de reforestation ici en Inde mais aussi en Haïti et depuis peu au Kénya
 
Nous l'avons retenue car Sadhana Forest pratique une politique volontariste d'accueil de nouveaux arrivants. Ce qui n'est pas le cas de toutes les communautés ici, loin de là.

En décembre, lorsque nous leur avions écrit pour obtenir plus de renseignements, leur réponse, en anglais, était trop longue pour être lue immédiatement. Dommage, nous aurions pu, sans doute, mieux se préparer à ce qui nous attendait la-bas.

Nous prenons donc un taxi depuis Pondi et nous laissons guider par le chauffeur. Nous arrivons, après une traversée en forêt, dans un ensemble de huttes en bois. Des personnes s'activent en tout sens. Nous sommes arrivés. Nous nous engageons pour un mois, le minimum requis. Nous ne signons rien.


Sadhana Forest, comment décrire une telle expérience extrême ?

Il ne s'agit pas seulement de reforester mais d'adopter un mode de vie radicalement différent, loin de nos repères issus de toute notre civilisation moderne. C'est, en quelque sorte, retourner à un certain dénuement, en vivant au plus près de la nature, pour retrouver SA propre « pureté originelle », son identité profonde en lien avec un collectif qui partage les mêmes règles. Une économie du Don où l'on reçoit ce que les autres donnent, et où l'on donne ce que l'on est capable de donner. L'important est l'échange : il se doit d'être avant tout humain et en aucun cas, mercantile. L'argent est ici tabou et ne serait constituer l'étalon. Tu vaux ce que tu es et ce que tu exprimes.

Ici, pas de drogue, pas d'alcool, pas de cigarettes (dur pour Aymeric), pas de produits chimiques (c'est-à-dire pas de spray anti-moustiques, de crème solaire chimique, shampoings ou savons industriels, maquillages, serviettes hygiéniques, produit vaisselle, lave-linge, frigo, médicaments...) ou issus du règne animal (une côte de bœuf par exemple) ou de la production animale (le cuir par exemple). On lave la vaisselle avec de la suie, les cheveux avec des graines, le linge selon la méthode ancestrale du battage, les mains avec des plantes désinfectantes, on se soigne avec de l'ail. La douche se résume à un seau d'eau et les toilettes fonctionnent de manière sèche, destinées à faire du compost. Ici, rien ne se perd, tout se transforme selon le grand cycle de la Nature.


C'est aussi une manière de se nourrir. Le mode d'alimentation est « vegan », à savoir qu'il refuse toute nourriture issue du monde animal, donc pas de lait ni d’œuf ni de viande bien sûr. Seuls les légumes et fruits sont acceptés. Pas d'épices, pas d'excitant (adieu café et thé), pas d'huiles ou graisses de toute sorte. Cette approche donne souvent une nourriture inodore et incolore (dur pour des lyonnais). Ce principe d'alimentation qui nous paraissait déjà extrême est loin d'être l'ultime credo des végétariens jusqu’au-boutistes. Nous apprenons ainsi la différence entre végétarien (accepte les œufs, le lait), les végétaliens (alimentation sans œufs ni lait ni miel, ni huile, refus de porter vêtements d'origine animale) et enfin, les crudivores (n'accepte que les fruits et légumes crus). Les plus extrêmes sont les crudivores qui n'acceptent, non pas les fruits cueillis, mais uniquement ceux tombés de l'arbre ! Derrière cela , il y a toute une réflexion sur le rapport de l'homme à l'animal. L'homme est un animal comme les autres. On est donc loin de Descartes. Mais on est proche de l'Inde qui compte un tiers de sa population végétarienne, soit plus de végétariens réunis que le reste du monde.

Enfin, c'est surtout une vie collective régie par des codes stricts: les plus de cent volontaires réunis dans des huttes en bois, sont censés former une communauté d'égaux. Le rythme de la journée suit celui du soleil.

Le lever débute dès 5h30 du matin (dur pour Sabine), par un réveil par de douces chansons, pour se rendre au « morning circle » : cela consiste à former un cercle et s'enlacer à tour de rôle pour « un big hug » à l'américaine. C'est un exemple typique de la communication non verbale qui donne le sentiment s'appartenir à un grand Tout.

S'ensuit le premier Seva (devoir d'accomplissement en sanskrit), qui consiste en un ensemble de tâches à effectuer de 6h à 8h45. Il s'agit de réaliser des labeurs en lien avec l'entretien des infrastructures au service du groupe. A l'aube, on commence par planter des arbres. La technique est rodée et ingénieuse : il s'agit de creuser une tranchée pour recueillir l'eau de la mousson, former un monticule au sommet duquel sera planté l'arbre, répartir du compost en guise d'engrais, le tout recouvert de feuilles afin d'enrichir la terre.



Ensuite, annoncé au bruit d'un gong tibétain, le petit déjeuner est partagé dans la hutte centrale en suivant toujours le même sacro-saint rituel : un moment de silence précède chaque repas annoncé par le son d'une cloche, des « announcements » le ponctuent (naissance d'un enfant, prêt de vélo, maladies, nouveaux arrivants...). Il est impératif de parler en anglais. A même le sol, des serveurs auto-désignés viennent déposer les assiettes.

Le second Seva commence à 9h30 pour s'achever vers 12h30. Les tâches sont variées, allant de la préparation des repas, le lavage des plats, l'hygiène, le compost, la réparation des huttes, des circuits d'irrigation et des toilettes …
L'après-midi est consacré à des ateliers organisés par les volontaires (des workshops ), tels que de l'acrobatie, du yoga, de la méditation, des conférences... L'idée de la communauté n'est pas d'imposer mais de proposer. Les ordres ne se formulent pas. Ce sont les règles connues de tous qui servent de référence. Il n'y a pas de concurrence mais du partage. Il est d'ailleurs proscrit de jouer à des jeux de combats, où plus globalement ceux qui désignent un gagnant et un perdant : les échecs sont ainsi interdits. Seuls les jeux collaboratifs et non compétitifs, sont autorisés.

Voici pour la théorie. En route vers la pratique maintenant.

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