mardi 30 juillet 2013

Le sulfureux Ijen

En dansant la javanaise

Quitter Munduk ne s'avère pas une sinécure, en l'absence de transports en commun. Nous tentons, en vain, de dégoter les fameux « bémo », une espèce de bus locaux en voie de disparition, censée sillonnée les routes de Bali. De tout notre séjour, ils seront restés invisibles à nos yeux de néophytes indonésiens. Nous aurons, comme toujours, recours à notre chauffeur privatif négocié de main de maître, comme toujours, par Amélie. Nous voici déposés à l'embarcadère des ferrys dans une ambiance portuaire malfamée, où l'on nous avertit d'emblée de bien veiller à nos affaires. Un bon entendeur salue ! Nous pénétrons à pied à l'intérieur d'un grand ferry rouillé par les années de navigation. Heureusement, la traversée ne dure qu'une heure. 
 
Le ballet des ferrys

A peine le pied posé en terre javanaise, nous devenons la cible privilégiée de rabatteurs fermement décidés à jeter leur filet sur une si belle proie. Cinq touristes d'un coup, ce n'est pas une mince affaire ! Un jeune, parlant quelques mots de français, vient nous alpaguer sous un air de fausse innocence. Devinant sans peine notre projet d’ascension du volcan Ijen pour le lever du soleil, il nous propose le pack complet : bémo + hôtel + chauffeur. Sans d'autre alternative, nous acceptons le deal malgré le désagréable sentiment d'avoir été épiés dès notre montée dans le ferry, comme s'il s'agissait d'une invitation à une danse dont nous n'aurions pas choisi le partenaire.

L'hôtel est dans un état si piteux que nous décidons de nous rendre dans un autre, tout aussi délabré. Loin de nous laisser démoralisés, nous nous mettons en quête d'un restaurant, chose peu aisée en pleine période de ramadan. Le quartier revêt des allures un peu sordides. Nous inspectons les warungs de la rue, les uns après les autres, pour finir dans un restaurant aux couleurs criardes, servant des pâtes recouvertes d'une mixture non identifiée, mise à part une mouche qui y a tristement fini sa vie. La faim nous taraudant toujours, nous prenons même le risque de commander une deuxième tournée, que Manu s'empresse d'adresser à la charmante serveuse. 
 
En attendant le dessert

Le ventre lourd, nous nous arrêtons tout de même dans une échoppe à crêpes, dont l'épaisseur nous impressionne. Deux avec chocolat, une sans. Le cuistot se lance dans la préparation, mais manque se faire étrangler par Amélie lorsqu'il commence à saupoudrer de chocolat la troisième crêpe, qui était, en réalité, destinée à un autre client. Les nerfs à vif, il nous semble préférable d'aller sagement nous coucher pour profiter d'un demi-sommeil semi-réparateur.

Quand souffle le souffre

A trois heures du matin, le réveil sonne. Sous la nuit sans étoile, d'une obscurité d'encre, nous prenons la route, conduit par un chauffeur qui n'est, à vrai dire, pas mieux réveillé que nous. Déposés au parking, nous débutons la randonnée refroidis par une brume matinale. Un homme, tout droit sorti du néant, nous réclame des droits d'entrée. Nous lui demandons un ticket officiel. Il sera bien en peine de nous en fournir un. 
 
Quand la brume s'envole, les fumées restent

Le sentier que nous empruntons est large, la montée régulière. Deux ramasseurs de souffre (Igen est connu pour le souffre qu'il dégage en quantité) nous emboîtent prestement le pas, espérant troquer leur charge contre une visite guidée du volcan. Une fois au sommet, l'horizon nous apparaît masqué par un épais brouillard. Puis, progressivement, il s'éclaircit, découvrant un lac d'un bleu émeraude bordé, sur son flanc ouest, d'une roche de couleur jaune canari d'où s'échappent des volutes de souffre asphyxiantes. 
 
  Le volcan absorbe les mineurs sous d'épaisses volutes de fumée

Les travailleurs du souffre s’enfoncent au cœur du cratère enveloppés par ces fumées nocives afin d'extraire le minerai à coup de barre à mine. L'odeur y est intenable. 

 
 A la barre à mine

Il semble que le volcan avale les hommes sous un épais voile de poussière, pour les recracher ensuite alourdis de paniers regorgeant de cristaux jaunes, à l'allure de polystyrène. La charge peut aller de 70 à 100 kg. Nous tenterons, chacun à notre tour, de soulever leur panier, sans succès. 







Une charge astronomique...






 


 




 
...que peine à soulever Aymeric !








Les ouvriers redescendent dans la vallée à pied portant ces charges monumentales à même la nuque. Chaque kilogramme rapporté vaut 800 roupies, soit 60 centimes d'euros. 

 
   Une pesée qui ne vaut pas de l'or

Le souffre constitue un produit de base de l'industrie chimique (détergent, alimentation, pâte à papier, allumette, poudre à canon, insecticide, laxatif...). 


Des tuyaux refroidissent le souffre

Les mineurs d'Ijen pourraient être ceux de Germinal au regard de leur condition de travail effroyable. L'espérance de vie de mineurs n'excède rarement 40 ans.
Nous redescendons au milieu des allers et venues de ces travailleurs de l'extrême, qui forcent notre plus grand respect. 

 Une file indonésienne ininterrompue

Nous retrouvons notre chauffeur personnel profondément assoupi. Il nous dépose à la gare de train, après avoir fait quelques réserves de victuailles. Ju et Manu craqueront pour un fondant au chocolat qu'ils engloutiront non sans une certaine extase. Notre train, un des plus confortables que nous ayons fait jusqu'à présent, traverse les rizières pour nous emmener vers la seconde merveille naturelle de Java, le volcan Bromo.

 Ils viennent de revenir de l'enfer.

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