mardi 4 juin 2013

Mekong fever !

Slow boat pour slow travel

Nous n'échappons pas à la tentation de rejoindre Luang Prabang en slow boat depuis la frontière thaïlandaise. Il faut deux jours pour descendre tranquillement le fleuve sur un bateau à fond plat d'une centaine de mètres de long. L'alternative est de prendre un fast boat. Il s'agit d'une embarcation avec un moteur ultra-puissant qui file sur l'eau à une vitesse décoiffante. Le pilote fait alors ce qu'il peut pour éviter les obstacles. Casques obligatoires et bruit de moteur terrifiant pendant tout le trajet. Nous refusons l'expérience. La descente du Mékong par 100 décibels n'est pas pour nous, surtout que les accidents ne sont pas rares. Et on ne vous parle pas des conséquences épouvantables sur l'environnement de ce genre de joujou mécanique.

 Éternel Mékong

Nous atterrissons dans le slow boat, confortablement (?!) installés sur des sièges de bus rémontés. Nous imaginions une navette fluviale où la vie laotienne allait dominer. Il n'en fut rien. Il n'y avait quasiment que des farangs (étrangers en laotien). Dommage ! On avait un peu l'impression de se retrouver sur un bateau mouche parisien, rempli de touristes en goguette. Certains ont eu droit au groupe d'australiens bourrés, qui jettent leurs canettes de bière par dessus bord et se retrouvent la tête dans l'eau portés par leurs amis. Une horreur que même les moines du bateau ont condamnée (anecdote rapportée par des sympathiques suisses qui ont préféré quitter le bateau).



Course poursuite à moins de dix nœuds de moyenne

Pour autant, le paysage est splendide. Le Mékong s'élargissant progressivement, trace son sillon à travers un réseau de montagnes peu élevées mais recouvertes d'une foret primaire luxuriante. Quelques habitations en bois trônent fièrement au milieu des collines. Pas un village d'importance ne sera croisé pendant notre « croisière ». Étonnant de constater que Laos est pratiquement vide d'hommes, à peine 6 millions de personnes sur un territoire grand comme la moitié de la France. La densité d'habitation est très faible. La Laos a historiquement été un refuge pour de nombreuses ethnies qui ont trouvé là un espace difficile d'accès et propice à une vie éloignée de tous conquérants intrusifs. Le pays est une mosaïque ethnique hallucinante où on ne se mélange pas ou peu et où la vie autarcique faite d'auto-suffisance est la norme. Le Laos vit hors du temps coincé entre ses puissants voisins influents et carnassiers (notamment Chine et Vietnam) et sort de sa léthargie, à son rythme.

 Cuisine de bord ... rustique

Aung San Suu Sab ou la naissance d'un mythe

Après une journée de navigation nonchalante, nous passons la nuit à Pakbeng, seule halte possible sur le chemin. Le village est minuscule et s'accroche sur un bras du Mékong en pleine nature. Notre promenade du soir nous permet de visiter l'école et d'échanger avec les enfants qui profitent de trois mois de vacances scolaires. Il faut l'avouer. Le personnage d'Aung San Suu Kyi a eu une forte influence sur Sabine. Qui ne le serait pas à la lecture de sa vie (biographie lu : Aung San Suu Kyi, le jasmin ou la lune). D'ailleurs, Aymeric a décidé de renommer Sabine, Aung San Suu Sab, à savoir la version lyonnaise de la passionaria birmane, une femme qui, lorsqu'elle se déplace, crée l'attroupement, la curiosité, voire même la dévotion auprès des populations avides de la connaître. Sabine s'applique dans cette tâche avec sérieux auprès de tous les enfants croisés, en leur glissant les quelques mots de laotiens qu'elle a appris durant le long trajet en bateau et en les gratifiant des bénédictions humanistes. Très efficace ! Un véritable mythe est en train de se construire au Laos autour d'elle. Certains parlent même de ses pouvoirs magiques, de ses dons de guérisseur et même de ses talents de pyromancien. Espérons quand même qu'elle ne termine pas en résidence surveillée pour son activisme débridée !

 Ils l'ont vue !

Le lendemain, nous reprenons notre route sur le Mékong où de nouveau se profilent un fleuve serein, des montagnes bosselées et une canopée toujours plus touffue et végétale. La pluie a décidé d'être de la partie et commence à tomber en trombes d'eaux violentes. Nous devenons trempés en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Les hommes de bord décident de descendre une bâche en plastique le long du bateau. Nous imaginons nos problèmes aquatiques réglés lorsque le plafond du bateau s'affaisse brutalement et commence à répandre, à la place où se trouve Sabine, une véritable cascade qui forme une petite retenue d'eau à l'emplacement de son siège. Nous finissons donc le trajet à une dizaine de rangées d'écart, Aymeric ayant pour compagnon de voyage une bassine d'eau qui se renverse chaque heure. La saison des pluies commençante a eu raison de nous mais elle crée une atmosphère troublante, genre Au cœur des ténèbres de Conrad. 

 Pakbeng, au lever du brouillard

Après plus de huit heures de navigation, le bateau s'arrête dans un endroit sans embarcadère, au milieu de nulle part. L'équipage nous annonce fièrement que nous sommes arrivés. Oui, mais où ? Nous sommes encore à cinq kilomètres de Luang Prabang. Soit disant, le gouvernement a restreint l'accès à la ville pour cause de surfréquentation. Étrange. Nous débarquons à l'ancienne, en enjambant plusieurs bateaux. Nous comprenons alors. Des tuk-tuk nous attendent pour nous transporter, au prix fort, au centre de la ville, sans que nous n'ayons aucune alternative. Rageant que le voyage se termine de cette manière. Le fond était superbe, la forme, elle beaucoup moins. On a eu l'impression de se faire transporter comme du bétail … sans jamais, ou presque, voir un seul laotien. La descente du Mekong n'a malheureusement plus le goût de l'aventure !

 Routine mékongaise

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