Slow
boat pour slow travel
Nous
n'échappons pas à la tentation de rejoindre Luang Prabang en slow
boat depuis la frontière thaïlandaise. Il faut deux jours pour
descendre tranquillement le fleuve sur un bateau à fond plat d'une
centaine de mètres de long. L'alternative est de prendre un fast
boat. Il s'agit d'une embarcation avec un moteur ultra-puissant qui
file sur l'eau à une vitesse décoiffante. Le pilote fait alors ce
qu'il peut pour éviter les obstacles. Casques obligatoires et bruit
de moteur terrifiant pendant tout le trajet. Nous refusons
l'expérience. La descente du Mékong par 100 décibels n'est pas
pour nous, surtout que les accidents ne sont pas rares. Et on ne vous
parle pas des conséquences épouvantables sur l'environnement de ce
genre de joujou mécanique.
Éternel Mékong
Nous
atterrissons dans le slow boat, confortablement (?!) installés sur
des sièges de bus rémontés. Nous imaginions une navette fluviale
où la vie laotienne allait dominer. Il n'en fut rien. Il n'y avait
quasiment que des farangs (étrangers en laotien). Dommage ! On
avait un peu l'impression de se retrouver sur un bateau mouche
parisien, rempli de touristes en goguette. Certains ont eu droit au
groupe d'australiens bourrés, qui jettent leurs canettes de bière
par dessus bord et se retrouvent la tête dans l'eau portés par leurs
amis. Une horreur que même les moines du bateau ont condamnée
(anecdote rapportée par des sympathiques suisses qui ont préféré
quitter le bateau).
Course poursuite à moins de dix nœuds de moyenne
Pour
autant, le paysage est splendide. Le Mékong s'élargissant
progressivement, trace son sillon à travers un réseau de montagnes
peu élevées mais recouvertes d'une foret primaire luxuriante.
Quelques habitations en bois trônent fièrement au milieu des
collines. Pas un village d'importance ne sera croisé pendant notre
« croisière ». Étonnant de constater que Laos est
pratiquement vide d'hommes, à peine 6 millions de personnes sur un
territoire grand comme la moitié de la France. La densité
d'habitation est très faible. La Laos a historiquement été un
refuge pour de nombreuses ethnies qui ont trouvé là un espace
difficile d'accès et propice à une vie éloignée de tous
conquérants intrusifs. Le pays est une mosaïque ethnique
hallucinante où on ne se mélange pas ou peu et où la vie
autarcique faite d'auto-suffisance est la norme. Le Laos vit hors du
temps coincé entre ses puissants voisins influents et carnassiers
(notamment Chine et Vietnam) et sort de sa léthargie, à son rythme.
Cuisine de bord ... rustique
Aung
San Suu Sab ou la naissance d'un mythe
Après
une journée de navigation nonchalante, nous passons la nuit à
Pakbeng, seule halte possible sur le chemin. Le village est minuscule
et s'accroche sur un bras du Mékong en pleine nature. Notre promenade
du soir nous permet de visiter l'école et d'échanger avec les
enfants qui profitent de trois mois de vacances scolaires. Il faut
l'avouer. Le personnage d'Aung San Suu Kyi a eu une forte influence
sur Sabine. Qui ne le serait pas à la lecture de sa vie (biographie
lu : Aung San Suu Kyi, le jasmin ou la lune). D'ailleurs,
Aymeric a décidé de renommer Sabine, Aung San Suu Sab, à savoir la
version lyonnaise de la passionaria birmane, une femme qui,
lorsqu'elle se déplace, crée l'attroupement, la curiosité, voire
même la dévotion auprès des populations avides de la connaître. Sabine s'applique dans
cette tâche avec sérieux auprès de tous les enfants croisés, en leur glissant les
quelques mots de laotiens qu'elle a appris durant le long trajet en
bateau et en les gratifiant des bénédictions humanistes. Très
efficace ! Un véritable mythe est en train de se construire au
Laos autour d'elle. Certains parlent même de ses pouvoirs magiques,
de ses dons de guérisseur et même de ses talents de pyromancien.
Espérons quand même qu'elle ne termine pas en résidence surveillée
pour son activisme débridée !
Ils l'ont vue !
Le
lendemain, nous reprenons notre route sur le Mékong où de nouveau
se profilent un fleuve serein, des montagnes bosselées et une
canopée toujours plus touffue et végétale. La pluie a décidé
d'être de la partie et commence à tomber en trombes d'eaux
violentes. Nous devenons trempés en moins de temps qu'il n'en faut
pour le dire. Les hommes de bord décident de descendre une bâche en plastique le long du bateau. Nous imaginons
nos problèmes aquatiques réglés lorsque le plafond du bateau
s'affaisse brutalement et commence à répandre, à la place où se
trouve Sabine, une véritable cascade qui forme une petite retenue
d'eau à l'emplacement de son siège. Nous finissons donc le trajet à
une dizaine de rangées d'écart, Aymeric ayant pour compagnon de
voyage une bassine d'eau qui se renverse chaque heure. La saison des
pluies commençante a eu raison de nous mais elle crée une
atmosphère troublante, genre Au cœur des ténèbres de Conrad.
Pakbeng, au lever du brouillard
Après
plus de huit heures de navigation, le bateau s'arrête dans un
endroit sans embarcadère, au milieu de nulle part. L'équipage nous
annonce fièrement que nous sommes arrivés. Oui, mais où ?
Nous sommes encore à cinq kilomètres de Luang Prabang. Soit disant,
le gouvernement a restreint l'accès à la ville pour cause de surfréquentation. Étrange. Nous
débarquons à l'ancienne, en enjambant plusieurs bateaux. Nous
comprenons alors. Des tuk-tuk nous attendent pour nous transporter,
au prix fort, au centre de la ville, sans que nous n'ayons aucune
alternative. Rageant que le voyage se termine de cette manière. Le
fond était superbe, la forme, elle beaucoup moins. On a eu
l'impression de se faire transporter comme du bétail … sans
jamais, ou presque, voir un seul laotien. La descente du Mekong n'a
malheureusement plus le goût de l'aventure !
Routine mékongaise
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire