La
ville méconnaissable...
Premiers immeubles
Le
cœur battant, Sabine a hâte de retrouver le Phnom Penh où elle
séjourna durant six mois, en 2003. Ses souvenirs flous viennent
rapidement s'échouer contre l'image abrupte du présent,
méconnaissable. La ville s'est métamorphosée sous l'effet d'une
urbanisation galopante. Ce n'est certes pas une réplique de Bangkok,
mais les premiers immeubles se dressent timidement, tels les nouveaux
phares d'une modernité triomphante. Sur les boulevards où les files
de voitures s'entrechoquent, l'ère du vélo a laissé sa place aux
moto-dop pétaradants, qui cèdent, à leur tour, du terrain aux tuk
tuk tonitruants. A quand les taxis new-yorkais et le sky-line
singapourien ?
Resto tendance...
... versus ONG
(clin d’œil à Sylvain)
Les boutiques de luxe, les restaurants tendances et les cliniques privées font désormais concurrence au paradis des ONG qui avait fleuri durant les années quatre-vingt dix. Le long du Quai Sisowath, le footing matinal et les séances collectives de stretching nocturnes ont remplacé les hordes de mendiants qui engloutissaient les passants qui osaient malencontreusement s'y aventurer.
L'alliance française, havre de culture
Sabine
pensait, à tord, pouvoir se passer de guide. Ses repères, mis à
part l'alliance française et le palais royal, se sont noyés dans un
labyrinthe de rues qu'elle ne reconnaît à peine. Même les kramas,
ces foulards à carreaux emblématiques, ont disparu pour n'être utilisé qu'en guise de serviettes de bain. Nous
décidons alors de nous procurer l'indispensable guide du routard
pour être en mesure d'arpenter les artères de la capitale mutante.
Pyjama de sortie, à l'heure du streching
… conservant
quelques permanences,
Les fils électriques en folie
Heureusement,
quelques vestiges subsistent, anachronismes d'un autre temps. A
l'image du méli-mélo des fils électriques qui quadrillent le ciel,
le chaos de la circulation se déverse, anarchique, dans les rues
que, piétons, il est si périlleux de traverser.
Le FCC, éternel bar des expats
Sous les hèlements
continus des chauffeurs de Tuk Tuk, nous sommes fermement décidés à
utiliser nos pieds comme moyen de locomotion, et ce, malgré des
trottoirs immergés sous des torrents d'eau, déversés sans avarice
par la saison des pluies.
Sous la pluie
L'espace
public est incroyablement vivant et Aymeric observe, amusé, les
femmes sortir en pyjamas imprimés de dessins enfantins. La visite
des éternels marchés de la capitale fait notre bonheur. Les étales
de nourritures se succèdent où poissons, fruits, viandes fraîches
se mélangent dans une explosion de couleurs et de saveurs.
Marchés aux mille couleurs
…
reste
enracinée dans une histoire tragique.
L'actualité
est à l'heure des élections législatives, prévues pour le 28
juillet. Les pancartes électorales, ne supportant guère les
challengers, affichent un soutien quasi-exclusif au « Cambodian
People's Party ». Hun Sen tient toujours fermement les rênes
du pouvoir, depuis plus de quinze ans à la tête du Gouvernement.
Artisan de la réconciliation nationale et ex-khmer rouge repenti,
il voit ses anciens camarades placés sous l'égide du tribunal pénal
international.
Pancarte électorale au singulier
Après
plus de dix ans de débats, les laborieux procès des responsables du
génocide se déroulent enfin. Pol Pot, mort en 1998 et Ieng Sary,
décédé en mars 2013, ont échappé à leur jugement, après avoir
causé la mort de près du tiers de leur concitoyens, du 17 avril
1975 au 7 janvier 1979. Seul Douch, pour l'instant, après un procès
en appel, est condamné à perpétuité.
Un lycée devenu prison
Nous
visitons, bouleversés, la prison S21. Le lycée de Tuol Sleng fut
transformé en macabre lieu de détention, de torture et d’exécution.
Suivant l'adage de son Directeur selon lequel « Il vaut
mieux tuer cent innocents que de garder en vie un ennemi »,
des dizaine de milliers de prisonniers y furent
systématiquement numérotés, photographiés, puis interrogés avant
d'être envoyés à la mort. Les photos des prisonniers, en noir et
blanc, s’enchaînent ; dernières images de ces innocents disparus
dans des ténèbres d'où personne, jamais, ne revient. Des murs
délabrés du bâtiment, résonnent encore les cris d'agonie des
torturés qui nous glacent le sang.
Le visage émouvant de milliers de victimes
Le
centre Bophana, fondé par Rithy Panh, nous éclaire sur l'histoire
tragique du Cambodge. Nous regarderons toute la filmographie de cet
excellent réalisateur.
Affiche du film S21
Pour n'en citer que quelques uns,
- « Douch, le maître des forges de l'enfer » livre un entretien avec le célèbre bourreau, bouleversant d'une inhumanité pourtant si humaine. On y voit cet homme, appliqué et sérieux, annoter des listes administratives de noms impeccablement tenues par une mention sans appel : « à détruire ».
- « S21, la machine de mort Khmère rouge » donne la parole aux gardiens de la prison, accompagnés par un peintre ex-détenu, sur les chemins de leur ancien lieu et instruments de torture.
-
"Un soir après la guerre » décrit la société cambodgienne d'après guerre où la liberté se vend à prix cher.
Nous
achevons notre cycle de documentaires par le dernier interview de Pol
Pot réalisé quelques jours avant sa mort. Nous y découvrons un
grand-père au visage d'une douceur déconcertante. Son discours
n'est pas celui d'un repenti. Il s'est en allé en cendres, trop tôt,
faignant ignorer les hurlements des millions de massacrés qui
comblent les rizières sablonneuses du Cambodge.
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