L'ascension
vers la Caldeira
A
mi-chemin entre mer et montagne, Senaru, le village de départ du
trek, est encerclé d'une jungle clairsemée de rizières. Mais, qui
dit jungle, dit insectes à profusion. Quelques secondes après
l'appel à l'aide strident d'Amélie à la vue d'une énorme araignée
fermement agrippée aux murs de sa chambre, c'est au tour de Sabine
de paniquer, subissant l'attaque frontale d'une immense menthe
religieuse attirée par la lumière de sa lampe. Cette nuit, noire et
profonde, sera peuplée de bruits bien étranges et angoissants.
Manu, el Gringo, nous présente ses futures terres
De
bonne heure, nous partons affublés (« french touch »
oblige) de la panoplie complète de la dernière collection Quechua,
du sous-pantalon au cache-nez, tandis que le randonneur américain de
notre groupe part plutôt léger, n'ayant qu'un short et t-shirt en
guise de tenue. A notre équipée intrépide, s'ajoutent un jeune
guide et quatre émérites porteurs, transportant sur leur dos un
impressionnant fatras d'affaires empaqueté dans deux paniers reliés
entre eux par une simple branche de bambou.Nous
débutons la marche dans un paysage de jungle touffue, peuplée de
singes, que Ju et Manu regardent avec attendrissement tandis que
nous, en tant que fin connaisseur de cette faune agressive, traçons
rapidement notre chemin.
Premiers efforts pour Ju et Sab
Les
repas n'ont rien d'un pique-nique frugal : de véritables
assiettes nous sont servies, garnies de riz frit, œufs en tout genre
et ananas en dessert. Nous sommes impressionnés par une telle
profusion, même si, à l'observation des autres groupes, nous ne
sommes pas au sommet de la hiérarchie du luxe. Certains bénéficient
de chaises, tables et sodas à foison, ainsi que de pratiques
« toilettes-tentes», auquel il nous est interdit d'accéder.
Sabine l'apprendra à ses dépends alors qu'elle essayait de
s'introduire dans ladite tente avant de se faire réprimander
sévèrement par un guide. Il nous faudra se contenter de la nature
environnante, mais, comme elle est sur-peuplée de randonneurs, mieux
vaut attendre la pénombre ou la brume passagère.
Campement sommaire
Au
fur et à mesure de notre montée, le paysage se fait plus aride,
composé de prairies vertes enveloppées de brouillard. Le froid
ambiant commence à se faire sentir. Notre camp de base est installé,
en équilibre précaire, à cheval sur la crête du volcan. Les
tentes, affichant fièrement la marque Lafuma (et oui, la France
s'exporte !), sont dressées à l'aide de piquets en bois. Juliette
trouve cela très « écolo », à condition d'effacer les
alentours, jonchés de détritus des précédents repas et
campements.
Vue matinale
C'est
au tour d'Amélie de s'essayer au gado gado, repas du soir et plat
indonésien typique imbibé de sauce cacahuète. Ce sera son premier
et son dernier car, si, à la première bouchée, se mélangent
savamment le salé et le sucré, la dernière s'achève par un
écœurement sans appel ! La nuit sera froide ; les duvets
portés dans nos sacs depuis des mois, seront les bienvenus !
Au
cœur du cratère
Réveillés
au petit matin par un thé bouillant accompagné d'un pancake à la
banane roboratif, nous repartons, bon pied, bon œil, car le chemin,
descendant à pic, est réputé dangereusement glissant. Nous avons
vu passer hier un brancard, fait de toile de jute, porté à dos
d'hommes. « Un polonais, nous disent-ils, s'est cassé l'épaule
après une chute malencontreuse ». Les six porteurs se
mouvaient péniblement pour mener le blessé au premier village,
encore bien loin, sans glisser sur l'étroit chemin caillouteux. Ici,
les secours en montagne sont rustiques, nous qui sommes habitués à
l'excellence chamoniarde en la matière ! Mieux vaut ne pas
tomber !
Le lac est au milieu de la caldeira
Nous
descendons prudemment au cœur du cratère occupé par un lac
concentrique au centre duquel trône un second volcan. Vision
hallucinante de volcans enchâssés les uns dans les autres !
Des pêcheurs affairés occupent le bord du lac tandis que les
randonneurs profitent des sources d'eau chaude, soufrée à souhait,
dans un cadre grandiose.
A la mode indonésienne
Nous
y rencontrons un couple de lyonnais, Mathias et Aurélie (parfois, il
faut aller au bout du monde pour rencontrer ses propres voisins !).
Mathias a aussi effectué un tour du monde, il y a trois ans. Il
n'avait jamais voyagé auparavant. C'est en apprenant qu'il était
atteint d'un cancer incurable qu'il se jette l'aventure. Du jour au
lendemain, il plaque son boulot et réserve les billets d'avion avant
d'apprendre, par le biais de nouvelles analyses médicales, l'erreur
de diagnostic. Le voilà miraculeusement guéri, mais hors de
question d'annuler son projet pour autant. Depuis cette expérience,
le voyage ne le quitte plus et il emmène Aurélie aux quatre coins
du monde. Pour le trek, ils sont partie en autonomie, sac de 20 kg
sur le dos, avec tente et repas froids. Autant vous dire que c'est
marche ou crève !
C'est beau !
Réchauffés
pas le bain brûlant, nous empruntons une pente ascendante abrupte
pour s'établir dans le deuxième camp de base, à plus de 2000
mètres d'altitude. La nuit sera aussi courte que glaciale, le réveil
étant prévu pour 2h00 du matin.
Verticale
limite
Au
programme : une montée de 1000 mètres dans la nuit, puis une
redescende de 3000 mètres dans la journée. Le guide nous alerte des
dangers qui nous guettent. Une chinoise a été redescendue en
urgence, l'épaule cassée, après avoir glissée du bord du cratère.
Bien rester au centre du chemin, ne pas dévier sous l'effet d'un
vent à décorner les bœufs tout en gardant un rythme dynamique pour
ne pas prendre du retard ; telles sont les consignes.
Manu au-dessus du volcan
Sabine
se débat pour rester éveillée, les yeux gorgés de sommeil.
Surtout suivre la cadence ; enchaîner les pas sans penser à
rien ; ne pas perdre de vue les autres ; ne pas se
décourager alors que la lutte est harassante contre le sable
volcanique où les pieds s'enfoncent irrémédiablement.Enfin,
c'est le sommet si durement gagné ! Il fait encore nuit, et
seuls les faisceaux des lampes frontales éclairent faiblement les
ténèbres de la nuit. Le froid est saisissant. L'américain
grelotte, d'un court short revêtu. Nous nous blottissons, suivant
la technique des manchots empereurs, derrière un rocher protecteur
pour attendre le lever du soleil.
Soleil du matin
Rapidement,
le ciel s'éclaircit. Nous franchissons les derniers mètres qui nous
sépare du point culminant du volcan, 3726 mètres. L'horizon
s'embrase d'un rose bleuté et découvre le vide abyssale qui nous
entoure. Un indonésien se prosterne en direction de la Mecque, en
remerciement de son ascension victorieuse. Nous ne pouvons rester
plus longtemps tant le froid nous glace sur place.Nous
entamons la recrudescente d'un pas guerrier, avalant sans compter un
dénivelé impressionnant. La végétation se fait plus verte, du
pierrier minéral aux prairies vallonnées.
Elles l'ont fait !
A
l'arrivée, un pick-up nous attend déjà et nous emmène à vive
allure sur les routes chaotiques, sans se soucier du moins du monde
de ses passagers. Amélie manquera de vomir, malgré un débat
passionné avec Aymeric sur la question des pourboires. Aurélie,
quant à elle, descendra avant l'arrivée pour éviter le pire. Nous
enchaînons avec un van, où un randonneur canadien pique un somme,
en prenant ses aises. Quand il y a de la gêne, il n'y a pas de
plaisir !
Le majestueux Rinjani
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