Le
choix du volontariat au sein de la structure Sadhana Forest est le
fruit du hasard internet. Elle nous a semblé pourtant une
opportunité intéressante.
A
deux pas d'Auroville, elle doit nous permettre d'approcher la
toujours secrète cité de l'intérieur. En proposant une projet de
reforestation, elle doit nous permettre aussi de compenser nos dégâts
irrémédiables sur l’environnement (tour du monde en avion oblige
!). Elle participe ainsi à un vaste programme de reforestation ici
en Inde mais aussi en Haïti
et depuis peu au Kénya
Nous
l'avons retenue car Sadhana Forest pratique une politique
volontariste d'accueil de nouveaux arrivants. Ce qui n'est pas le cas
de toutes les communautés ici, loin de là.
En
décembre, lorsque nous leur avions écrit pour obtenir plus de
renseignements, leur réponse, en anglais, était trop longue pour
être lue immédiatement. Dommage, nous aurions pu, sans doute, mieux
se préparer à ce qui nous attendait la-bas.
Nous
prenons donc un taxi depuis Pondi et nous laissons guider par le
chauffeur. Nous arrivons, après une traversée en forêt, dans un
ensemble de huttes en bois. Des personnes s'activent en tout sens.
Nous sommes arrivés. Nous nous engageons pour un mois, le minimum
requis. Nous ne signons rien.
Sadhana
Forest, comment décrire une telle expérience extrême ?
Il
ne s'agit pas seulement de reforester mais d'adopter un mode de vie
radicalement différent, loin de nos repères issus de toute notre
civilisation moderne. C'est, en quelque sorte, retourner à un
certain dénuement, en vivant au plus près de la nature, pour
retrouver SA propre « pureté originelle », son identité
profonde en lien avec un collectif qui partage les mêmes règles.
Une économie du Don où l'on reçoit ce que les autres donnent, et
où l'on donne ce que l'on est capable de donner. L'important est
l'échange : il se doit d'être avant tout humain et en aucun
cas, mercantile. L'argent est ici tabou et ne serait constituer
l'étalon. Tu vaux ce que tu es et ce que tu exprimes.
Ici,
pas de drogue, pas d'alcool, pas de cigarettes (dur pour Aymeric),
pas de produits chimiques (c'est-à-dire pas de spray
anti-moustiques, de crème solaire chimique, shampoings ou savons
industriels, maquillages, serviettes hygiéniques, produit vaisselle,
lave-linge, frigo, médicaments...) ou issus du règne animal (une
côte de bœuf par exemple) ou de la production animale (le cuir par
exemple). On lave la vaisselle avec de la suie, les cheveux avec des
graines, le linge selon la méthode ancestrale du battage, les mains
avec des plantes désinfectantes, on se soigne avec de l'ail. La
douche se résume à un seau d'eau et les toilettes fonctionnent de
manière sèche, destinées à faire du compost. Ici, rien ne se
perd, tout se transforme selon le grand cycle de la Nature.
C'est
aussi une manière de se nourrir. Le mode d'alimentation est
« vegan », à savoir qu'il refuse toute nourriture issue
du monde animal, donc pas de lait ni d’œuf ni de viande bien sûr.
Seuls les légumes et fruits sont acceptés. Pas d'épices, pas
d'excitant (adieu café et thé), pas d'huiles ou graisses de toute
sorte. Cette approche donne souvent une nourriture inodore et
incolore (dur pour des lyonnais). Ce principe d'alimentation qui nous
paraissait déjà extrême est loin d'être l'ultime credo des
végétariens jusqu’au-boutistes. Nous apprenons ainsi la
différence entre végétarien (accepte les œufs, le lait), les
végétaliens (alimentation sans œufs ni lait ni miel, ni huile,
refus de porter vêtements d'origine animale) et enfin, les
crudivores (n'accepte que les fruits et légumes crus). Les plus
extrêmes sont les crudivores qui n'acceptent, non pas les fruits
cueillis, mais uniquement ceux tombés de l'arbre ! Derrière
cela , il y a toute une réflexion sur le rapport de l'homme à
l'animal. L'homme est un animal comme les autres. On est donc loin de
Descartes. Mais on est proche de l'Inde qui compte un tiers de sa
population végétarienne, soit plus de végétariens réunis que le
reste du monde.
Enfin,
c'est surtout une vie collective régie par des codes stricts: les
plus de cent volontaires réunis dans des huttes en bois, sont censés
former une communauté d'égaux. Le rythme de la journée suit celui
du soleil.
Le
lever débute dès 5h30 du matin (dur pour Sabine), par un réveil
par de douces chansons, pour se rendre au « morning circle » :
cela consiste à former un cercle et s'enlacer à tour de rôle pour
« un big hug » à l'américaine. C'est un exemple typique
de la communication non verbale qui donne le sentiment s'appartenir à
un grand Tout.
S'ensuit
le premier Seva (devoir d'accomplissement en sanskrit), qui consiste
en un ensemble de tâches à effectuer de 6h à 8h45. Il s'agit de
réaliser des labeurs en lien avec l'entretien des infrastructures au
service du groupe. A l'aube, on commence par planter des arbres. La
technique est rodée et ingénieuse : il s'agit de creuser une
tranchée pour recueillir l'eau de la mousson, former un monticule au
sommet duquel sera planté l'arbre, répartir du compost en guise
d'engrais, le tout recouvert de feuilles afin d'enrichir la terre.
Ensuite,
annoncé au bruit d'un gong tibétain, le petit déjeuner est partagé
dans la hutte centrale en suivant toujours le même sacro-saint
rituel : un moment de silence précède chaque repas annoncé
par le son d'une cloche, des « announcements » le
ponctuent (naissance d'un enfant, prêt de vélo, maladies, nouveaux
arrivants...). Il est impératif de parler en anglais. A même le
sol, des serveurs auto-désignés viennent déposer les assiettes.
Le
second Seva commence à 9h30 pour s'achever vers 12h30. Les tâches
sont variées, allant de la préparation des repas, le lavage des
plats, l'hygiène, le compost, la réparation des huttes, des
circuits d'irrigation et des toilettes …
L'après-midi
est consacré à des ateliers organisés par les volontaires (des
workshops ), tels que de l'acrobatie, du yoga, de la méditation,
des conférences... L'idée de la communauté n'est pas d'imposer
mais de proposer. Les ordres ne se formulent pas. Ce sont les règles
connues de tous qui servent de référence. Il n'y a pas de
concurrence mais du partage. Il est d'ailleurs proscrit de jouer à
des jeux de combats, où plus globalement ceux qui désignent un
gagnant et un perdant : les échecs sont ainsi interdits. Seuls
les jeux collaboratifs et non compétitifs, sont autorisés.
Voici
pour la théorie. En route vers la pratique maintenant.
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