Vol
de nuit pour Sydney
La
distance entre Jakarta et Sydney est plus importante que celle entre
Paris et New York. Le vol a pris plus de sept heures. Qantas, la compagnie
australienne, une des plus anciennes au monde, a parfaitement assuré
son service de qualité, réconciliant presqu' Aymeric avec l'avion.
Nous arrivons à Sydney au lever du soleil. Le ciel est déjà d'un
bleu hypnotique. En plein hiver austral, la température est
printanière, plus de 20°C. Nous nous installons dans une auberge de
jeunesse dans le quartier interlope de Kings Cross, sur une petite colline aux
maisons victoriennes. Sabine, qui n'a pas dormi une seule seconde
durant le trajet (elle a bien sûr épuisé toute la filmothèque), souffre d'un déficit de sommeil associé à un décalage
horaire de quelques heures. Elle ne rêve que de dormir. Aymeric la
bouscule, avec douceur, et nous voilà partis pour une première
sortie dans le Sydney matinal.
Premiers
émerveillements
Nous
descendons de notre fière colline. Une première vue sur le central
business district (le CBD – le quartier d'affaires) nous annonce la
couleur. Sydney est, à n'en point douter, une des villes les plus
belles au monde. N'ayons pas peur des mots !
Première vue du CDB
Nous arrivons sur
une marina garnie de bateaux plus impressionnants les uns des autres.
Des lofts à l'architecture impeccable s'alignent le long des quais
en caillebotis. Les terrasses so chic accueillent les
sydneysiders pour un petit déjeuner roboratif.
Les terrasses "so chic"
Nous rejoignons le
Royal Botanic Gardens en déambulant le long de la baie. Les vues
sont, tout simplement, splendides. Le bleu du ciel tranche avec le
vert de la végétation. La Nature est au cœur de la ville. Des
parcs offrent des ouvertures de verdure à chaque coin de rue. Dans
un même regard, on observe un building dressé vers le ciel, avec en
premier plan des essences rares.
Le CDB vu du parc
Nous apercevons l'Opéra qui trône
hiératique, toutes voiles dehors, sur une langue de terre. Le pont,
le cintre, relie deux berges dans une symphonie eiffelienne.
Les deux emblèmes de Sydney
Les
joggeurs nous dépassent à des vitesses olympiques. L'australien est
un sportif accompli. Dès qu'il a un peu de temps libre, il en
profite pour se dépenser dans un décors de rêve. Les carrures ne
laissent aucun doute. Les entraînements sont fréquents et
intensifs.
Les joggeurs en folie
L'aménagement urbain est finement pensé et d'une
réalisation parfaite. Nous traversons le pont à pieds, admirant au
loin l'Opéra de Sydney et l'immensité de la Botany Bay
et ses entrelacs lacustres.
Une architecture toute en rondeur
De l'autre rive, des criques
idylliques nous offrent des vues format XXL. Un secret garden
se niche au milieu des palmiers et se révèle une halte rousseauiste
apaisante.
Sur l'autre rive
Le coucher de soleil est précédé d'un lever de lune
d'une taille gigantesque. La pénombre s'installe tandis que les
lumières de la ville scintillent.
Au coucher du soleil
Nous sommes épuisés de cette
immense journée, 36 heures sans dormir ou presque, mais nos yeux
brillent d'admiration. Bienvenue à Sydney, la Belle, joyau urbanisé
de l'hémisphère sud.
Quand les lumières de la ville scintillent
La
grande bouffe
Après
sept mois passés dans les gargotes de rue et les restaurants locaux,
Aymeric attendait, enfin, de pouvoir cuisinier. Dès notre arrivée
à Sydney, nous filons au supermarché faire quelques provisions.
Nous retrouvons les déciles de la gastronomie occidentale … à
la sauce anglo-saxonne. Nous nous gavons dès le petit déjeuner,
avec des rations de légionnaires affamés, de jus d'orange, de lait
crémeux, de muesli consistant, de bacon and eggs
bien gras, et même des délicieux (si, si) tomato beans et
autres saucisses aux herbes. Autant vous dire que dès 9h00 du matin,
on en a plein le ventre !
Petit déj à l'australienne
Nous sandwichons modestement à midi
avant de remettre ça le soir venu : morceaux de viandes
argentinesques, plâtrées de pâtes italiennes (au gorgonzola, à la
crème, au saumon fumé), crudités à profusion (dont de délicieux
avocats), salade de fruits en mode tutti frutti. Les autres
commensaux de l'auberge écarquillent de grands yeux sur nos
assiettes rabelaisiennes et se demandent bien d'où peuvent venir ses
mangeurs infatigables à la silhouette famélique. Dans l'auberge,
chacun fait sa cuisine. Nous retrouvons une ambiance où prédominent
les détenteurs d'un « working holiday visa » qui
permet de rester un an en Australie tout en travaillant. Après
recherche, les salaires sont élevés : environ 1.000 dollars …
par semaine, en moyenne, pour un job sans qualification. L’Australie
est un des pays les plus riches du monde où l'on travaille sans se
stresser et où l'on dépense sans compter.
Aymeric en affiche
L’Australie
se révèle une destination gastronomique : de bons produits à
des prix bon marché. L'échelle des prix est plutôt curieuse :
le peu gustatif Boursin est à plus de 10 euros alors que deux beaux
steaks coûtent deux fois moins cher. Les restaurants chic déroulent,
en général, un carte de qualité avec des rations plus que
généreuses. Le vin s'invite souvent sur les tables installées en
terrasse. L'australien essaye de devenir gourmet à travers une
cuisine qui se veut inventive grâce au multiculturalisme ambiant.
Deux choses restent inabordables : la bière, à 10 dollars pour
la moins chère et les cigarettes, pas loin des 15 dollars le paquet.
Notre supermarché fétiche
Beaucoup
plus abordables sont les musées. Nous traînons une après-midi
entière dans la galerie d'art de Nouvelle-Galles du Sud. Les peintres australiens démontrent de
la qualité dans leur travail. Influencés par les impressionnistes
français, les courants du XIXème siècle figurent les scènes de la
vie quotidienne d'une nation pionnière et la Nature grandiose qui
l'entoure. Les collections asiatiques nous permettent de retrouver
notre quotidien des six derniers mois. On sait maintenant que les
bas-reliefs disparus des temples hindouistes et bouddhistes visités trônent dans les musées occidentaux ! L'art aborigène nous
égaille de sa créativité et de palette de couleurs. L'architecture
du musée est également agréable. Dans la moindre salle, une
ouverture nous permet d'embrasser à la fois un parc et un
gratte-ciel.
Peinture d'une famille aborigène
Promenade
sur Bondi Beach
Sydney
est une ville où la mer n'est jamais loin. Nous choisissons de nous
rendre sur Bondi Beach, à moins de trente minutes du centre. Si le
soleil est radieux au cœur d'un hiver austral bien clément, la
température de l'eau reste fraîche. Nous lézardons sur cette plage
de sable blanc. Aymeric se tente un courageux bain pendant que
Sabine, la frileuse emmitouflée dans ses polaires, tente de se
réchauffer.
Aymeric tente la baignade en eau glaciale...
...tandis que Sabine reste emmitouflée dans sa polaire.
Des dizaines de surfers attendent la vague pendant que
les lifeguards veillent au grain. Nous effectuons une promenade
côtière de quelques heures. Des criques repliées nous laissent
deviner l'hospitalité qu'elles offrent en plein été.
La bondi beach quasi-déserte
De
magnifiques maisons avec vue s'enchaînent le long du
littoral. Des parcs, extrêmement bien entretenus, bordent l'océan.
L'australien promène son chien – toujours de race. Le sportif
s'épuise en courant ou en nageant. D'autres s'essayent à la
pétanque sur gazon tandis que les écoliers en uniforme rentrent
chez eux. Il règne une atmosphère de Bretagne survitaminée par un
temps quasi estivale.
Maison avec vues
Nous assistons à un magnifique coucher de
soleil sur la Mer de Tasmanie. Une baleine crache son panache d'eau
entre deux vagues tandis qu'arc-en-ciel se forme.
Un coucher de soleil aux couleurs boréales
La vue est dégagée
: pratiquement aucune terre à l'horizon sur les dix mille prochains
kilomètres. L'australien se délecte de son bonheur sans mauvaise
conscience aucune. Les vicissitudes du monde lui semblent si
lointaines depuis son paradis isolé.
Paradis
La
vie en rose dans les montagnes bleues
Nous
ne pouvions nous soustraire à l'exploration de la région des Blue
Montains, à moins de soixante-dix kilomètres de Sydney. Nous
sautons dans un train qui sillonne pendant deux bonnes heures des quartiers où les maisons avec leur jardin privatif
semblent s'enchaîner à l'infini, avant d'arriver à Katoomba. Armés
de notre pique-nique goûteux, nous prenons la direction d'un
panorama qui s'ouvre sur une enfilade de montagnes et de vallées
recouvertes d'une épaisse végétation qui s'étend sur des
centaines de kilomètres. Les « trois sœurs », piliers
de roche brute, toisent ce lieu de leur ancienneté. Les Blue
Montains sont la première frontière des Australiens. Sa découverte,
puis sa traversée, a annoncé la conquête de l'outback.
Les trois sœurs
Nous
descendons dans le bush nous confronter à ce spectacle grandiose. La
descente est très abrupte. Après une heure de marche, nous nous
retrouvons dans la vallée. La forêt est extrêmement dense. Les
oiseaux croassent des sonorités quasiment humaines. Notre déjeuner
sur l'herbe est installé sur les racines d'un arbre immense. Les rayons
du soleil se font une place à travers les fougères qui nous
couvrent de leur ombre. Repus, nous repartons en direction du
plateau.
Éperon rocheux
Une rude montée nous réchauffe vaillamment. Le chemin est
entièrement artificiel et sécurisé. Des escaliers
s'étalonnent sur la roche tandis que des ruisseaux s'écoulent sous
les caillebotis que nous empruntons. Retrouvant un soleil protecteur,
nous nous arrêtons sur chaque banc faisant face à de magnifiques
vues. Le soleil commence sa descente et transforme les montagnes de
son spectre rose. Un bleuté s'affirme à l'horizon. On comprend
maintenant pourquoi ce lieu était vénéré par les aborigènes et
que les pionniers l'aient vu en bleu.
Des montagnes bleutées
Manly
pour paradis
En
moins d'une demi-heure, un ferry nous fait traverser la baie de
Sydney. Nous passons devant les toujours magnifiques opéra et pont
suspendu.
Un ferry modeste
Nous débarquons au milieu des cafés tendance où des
sydneysiders sirotent tranquillement une boisson fraîche en fin de
matinée. Nous traversons la rue principale et arrivons sur une
immense plage de sable.
Mer, sable et soleil
Des surfeurs s'attaquent à des vagues de
plus de deux ou trois mètres. Comme les courants sont extrêmement
puissants, personne ne se baigne.
La mer se déchaîne
Nous décidons d'aller en
direction de l'entrée de la baie de Sydney, en pleine nature
préservée, à moins de deux heures marche. Sabine, en pleine
extase, s'émerveille des maisons avec vue sur la mer tout le long du
chemin. Des étudiants font un barbecue sur la plage. Les enfants
s'émancipent sur le sable alors que leurs parents dégustent leur
plateau de fruits de mer en terrasse. Un joggeur nous double. Un
vélo freine. Un retraité lit un livre sous le soleil. Un autre
sieste. Ainsi, va la vie australienne.
Australien en plein effort
Une
petite montée nous ouvre une vision large de la mer. Des surfeurs,
plus entreprenants que les autres, osent s'attaquer à des vagues qui
se brisent sur de grandes falaises. Des dauphins les rejoignent dans
cette furie pour surfer à leur tour. Nous voyons leur aileron sortir
dans le creux des vagues.
Seuls les surfeurs tentent la baignade
La côte est très belle et offre de
multiples panoramas plus splendides les uns que les autres. Nous
poursuivons notre marche à travers la nature. Pour rappel, nous
sommes à moins de trente minutes du centre de Sydney !
La baie de Sydney
Nous
retrouvons la vue sur la Baie où le sky line du CBD impressionne par
sa force. Le premier plan est constitué d'un bush épais, d'un
cimetière ou encore de roches inconnus. La pointe nous achève :
dans un même regard, l'océan, la baie Sydney et le centre. Pas
mal !
Un cimetière isolé
Sur
le chemin du retour, quatre perroquets noirs s'attardent sur un
arbre. Ils sont observés par un australien qui engage la
conversation. Chris nous raconte que c'est la première fois qu'il
observe de près cette espèce en dix ans. Armé de sa longue board
et de son style décontracté, il décide de nous faire découvrir
une plage qu'il apprécie. Habitant de Manly de longue date, il en
est amoureux et participe activement à sa promotion. S'ensuit une
longue déambulation jusqu'au terminal des ferrys où il a l'occasion
d'aborder différents aspects de l'australian way of life. Sabine
conclut la conversation d'un « you're
so lucky to live here. It looks like paradise ».
« I know. I know »
fut sa réponse.
Plage déserte à quelques minutes du centre-ville
En effet, les australiens savent bien que leur vie a
le goût du bonheur facile et que pour rien au monde, ils ne
souhaiteraient l'abandonner.
Sydney by night
Le même jour, et pour la première fois
de l'histoire, les immigrants illégaux en Australie seront expulsés
en Papouasie-Nouvelle-Guinée sans espoir de visa. En Australie, leur bonheur ne se partage pas.
Vraiment ?
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