Après un dimanche au
goût d'enterrement, nous ne savions plus vraiment comment occuper la
semaine à venir. Peu motivés pour les grandes
aventures, nous décidons de nous diriger vers la
touristique Jogjakarta.
L'art de rue à Jogjakarta
Nous prenons le train.
En Indonésie, la politique tarifaire de la compagnie ferroviaire
d'Etat est peu compréhensible. Le prix est le même que vous vous
arrêtiez à la première gare ou au terminus. Des agents de sécurité
veillent dans chaque wagon. Un calme bon enfant règne tandis que
les vendeurs ambulants proposent leurs produits odorants.
Sous
les lumières du sultan
A notre arrivée, le
becak nous conduit à son rythme à notre hôtel. Nous sommes alors
aiguillonnés par un rabatteur nous laissant peu de marges de
liberté.
Un conducteur de becak au repos
Nous nous promenons dans les arcanes de cette ville à
l'agitation touristique permanente. Direction le palais du sultan, le dénommé kraton. En chemin, un indonésien nous aborde à l'heure de la prière
du soir. S'ensuit une conversation passionnante sur l'histoire de
la ville, la place de la religion et l'indonesian way of life. Il
nous rappelle à quel point le mois de jeûne est une période de
fête où les familles se retrouvent pour partager. Le sultan de
Jogjakarta a un statut particulier puisqu'il est le dernier souverain
à conserver des pouvoirs civils. Il est également le gouverneur de
la province. Son palais est ouvert à tous. Son aura est forte.
On garde toujours le guide en main, histoire de ne pas se perdre en chemin
Nous
poussons jusqu'à une place où la tradition veut que le sage
réussisse à passer entre deux énormes banians les yeux fermés.
Nous essayons de respecter, non sans mal, cette coutume locale. Des becaks rutilants à la
mode Las Vegas, toutes lumières dehors, circumnaviguent autour de la
place dans un défilé improbable qui fait le bonheur de la jeunesse
javanaise.
Les becaks fluorescents
Quelques
errements
Le deuxième jour, nous
hésitons à prendre l'avion, coûte que coûte, pour le Kalimantan
et la découverte des orangs-outans. Après avoir étudié tous les
vols possibles et inimaginables auprès d'une agence locale, le
périple nous paraît bien trop hasardeux au regard de nos
contraintes de temps et notre morale
en berne. Nous choisissons de rester à Jogjakarta et de profiter de
l'endroit. Nous changeons d'hôtel. Ce choix nous permet de faire la
connaissance d'un couple de parisiens en partance pour l'île de
Sulawesi, et de deux voyageurs au long cours qui nous racontent leurs
six derniers mois en Afrique de l'est. Nous prenons nos quartiers au
restaurant « Mi casa es tu casa ». Tout un programme à
l'ambiance movida.
Adieu orang-outan
Malgré un premier
échec, dû à l'heure précoce de fermeture, nous réussissons après
une deuxième tentative à visiter le musée Affandi. Il regroupe,
dans l'ancienne maison de l'artiste, les œuvres d'un peintre
indonésien plutôt originales. Son sens de la figuration
impressionniste de ses débuts s'est progressivement transformé, au
cours de sa carrière, en une peinture abstraite aux aplats de
couleurs excessifs.
La demeure enchantée d'Affandi
Nous profitons surtout
de Jogjakarta pour deux témoignages exceptionnels de ses influences
religieuses passées : l'hindouiste Pranbanan et le bouddhiste
Borobodur.
Café aux saveurs d'antan
Un
temple shivaiste en terre d'Islam
Prambanan est un
vestige harmonieux de l'ancienne dévotion des javanais à la culture
brahmanique. Nous retrouvons pour l'occasion les codes culturels de
l'architecture indienne. Un air d'Angkor Wat, à plus petite échelle,
reflue sur le couchant.
A l'ombre d'Angkor Wat
Nous nous promenons, sarongs autour de la
taille, dans ce site baigné d'un spiritualité disparue où dominait
le triptyque Shiva, Vishnou, Brama. Nous prenons le temps de
siester, à la romaine, dans la fraîcheur d'un arbre protecteur,
divagant sur la vacuité de l'existence.
Les pyramides de pierres pointent vers le ciel ombrageux
Illumination
au Borobodur
Le vendredi, notre
passage au Borobodur a un goût de transcendance. Un ciel pur nous
entoure d'une grande clarté. A l'ombre d'un volcan à la puissance
tellurique, nous dominons une forêt de palmiers qui s'étale sur les
collines des alentours. Des centaines de bouddhas et de stupas, à la
pierre volcanique couleur ébène, semblent nous couvrir de leur
protection millénaire.
Des stupas parsemées
Nous nous recueillons
au moment même où se déroule l'enterrement de la grand-mère
d'Aymeric. Nous
plaçons quelques fleurs tropicales en offrandes nirvanesques sur les
bas-reliefs dont l'expression intemporelle nous saisit.
Offrandes nirvanesques
Le moment nous rappelle
que l'impermanence est la loi, que la vie est un cycle où tout
commencement appelle une fin et que le souvenir des uns féconde le
cheminement des autres.
Deux amoureux intemporels
La Croix du Sud, astre
veillant sur cette partie du monde, nous apparait en cette nuit plus scintillante que jamais.
Infini

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