Le
ferry public tiendra parfaitement ses promesses de lenteur. Nous
pouvons, à loisir, vaquer de bâbord à tribord, non sans avoir eu
le temps d'apparaître en arrière-plan d'un talk-show indonésien
filmant la traversée. Déjà, un guide nous aborde pour nous
organiser « clef-en-main » l'ascension du volcan Rinjani,
annonçant les prémisses de la foire d'empoigne à laquelle se
livrent les agences de trekking sur l'île .
Soleil couchant
Effectivement,
la ville d'arrivée, Senggigi, étale, de part et d'autres de ses
rues, une ribambelle de bureaux des guides à l'affût de randonneurs
potentiels. Les fourchettes de prix dégringolent au moindre signe de
désintérêt. La négociation s'annonce sous de bons auspices, ce
qui est moins vrai des tarifs des guest-houses profitant à plein
régime de la fréquentation touristique. En désespoir de cause, on
nous désigne une petite ruelle peu engageante où « là-bas,
vous trouverez peut-être de quoi dormir ». D'abord
hésitants, nous finissons par emprunter le chemin indiqué pour
tomber nez-à-nez devant une porte ravissante.
Galerie intérieure
Jardin
d'Allah
Aussitôt
franchis le seuil de l'entrée, nous pénétrons dans un petit coin
de paradis. La maison de bois, percée çà et là de grandes baies
vitrées, est décorée dans un style balinais remarquable. Les
espaces sont aérés, baignés d'une lumière dorée. Des œuvres
d'art tapissent les murs, délicatement. Une piscine d'un bleu azur
se niche dans un écrin de verdure foisonnante. Imaginant des tarifs
hors de portée, nous nous apprêtons à renoncer à cet éden,
lorsque Mary, la propriétaire des lieux, nous accueille à bras
ouverts. Pleine de compassion pour ces deux routards fatigués, elle
nous offre un abri de rêve pour la nuit à un tarif défiant toute
concurrence.
Sabine n'en revient toujours pas !
Nous
rêvons dans cette chambre royale, mais en conservant les yeux grand
ouverts, puisque nous serons soumis, toute la nuit durant, à une
alternance millimétrée entre la musique live du bar d'en face et
les chants de la mosquée d'à côté. Mary se désole du bruit
assourdissant du bar « mais personne se plaint ici ».
Le bruit est parfois assourdissant !
Australienne d'origine, elle vit désormais, apatride, dans cet
eldorado tropical. Elle a entièrement construit cette maison, il y a
quinze ans, avec son mari. Elle y vit désormais seule, comme dans
une prison dorée, loin de sa fille vivant à Perth et de son fils,
établi en France. Autant vous dire que les retrouvailles en famille
ne sont pas des plus simples.
Petit déjeuner Gauguinesque
Ju,
Manu et la Méloche sont arrivés !
Quant
à nous, nous retrouvons avec bonheur Juliette, la sœur de Sabine,
Emmanuel, son copain et Amélie, « l'ange-gardien »,
entre autre, de notre voiture. On s'est croisé au coin de la rue, si
simplement, qu'on aurait dit ne jamais s'être quitté. Nous
profitons de la plage quelques instants avant de se faire entièrement
trempés par une pluie torrentielle.
Fleurs de frangipanier pour tous
Ici aussi, le rythme des saisons
semble avoir perdu sa boussole ! Tout en partageant un excellent
curry vert, nous organisons le trek du lendemain, avec Sabine
arrachant les derniers roupies de réduction. L'affaire est conclue !
Nous partons demain. Juliette, Manu et Amélie repartent à leur
hôtel, en calèche. Comme quoi, quelques modes de transport
pittoresques ont tout de même survécu !
En route
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