jeudi 22 août 2013

Marvellous Melbourne

Down town

La liaison en bus de nuit entre Sydney et Melbourne se fait dans une ambiance « Las Vegas Parano ». Le chauffeur, muni d'un micro à résonance de cathédrale, essaye d'enflammer la soirée alors que son auditoire captif cherche difficilement à trouver quelques heures de sommeil.

Interdiction absolue de nous alpaguer

Nos arrivées dans les terminaux de bus australiens sont moins animées que leurs homologues asiatiques. Aucun comité d'accueil ne nous attend : pas de rabatteur, ni taxi driver, ni chauffeur de véhicules en tout genre à l'horizon. C'est qu'ils nous manqueraient presque ! 
 
Frais et dispo de bon matin

Nous repartons donc à pied, muni d'un plan approximatif, pour parvenir à une auberge de jeunesse du centre-ville. Son atout, « des dortoirs de petite taille », peut vite devenir un enfer lorsque les lits superposés sont parqués par rangées si minces qu'il devient quasiment impossible de se frayer un chemin entre les affaires des résidents. 
 
Pas si facile de s'installer !

En Australie, les auberges de jeunesse sont un peu ce que les foyers de jeunes travailleurs sont à la France. Elles sont essentiellement peuplées de précaires, avec toutes les difficultés du monde pour s'installer dans ce territoire béni des dieux. Les backpackers sont une exception, surtout en cette période d'hiver austral. Être à contre-courant présente toutefois un avantage : la nuit, nous pouvons profiter tranquillement du dortoir déserté par les « fêtards » enchaînant les pubs et les boîtes avant de revenir à l'aube, gorgés d'alcool. Nous n'avons pas non plus besoin de réveil-matin, la femme de ménage s'en chargeant en envoyant, dès six heures du matin, du ACDC dé-coiffant.

 Sky-line romantique

Nous déambulons dans le centre-ville de Melbourne, étonnant mélange architectural, où les imposants édifices du XIXe siècle côtoient les bâtiments industriels reconvertis en cafés branchés ainsi que des gratte-ciel élancés défiant les lois de l'apesanteur. Une ambiance underground règne subtilement dans des ruelles où le « street art » est roi. 

 Poésie de rue

Nous passons d'un musée à l'autre, de l'art contemporain à l'art aborigène. Ce dernier est d'ailleurs sanctuarisé dans les galeries d'art du pays, comme si l'Australie recherchait ses racines qu'elle a arrachées sous le coup d'une colonisation féroce. Les aborigènes ne sont désormais plus qu'une poignée qui peine à trouver une place dans une société qui a longtemps nié leur culture.

L'art aborigène d'une simplicité harmonieuse 

Le musée du film a la bonne idée de mettre à disposition des visiteurs une vidéothèque gratuite. Aymeric use et abuse de l'endroit où, assis face à un gigantesque écran plat, il regarde, ébahi, le film psychédélique, «Morning of the earth » où les premiers surfeurs australiens, hippie style, épris de liberté, débarquaient sur les plages désertes de Bali. Nous enchaînons avec le film
« Winter of our dreams », un classique australien des années 80.


Matin du monde

L'urbanisme est intelligemment pensé. Les espaces publics sont munis de « free wi-fi » où les passants s'arrêtent dans des fauteuils mis librement à disposition. Les quais sont aménagés depuis de longue date, offrant un couloir vert en plein cœur du quartier d'affaires. L'architecture innovante des bâtiments publics, musées et bibliothèques, étoffe la profondeur de cette ville nouvelle où le patrimoine reste rare. 
 
Passerelle entre deux mondes

Parler de Melbourne sans évoquer le « footy » serait un impair. Il s'agit d'une forme de rugby à 18 joueurs, devenu un véritable passe-temps national. Ce sport est l'identité de la ville et possède sa "cathédrale", un stade anciennement olympique d'un ovale parfait, le Melbourne Cricket Ground (plus grand stage de cricket au monde, 100 000 spectateurs). Nous irons assister à un match opposant une des équipes de Melbourne à celle de Sydney. Aymeric se passionne pour les dégagements longs, les drops et les collisions frontales tandis que Sabine a « l'impression d'attendre un bus ». L'équipe de Melbourne finira par remporter la victoire après un rattrapage en deuxième mi-temps spectaculaire. Sans rancœur, les camps opposés se donnent l'accolade sous les hurlements frénétiques des spectateurs.

Le CBD s'illumine progressivement

Une faune unique au monde

Autre spécificité de l'Australie, elle est dotée d'un environnement unique. La faune est la plus étrange qui soit. Et pour cause : voici quelques millions d'années que l'Australie est séparée du reste de la planète. Les oiseaux, mammifères, reptiles et végétaux de cette île-continent ont suivi une évolution à part, dont résulte une nature aussi singulière que diversifiée.

Si ce n'est pas mignon !

Nous décidons d'aller l'observer de près en visitant le sanctuaire d'Healesville. Il s'agit d'un mélange ingénieux entre parc naturel et zoo, où le visiteur peut déambuler librement au milieu des animaux à portée de main. 

Et encore un pour la route

Bien sûr, nous nous empressons d'aller voir les « stars » du sanctuaire : les koalas et autres kangourous. Nous parvenons à l'heure du déjeuner des koalas, particulièrement actifs à la vue de branches fraîches d'eucalyptus qu'ils enfournent à longueur de journée. Pour l'anecdote, Sabine nourrit, depuis sa plus tendre enfance, un véritable mythe à l'égard de ces adorables nounours australs.

 
Le rêve de Sabine se réalise !

Mais, quelle ne fut pas sa déception lorsqu'elle apprend que le koala est l'un des animaux les plus bêtes du règne animal. Des biologistes ont, en effet, affirmé que "celui-ci était la seule créature vivante dont le cerveau ne remplissait pas la boîte crânienne. Ce dernier, de la taille d'une noix racornie, flotterait au milieu du liquide crânien. Les koalas auraient ainsi sacrifier l'énergie destinée à alimenter leur cerveau au profit de la digestion des feuilles d'eucalyptus". Il est vrai qu'à les regarder de plus près, leur regard noir paraît bien vide.

Un regard un peu absent ?

Dans l'enclos voisin, les kangourous à la silhouette longiligne font la sieste sur une verte prairie. On imagine aisément l'étonnement des premiers naturalistes débarquant dans ce monde à l'envers où les animaux se déplaçaient par bonds. 

 Les kangourous font la sieste
 
Il s'agit en fait du meilleur moyen de se mouvoir à une vitesse moyenne. Une efficacité indispensable pour le kangourou qui doit parcourir de longue distance afin de trouver une maigre nourriture. 

 Aymeric réincarné

Les serpents abondent aussi sur la terre australienne et figurent parmi les plus venimeux au monde. Quand les occasions de se nourrir sont rares et espacées, mieux vaut avoir un venin efficace. Nous ne nous attarderons pas plus que de raison devant leur habitat. Certains choisissent de souscrire à l'option « magic moment » pour une vingtaine de dollars afin de vivre quelques minutes au plus près des animaux. Nos observons ainsi un visiteur entouré par un immense boa digérant une souris fraîchement avalée. 
 
L'étrange ornithorynque

Nous resterons fascinés par l’ornithorynque, un des rares mammifères de la planète à pondre des œufs. Nous l'observons nageant avec rapidité, remontant à la surface pour chercher de l'oxygène. Il ressemble à une sorte de pingouin muni d'un long bec effilé. Étrange alliage !

Les "fox bat"

Autre hallucination, des immenses chauves-souris pendent, la tête en bas, agrippées au grillage. Elles se déplacent en boitant munie d'un long manteau sombre et d'une tête de renard. D'un naturel social, elles se déplacent en groupe. Lorsqu'elles déploient leurs ailes, on les croirait parées pour un vol en deltaplane.

Les Wallabies sont à portée de main

Nous déambulons tranquillement sur des sentiers où les wallabies peuvent venir jouer avec nous. Les oiseaux-lyre déploient leurs ailes multicolores au-dessus de nos têtes. Les dingos nous toisent du haut de leur promontoire rocheux tandis que les diables de Tasmanie se pelotonnent dans leur abri de paille.

Dingue du dingo

Nous ressortons enchantés de ce monde naturel merveilleux, presque prêts à se prendre de passion pour les documentaires animaliers d'Arte.

Un monde animal féérique 

Saint Kilda, notre nouvelle maison

Nous avons rendez-vous avec Peter et Cait, résidant à Saint Kilda, banlieue huppée de Melbourne. Nous sommes accueillis dans une adorable maison de style victorien, blottie dans un jardin à l'anglaise. La route qui passe non loin est surnommée la « golden road », tant elle est bordée de villas plus luxueuses les unes que les autres. 

 
Bord de mer
 
Notre chambre royale occupe le salon, muni d'une belle bibliothèque, où trône, magistrale, une cheminée. Nous prenons sans difficulté nos quartiers. 
 
La plage de Saint Kilda

Cait nous fait partager la passion de son travail. Psychologue, elle est l'une des rares au monde à s'être spécialisée dans les traumatismes que subissent les journalistes. Entre deux rapports à l'UNESCO, elle délivre de multiples conférences dans les pays d'Asie du Sud-Est qu'elle sillonne comme son jardin secret. Peter, quant à lui, nous parle avec fierté de ses trois fils, dont l'un a pour mission plutôt originale de concevoir et tester les épreuves de l'équivalent australien de « Koh Lanta ». Leur dernier né nous semble d'une maturité exceptionnelle, habitué à rencontrer des visiteurs du monde entier. L'un d'eux lui avait construit une cabane dans l'arbre du jardin. Les voisins ont alors déposé plainte pour dégradation de leur environnement, appelant à la destruction de la cabane. L'affaire enflamme alors les journaux locaux. Les « pro-cabane » finissent par gagner le procès, haut la main. Enfin, le chien, Indie, un « labra-doodle » (un labrador mixé avec un caniche) nous a pris en affection, à tel point qu'Aymeric a même fini par s'attacher à la bête, surmontant sa peur originelle de toutes les espèces canines. 
 
Le chien préféré d'Aymeric

Le temps d'une journée, nous prenons possession de la cuisine pour préparer un repas à la française. Un plan de travail immense occupe le centre de la salle à manger. Tous les ustensiles imaginables sont à disposition. Aymeric exulte d'enthousiasme préparant une pâte à crêpe arrosée de bière et de rhum. Le menu nous fait saliver d'avance :
Starter : salade composée de saison
Main course : crêpe au saumon fumé accompagnée de sa crème fraîche ciboulette, citron et vinaigre balsamique / crêpe au roquefort saupoudré de noix et de fragments de poire / crêpe au fromage de chèvre agrémenté de miel et de morceaux de pomme.
Desert: mousse au chocolat et salade d'orange à la muscade.

Un diner à la française

Cait et Peter nous servent un délicieux Sauvignon blanc de la région de Malbourough en Nouvelle Zélande. Le diner se déroule comme dans un songe. Les conversations s'animent. Cait et Peter nous parlent, émus, de leur mariage où Cait avait revêtu pour l'occasion une robe verte, à la couleur des suffragettes. 
 
L'infatigable Cait

Le lendemain, Cait nous invite dans un restaurant végétarien associatif, fonctionnant sur le système des donations. Elle nous questionne sur le débat autour du voile en France, qui l'interroge sur la tolérance de notre pays. Sabine se perd en explication sur la laïcité, le droit des femmes et finit par douter de ses propres arguments et de son anglais.

La marina, modeste

Nous quittons notre famille australienne francophile, à regret. Merci beaucoup pour votre accueil ! Nous vous attendons à Lyon ! Notre séjour en Australie aura décidément eu un goût certain de paradis.

Melbourne, la merveilleuse

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