Il
nous en aura fallu du courage pour s'extirper de la moiteur laotienne
et partir à l’assaut de la frontière cambodgienne. Les jours
s’égrènent et malheureusement, nous en sommes les comptables
mesquins. Plus riche en la matière, nous aurions pris le temps
d'avoir … du temps.
Bakchichs
à tous les étages
Notre bus "de luxe"
Après
moultes conversations avec d'autres voyageurs, nous savions bien que
le passage de frontière entre la Laos et le Cambodge était pavé de
surcoûts aussi bien extravagants que créatifs. Par exemple, la
seule compagnie de bus qui organise des liaisons depuis le Laos
jusqu’au Cambodge facture des trajets de troisième classe au prix
de la classe ultra-luxe sur des distances ridicules. Impossible
d'échapper à ce petit trafic entre amis.
Aymeric essaye de garder le sourire malgré un passage épique de frontière
Rappelons
qu'en théorie, le visa cambodgien est à 20 dollars et qu'aucun
droit de timbre supplémentaire n'est exigible. Dans les faits, nous
avons réussi à limiter la douloureuse à 27 dollars, un minimum qui
a imposé, pour les petits poissons que nous sommes, de louvoyer dans
une rivière de crocodiles sans se faire croquer. Pour l'anecdote, un
dollar est exigé pour un coups de tampon, un passage à un horaire
de fin d'après-midi et/ou en fin de semaine, une prise de
température, un dédommagement de non-mise en quarantaine, une
absence de photos d'identité (sans prise pour autant de photos !)
… Certains ont refusé de payer. Ils ont dû attendre le lendemain
pour recevoir leur précieux sésame. Le temps, c'est de l'argent.
Mais l'argent permet aussi de gagner un peu de temps. Ici, les
douaniers, concussionnaires notoires, achètent leur charge pour en
tirer profit. Le gouvernement les paye environ cinquante dollars par
mois, mais chacun d'entre eux exhibe des pierres précieuses à
chaque doigt ou des pattes de crocodile à la taille (plus rare).
Cherchez l'erreur !
Des
plantations d'hévéas ont remplacé la forêt vierge
Une
fois la frontière franchie, nous filons vers Banlung que Sabine
connaît comme sa poche puisqu'elle a déjà visité la destination
il y a maintenant près de dix ans !
Elle
se souvenait d'une piste caillouteuse, d'un ocre inimitable, gorgée
d'ornières, traçant son sillon à travers une forêt dense et
sauvage. Dix années plus tard, la piste est devenue autoroute et la
végétation s'est clairsemée pour se transformer en plaine pelée à
l'herbe rase. Les plantations d'hévéas crachent leur caoutchouc
quotidien, vendu ensuite par les vietnamiens sur les marchés
internationaux. Les cambodgiens peinent à profiter à hauteur de
leurs efforts harassants. Le trafic de bois et de pierre précieuses
ont également balafré cette ancienne région isolée pour enrichir
quelques proches du régime aux concessions d'exploitation
douteuses. Le bois est un business lucratif qui fait la fortune de
quelques uns et désole les autres. Rappelons-nous qu'il suffit de
quelques mois pour faire tomber les arbres et des dizaines d'années
pour qu'ils repoussent.
La ville change, le hamac reste
La
capitale de la province du Ratanakiri, Banlung, a quitté sa torpeur
villageoise pour se transformer en ville en plein développement. Ce
n'est pas encore New York City, mais l'urbanisation suit un rythme
effréné. Sabine ne reconnaît qu'à peine la paisible bourgade
qu'elle a connue. Les villes semblent se transformer plus vite que
les personnes sous la stimulation d'un développement débridé.
Un
lac sacré offert par les divinités
Banlung
offre ses charmes paisibles, et en particulier le lac de Yak Loum,
véritable émerveillement. Le premier jour, nous enfourchons des
vélos de guingois et pédalons dans la campagne. Sueur assurée !
En montée, c'est trop dur !
Le
deuxième jour, nous faisons la connaissance de Sambo, notre
chauffeur de moto-dop. Il est à l'amabilité ce qu'est Crésus est à
la richesse. Son sourire nous offre un rayon de soleil régénérant.
Son anglais permet quelques échanges. La négociation du trajet est
un trésor de drôlerie. Il nous déconcerte par sa science de la
générosité inversée. « Quel est ton prix ? En
général, les gens me paient vingt dollars. Mais si tu veux donner
plus. Tu peux. C'est à toi de voir ». Pour la
première fois, l'exigence ne se porte pas sur un minimum mais sur
une perspective de maximum. « It's up to you ». Il
est fort notre ami. Il nous explique d'ailleurs que, vu sa très
grande famille, l'argent donné ne sera pas mal dépensé. Il accepte
de nous accompagner. Nous montons tous les deux sur l'arrière de sa
moto. Nous précisons que nous souhaitons aller doucement. Nous avons
quelques mauvais souvenirs que nous ne voulons pas revivre. Sa moto
n'aurait pas de toute façon pu aller bien plus vite !
Notre chauffeur de moto-dop préféré au surnom tout trouvé : "it's up to you"
Le
lac est une auréole perdue dans la forêt. Ancien volcan, le cratère
formé s'est rempli d'eau de pluie d'une grande clarté. On se baigne
au milieu des arbres à partir de grands pontons en caillebotis.
Une circonférence parfaite
Sabine en a profité pendant plusieurs heures pendant qu'Aymeric,
handicapé par ses blessures, observait les cambodgiens barboter en
toute sécurité dans leur gilet de sauvetage et comptait les
moustiques. Le lac offre un moment bien apaisant.
Nous prenons aussi le temps d'en faire le tour. Ambiance Paul et Virginie. Les bruits stridents de la forêt en plus.
Les bruits de la jungle viennent à peine perturber le calme du lac
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