mardi 23 juillet 2013

D'un port à l'autre

PADANG BAI, escale portuaire

Après plusieurs nuits écourtées par des journées sur-chargées, nous parvenons, exténués de fatigue, à atteindre le port de Padang Bai via un mini-bus touristique, seul moyen de locomotion en l'absence de tout réseau public sur l'île de Bali. Pas un touk touk bringuebalant, ni une carriole chamarrée, ni un moto-dop au sourire édenté (si cher à Sabine, tradition khmère oblige) ne sillonnent les excellentes routes balinaises. Ce n'est donc qu'un classique véhicule de type espace, rutilant, qui nous embarque en grappe de touristes amalgamés. 

En attendant le cargo

Nous apprenons vite que pas un d'entre nous n'a payé le même prix, le chauffeur nous montrant à la dérobée (et non sans cacher sa fierté) un ticket pour lequel un américain a même déboursé plus de dix fois la somme nécessaire. Ce dernier ne tarde d'ailleurs pas à nous rejoindre tout droit sorti de son hôtel de luxe. Pilote à ses heures perdues, salaire très confortable, nous dit-il (le détail est d'importance dans un pays où la valeur individuelle dépend souvent de celle de son compte en banque), il enchaîne la conversation et les questions-fléchettes à grand renfort de tapes sur le dos comme si nous nous connaissions depuis notre plus tendre enfance. 

 Port au petit matin

Parvenus à bon port, nous débarquons dans une zone sans âme peuplée de rabatteurs aux airs louches, vendant les mérites de leurs bateaux ultra-rapides et ultra-chers. Se frayant un chemin jusqu'à l'embarcadère, nous recherchons, en tant que back-packers au long court mais au budget serré, les ferrys publics dont les mérites sont la lenteur (6h contre 30 min pour un « fast-boat ») doublée d'un billet à prix doux. Le quai, entouré de barrières contre-plaquées, est encombré de camions débordant de containers soumis au ballet infernal de grues carnassières. Le lieu ne nous inspire guère, assombri qu'il est sous un ciel d'une noirceur livide annonciatrice de pluies diluviennes. Nous décidons de remettre le voyage au lendemain, histoire d'y voir un peu plus clair …

A la Robinson

Non sans mal, après la visite d'hôtels glauques à souhait sous la houlette de mafias locales bien organisées, nous finissons par échouer dans une « chambre-cabane à la Robinson ». Ses murs sont de bambous revêtus, sa fenêtre ouvre sur une nature rousseauiste et son atmosphère vogue aux bruits des flots marins qui l'entourent. Refuge salutaire pour une nuit régénératrice.

 Pêche de nuit

Après six mois de route, depuis les tropicales plages de Goa, Aymeric retrouve enfin, avec délice, la mer qu'il a tant attendue. Mais, cette fois-ci, il se retrouve contraint à se baigner selon la mode du manchot, tentant désespérément de garder, hors de l'eau, son bras blessé. La mission est d'autant plus périlleuse que les courants sont ici connus pour leur puissance (Bali n'étant pas la Mecque du surf par hasard). Au détour d'un chemin menant à la plage, se dressant au-delà des vagues impitoyables, nous découvrons un autel offert aux dieux hindous, tel un étrange clin d'œil indien. Nous devinons au loin l'île de Lombock enfantée par le majestueux volcan du Rinjani. Elle nous enveloppe déjà de ses charmes envoûtants, tandis qu'à nos côtés, les pêcheurs installent leur canne pour la nuit sur une longue plage de sable noire. 

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