jeudi 25 juillet 2013

A l'assaut du Rinjani en trois jours et deux nuits

L'ascension vers la Caldeira

A mi-chemin entre mer et montagne, Senaru, le village de départ du trek, est encerclé d'une jungle clairsemée de rizières. Mais, qui dit jungle, dit insectes à profusion. Quelques secondes après l'appel à l'aide strident d'Amélie à la vue d'une énorme araignée fermement agrippée aux murs de sa chambre, c'est au tour de Sabine de paniquer, subissant l'attaque frontale d'une immense menthe religieuse attirée par la lumière de sa lampe. Cette nuit, noire et profonde, sera peuplée de bruits bien étranges et angoissants.

 Manu, el Gringo, nous présente ses futures terres

De bonne heure, nous partons affublés (« french touch » oblige) de la panoplie complète de la dernière collection Quechua, du sous-pantalon au cache-nez, tandis que le randonneur américain de notre groupe part plutôt léger, n'ayant qu'un short et t-shirt en guise de tenue. A notre équipée intrépide, s'ajoutent un jeune guide et quatre émérites porteurs, transportant sur leur dos un impressionnant fatras d'affaires empaqueté dans deux paniers reliés entre eux par une simple branche de bambou.Nous débutons la marche dans un paysage de jungle touffue, peuplée de singes, que Ju et Manu regardent avec attendrissement tandis que nous, en tant que fin connaisseur de cette faune agressive, traçons rapidement notre chemin.

 Premiers efforts pour Ju et Sab 
 
Les repas n'ont rien d'un pique-nique frugal : de véritables assiettes nous sont servies, garnies de riz frit, œufs en tout genre et ananas en dessert. Nous sommes impressionnés par une telle profusion, même si, à l'observation des autres groupes, nous ne sommes pas au sommet de la hiérarchie du luxe. Certains bénéficient de chaises, tables et sodas à foison, ainsi que de pratiques « toilettes-tentes», auquel il nous est interdit d'accéder. Sabine l'apprendra à ses dépends alors qu'elle essayait de s'introduire dans ladite tente avant de se faire réprimander sévèrement par un guide. Il nous faudra se contenter de la nature environnante, mais, comme elle est sur-peuplée de randonneurs, mieux vaut attendre la pénombre ou la brume passagère. 

 Campement sommaire

Au fur et à mesure de notre montée, le paysage se fait plus aride, composé de prairies vertes enveloppées de brouillard. Le froid ambiant commence à se faire sentir. Notre camp de base est installé, en équilibre précaire, à cheval sur la crête du volcan. Les tentes, affichant fièrement la marque Lafuma (et oui, la France s'exporte !), sont dressées à l'aide de piquets en bois. Juliette trouve cela très « écolo », à condition d'effacer les alentours, jonchés de détritus des précédents repas et campements. 

 Vue matinale

C'est au tour d'Amélie de s'essayer au gado gado, repas du soir et plat indonésien typique imbibé de sauce cacahuète. Ce sera son premier et son dernier car, si, à la première bouchée, se mélangent savamment le salé et le sucré, la dernière s'achève par un écœurement sans appel ! La nuit sera froide ; les duvets portés dans nos sacs depuis des mois, seront les bienvenus !

Au cœur du cratère

Réveillés au petit matin par un thé bouillant accompagné d'un pancake à la banane roboratif, nous repartons, bon pied, bon œil, car le chemin, descendant à pic, est réputé dangereusement glissant. Nous avons vu passer hier un brancard, fait de toile de jute, porté à dos d'hommes. « Un polonais, nous disent-ils, s'est cassé l'épaule après une chute malencontreuse ». Les six porteurs se mouvaient péniblement pour mener le blessé au premier village, encore bien loin, sans glisser sur l'étroit chemin caillouteux. Ici, les secours en montagne sont rustiques, nous qui sommes habitués à l'excellence chamoniarde en la matière ! Mieux vaut ne pas tomber !

 Le lac est au milieu de la caldeira

Nous descendons prudemment au cœur du cratère occupé par un lac concentrique au centre duquel trône un second volcan. Vision hallucinante de volcans enchâssés les uns dans les autres ! Des pêcheurs affairés occupent le bord du lac tandis que les randonneurs profitent des sources d'eau chaude, soufrée à souhait, dans un cadre grandiose. 

 A la mode indonésienne

Nous y rencontrons un couple de lyonnais, Mathias et Aurélie (parfois, il faut aller au bout du monde pour rencontrer ses propres voisins !). Mathias a aussi effectué un tour du monde, il y a trois ans. Il n'avait jamais voyagé auparavant. C'est en apprenant qu'il était atteint d'un cancer incurable qu'il se jette l'aventure. Du jour au lendemain, il plaque son boulot et réserve les billets d'avion avant d'apprendre, par le biais de nouvelles analyses médicales, l'erreur de diagnostic. Le voilà miraculeusement guéri, mais hors de question d'annuler son projet pour autant. Depuis cette expérience, le voyage ne le quitte plus et il emmène Aurélie aux quatre coins du monde. Pour le trek, ils sont partie en autonomie, sac de 20 kg sur le dos, avec tente et repas froids. Autant vous dire que c'est marche ou crève !

C'est beau !

Réchauffés pas le bain brûlant, nous empruntons une pente ascendante abrupte pour s'établir dans le deuxième camp de base, à plus de 2000 mètres d'altitude. La nuit sera aussi courte que glaciale, le réveil étant prévu pour 2h00 du matin.

Verticale limite

Au programme : une montée de 1000 mètres dans la nuit, puis une redescende de 3000 mètres dans la journée. Le guide nous alerte des dangers qui nous guettent. Une chinoise a été redescendue en urgence, l'épaule cassée, après avoir glissée du bord du cratère. Bien rester au centre du chemin, ne pas dévier sous l'effet d'un vent à décorner les bœufs tout en gardant un rythme dynamique pour ne pas prendre du retard ; telles sont les consignes. 

 Manu au-dessus du volcan

Sabine se débat pour rester éveillée, les yeux gorgés de sommeil. Surtout suivre la cadence ; enchaîner les pas sans penser à rien ; ne pas perdre de vue les autres ; ne pas se décourager alors que la lutte est harassante contre le sable volcanique où les pieds s'enfoncent irrémédiablement.Enfin, c'est le sommet si durement gagné ! Il fait encore nuit, et seuls les faisceaux des lampes frontales éclairent faiblement les ténèbres de la nuit. Le froid est saisissant. L'américain grelotte, d'un court short revêtu. Nous nous blottissons, suivant la technique des manchots empereurs, derrière un rocher protecteur pour attendre le lever du soleil.

 Soleil du matin

Rapidement, le ciel s'éclaircit. Nous franchissons les derniers mètres qui nous sépare du point culminant du volcan, 3726 mètres. L'horizon s'embrase d'un rose bleuté et découvre le vide abyssale qui nous entoure. Un indonésien se prosterne en direction de la Mecque, en remerciement de son ascension victorieuse. Nous ne pouvons rester plus longtemps tant le froid nous glace sur place.Nous entamons la recrudescente d'un pas guerrier, avalant sans compter un dénivelé impressionnant. La végétation se fait plus verte, du pierrier minéral aux prairies vallonnées. 

Elles l'ont fait !

 A l'arrivée, un pick-up nous attend déjà et nous emmène à vive allure sur les routes chaotiques, sans se soucier du moins du monde de ses passagers. Amélie manquera de vomir, malgré un débat passionné avec Aymeric sur la question des pourboires. Aurélie, quant à elle, descendra avant l'arrivée pour éviter le pire. Nous enchaînons avec un van, où un randonneur canadien pique un somme, en prenant ses aises. Quand il y a de la gêne, il n'y a pas de plaisir !

Le majestueux Rinjani

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