vendredi 9 août 2013

Le brumeux Bromo

Négociation à bâton rompu

Nous parvenons, de nuit, à la ville de Probolingo, à la réputation peu fameuse. Le guide nous avait prévenus : parfois, il est préférable de passer son chemin. Déjà, les conducteurs de becaks nous assaillent, accompagnés de leurs traditionnels rabatteurs. Cette fois-ci, nous refusons en bloc leurs propositions, persuadés d'en trouver de plus intéressantes en route.

La ville se résume à de longues et larges routes, où le piéton peine à trouver une modeste place sur des trottoirs si abîmés, qu'ils semblent être les premiers témoins des nombreuses éruptions volcaniques. L'hôtel est glauque à souhait. La réception essaye de nous vendre l’excursion jusqu'au Bromo à un prix prohibitif. De nouveau, nous déclinons l'offre avec, néanmoins, plus d'hésitations.

Un magasin à la mode

Nous avons toutes les peines du monde à dénicher un warung, où la cuisine nous paraît comestible. Il nous est encore plus difficile de trouver un taxi pour le lendemain, malgré la courageuse tentative d'Aymeric et Manu de passer par une agence locale où, faute de partager une langue commune, ils se débrouillent avec celle des signes et un échange via Google traduction. Peine perdue, tous les véhicules sont complets ou indisponibles.

Nous revenons à l'hôtel, bredouilles. Avant de s'incliner, Manu s'essaye à une ultime négociation : « est-ce le prix à la journée ou par personne ? »... Nous emportons le morceau, épuisés, à un prix monopolistique.

Un lever de soleil voilé de brumes

A deux heures du matin, nous entendons tambouriner violemment à la porte. Pris de panique, nous nous levons d'un bond et découvrons qu'il s'agit seulement de notre chauffeur. Cinq minutes se sont à peine écoulées que, de nouveau, c'est une avalanche de coups à en détruire la porte.

Nous nous empressons donc de rejoindre la voiture, plutôt luxueuse, où nous attend notre homme pressé avec une mine patibulaire. Soudain, ce dernier s'arrête net en pleine rue. Nous craignons le pire, imaginant, en cette heure matinale, un enlèvement ou un vol à main armée ? Non, c'est n'est que la pause pipi de Monsieur.

Nous engloutissons ensuite les virages à vive allure. Un homme surgi de nulle part nous réclame les billets d'entrée. Nous lui demandons, comme à notre habitude, les tickets officiels. Il n'en a pas. Nous continuons. Quelques minutes plus tard, c'est un véritable barrage humain qui nous bloque le passage. Aymeric réclame cinq billets « officiels ». Il en obtiendra cinq, malgré les réticences des gardiens.
Fumée dans la pénombre

La voiture stoppe, à mi-chemin, sur une route caillouteuse. Le chauffeur, toujours aussi antipathique, nous ordonne de sortir sur le champ. Nous nous exécutons, sans protester, trop contents de quitter sans incident le véhicule. Nous entamons une courte marche pour parvenir les premiers au panorama intermédiaire, moins peuplé que le sommet où s'arrêtent des norias de 4x4.

Des sommets voilés

Seuls, nous nous installons tranquillement pour attendre le lever du soleil. Aymeric anime l'assemblée, histoire de ne pas se refroidir tandis que le lieu se remplit progressivement de dizaines de personnes. Enfin, le spectacle commence.

Un dégradé de couleurs célestes

Un dégradé du bleu au rose illumine le décor fait de trois cônes volcaniques enchâssés dans une immense caldeira. Des colonnes de fumées s'échappent alternativement des deux principaux volcans, toujours actifs. Une mer de nuages comble le creux de la vallée. Il nous suffit d'attendre quelques minutes supplémentaires pour que le lieu se vide et que nous bénéficions de la vue de manière privilégiée. Le temps est comme suspendu. Pressés, nous ne le sommes pas... mis à part notre chauffeur.

Le spectacle grandiose

Des billets à prix d'or

Nous empruntons un sentier escarpé pour rejoindre le sommet du Bromo. Nous nous enfonçons rapidement au cœur de la plaine sableuse, dans une brume si épaisse que rien ne se distingue à plus d'un mètre. Le lit d'une rivière asséchée creuse son sillon non loin. Par tâtonnement, nous finissons par trouver l'accès du volcan ; un escalier monumentale creusé à même la roche, telle une autoroute plantée au milieu d'un désert. 
 
Perdue dans l'immensité lunaire

De bienveillants rayons du soleil viennent à point nommé éclaircir le fond du cratère. La fumée s'échappe des entrailles de la terre, crachant ses poumons bouillonnants. Tels des funambules, des silhouettes de marcheurs téméraires se distinguent sur les crêtes abruptes du volcan où le moindre faux pas est impardonnable. Les fidèles hindouistes déposent religieusement des offrandes de fleurs séchées pour demander sa clémence.

Offrandes aux fleurs séchées

Nous rejoignons le village de Cemoro Lawang où les habitants s'affrontent dans un duel acharné de cerf-volant. Nous prenons le déjeuner dans le seul restaurant ouvert de la ville en cette période de ramadan. Notre chauffeur fait les milles pas, enrageant de ne pouvoir repartir aussi tôt qu'il le désire. Nous le rejoignons à contre cœur. 

 


 
Des équilibristes s'essayent sur crête...

 








 ...tandis que d'autres font la sieste !











Sur le chemin du retour, il nous demande, sans gêne, un pourboire ainsi que nos billets d'entrée qui ont le mérite de ne pas être tamponnés. Il appelle en renfort un autre chauffeur pour récupérer à tout prix nos si précieux billets. Nous résistons à la pression, Aymeric lui assurant que ces billets constituaient d'inestimables souvenirs pour nos carnets de route respectifs. Les billets d'entrée sont ici un trafic juteux !

Nos trois chers compagnons bientôt sur le départ

Nous passons notre dernière soirée en compagnie de Ju, Manu et Amélie dans un restaurant branché, à la mode locale. Nous nous asseyons à même le sol autour de tables installées sur de petites plate-formes entourées d'eau stagnante où des poissons morts flottent. Appétissant ! Épuisés, nous rejoignons nos lits pour un repos bien mérité.

 Nous, on reste !

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