Négociation
à bâton rompu
Nous
parvenons, de nuit, à la ville de Probolingo, à la réputation peu
fameuse. Le guide nous avait prévenus : parfois, il est
préférable de passer son chemin. Déjà, les conducteurs de becaks
nous assaillent, accompagnés de leurs traditionnels rabatteurs.
Cette fois-ci, nous refusons en bloc leurs propositions, persuadés
d'en trouver de plus intéressantes en route.
La
ville se résume à de longues et larges routes, où le piéton peine
à trouver une modeste place sur des trottoirs si abîmés, qu'ils
semblent être les premiers témoins des nombreuses éruptions volcaniques.
L'hôtel est glauque à souhait. La réception essaye de nous vendre
l’excursion jusqu'au Bromo à un prix prohibitif. De nouveau, nous
déclinons l'offre avec, néanmoins, plus d'hésitations.
Un magasin à la mode
Nous
avons toutes les peines du monde à dénicher un warung, où la
cuisine nous paraît comestible. Il nous est encore plus difficile de
trouver un taxi pour le lendemain, malgré la courageuse tentative
d'Aymeric et Manu de passer par une agence locale où, faute de
partager une langue commune, ils se débrouillent avec celle des
signes et un échange via Google traduction. Peine
perdue, tous les véhicules sont complets ou indisponibles.
Nous
revenons à l'hôtel, bredouilles. Avant de s'incliner, Manu s'essaye à une ultime
négociation : « est-ce le prix à la journée ou par
personne ? »... Nous emportons le morceau, épuisés,
à un prix monopolistique.
Un
lever de soleil voilé de brumes
A
deux heures du matin, nous entendons tambouriner violemment à la
porte. Pris de panique, nous nous levons d'un bond et découvrons
qu'il s'agit seulement de notre chauffeur. Cinq minutes se sont à
peine écoulées que, de nouveau, c'est une avalanche de coups à en
détruire la porte.
Nous
nous empressons donc de rejoindre la voiture, plutôt luxueuse, où
nous attend notre homme pressé avec une mine patibulaire. Soudain,
ce dernier s'arrête net en pleine rue. Nous craignons le pire,
imaginant, en cette heure matinale, un enlèvement ou un vol à main
armée ? Non, c'est n'est que la pause pipi de Monsieur.
Nous
engloutissons ensuite les virages à vive allure. Un homme surgi de
nulle part nous réclame les billets d'entrée. Nous lui demandons,
comme à notre habitude, les tickets officiels. Il n'en a pas. Nous
continuons. Quelques minutes plus tard, c'est un véritable barrage
humain qui nous bloque le passage. Aymeric réclame cinq billets
« officiels ». Il en obtiendra cinq, malgré les
réticences des gardiens.
Fumée dans la pénombre
La
voiture stoppe, à mi-chemin, sur une route caillouteuse. Le
chauffeur, toujours aussi antipathique, nous ordonne de sortir sur le
champ. Nous nous exécutons, sans protester, trop contents de quitter
sans incident le véhicule. Nous entamons une courte marche pour
parvenir les premiers au panorama intermédiaire, moins peuplé que
le sommet où s'arrêtent des norias de 4x4.
Des sommets voilés
Seuls,
nous nous installons tranquillement pour attendre le lever du soleil.
Aymeric anime l'assemblée, histoire de ne pas se refroidir tandis
que le lieu se remplit progressivement de dizaines de personnes.
Enfin, le spectacle commence.
Un dégradé de couleurs célestes
Un
dégradé du bleu au rose illumine le décor fait de trois cônes
volcaniques enchâssés dans une immense caldeira. Des colonnes de
fumées s'échappent alternativement des deux principaux volcans,
toujours actifs. Une mer de nuages comble le creux de la vallée. Il
nous suffit d'attendre quelques minutes supplémentaires pour que le
lieu se vide et que nous bénéficions de la vue de manière
privilégiée. Le temps est comme suspendu. Pressés, nous ne le
sommes pas... mis à part notre chauffeur.
Le spectacle grandiose
Des
billets à prix d'or
Nous
empruntons un sentier escarpé pour rejoindre le sommet du Bromo. Nous nous
enfonçons rapidement au cœur de la plaine sableuse, dans une brume si épaisse
que rien ne se distingue à plus d'un mètre. Le lit d'une rivière
asséchée creuse son sillon non loin. Par tâtonnement, nous
finissons par trouver l'accès du volcan ; un escalier
monumentale creusé à même la roche, telle une autoroute plantée
au milieu d'un désert.
Perdue dans l'immensité lunaire
De
bienveillants rayons du soleil viennent à point nommé éclaircir le
fond du cratère. La fumée s'échappe des entrailles de la terre,
crachant ses poumons bouillonnants. Tels des funambules, des
silhouettes de marcheurs téméraires se distinguent sur les crêtes
abruptes du volcan où le moindre faux pas est impardonnable. Les
fidèles hindouistes déposent religieusement des offrandes de fleurs
séchées pour demander sa clémence.
Offrandes aux fleurs séchées
Nous
rejoignons le village de Cemoro Lawang où les habitants s'affrontent
dans un duel acharné de cerf-volant. Nous prenons le déjeuner dans
le seul restaurant ouvert de la ville en cette période de ramadan.
Notre chauffeur fait les milles pas, enrageant de ne pouvoir repartir
aussi tôt qu'il le désire. Nous le rejoignons à contre cœur.
Des équilibristes s'essayent sur crête...
...tandis que d'autres font la sieste !
Sur le chemin du retour, il nous demande, sans gêne, un pourboire ainsi que nos billets d'entrée qui ont le mérite de ne pas être tamponnés. Il appelle en renfort un autre chauffeur pour récupérer à tout prix nos si précieux billets. Nous résistons à la pression, Aymeric lui assurant que ces billets constituaient d'inestimables souvenirs pour nos carnets de route respectifs. Les billets d'entrée sont ici un trafic juteux !
Nos trois chers compagnons bientôt sur le départ
Nous
passons notre dernière soirée en compagnie de Ju, Manu et Amélie
dans un restaurant branché, à la mode locale. Nous nous asseyons à
même le sol autour de tables installées sur de petites plate-formes
entourées d'eau stagnante où des poissons morts flottent.
Appétissant ! Épuisés, nous rejoignons nos lits pour un repos
bien mérité.
Nous, on reste !
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