dimanche 16 juin 2013

Le big loop, un circuit truffé d'obstacles

La grande virée

Un paradis perdu

Tel Adam et Ève privés de leur paradis terrestre, nous quittons à regret Sayaboury, à demi-conscients de l'interminable trajet qui nous attend. Nous enchaînons les bus, d'une traite, de Luang Prabang à Tha khaek, le centre du Laos. Sans une halte pour la magnifique Vang Vieng, le paradis du « tubing sous extasie», ni même une courte visite de Ventiane à la réputation moribonde. La seule image que nous conserverons de la capitale est sa traversée du Nord au Sud à quatre heures du matin à bord d'un tuk tuk collectif noyé sous une pluie diluvienne nourrie par un orage assourdissant. Ambiance passage du Styx sans la poésie de Cocteau !

On the road again !

Éreintés, nous parvenons enfin à la bien-nommée Tha Khaek -«point d'amarrage des hôtes»- trop heureux que nous sommes de pouvoir déposer l'encre pour la nuit. Deux jeunes avocats parisiens, Juliette et Vincent, nous racontent leur récit de la « GRANDE BOUCLE ». Ici, tout le monde ne parle que de « ça », un périple de cinq cent kilomètres à moto. Ils l'ont fait ! A nous de relever le défi !

Vue du ciel

Juchés à deux sur une petite moto coréenne de 110 m3, munis d'un dessin sommaire en guise de plan, placés sous l'égide d'un simili contrat de location sans assurance, nous partons, confiants et ambitieux, sur les sentiers de la liberté !

Chemin faisant au cœur des rizières

Que la route est belle, émaillée de rizières inondées et piquetée de pitons verdoyants !Nous roulons aveuglés par de blanches nuées de papillons parcourant des villages d'antan, terre d'élection d'une vie simple et paisible. 

 Une vie simple pour un bonheur simple

Telle la chèvre de M. Seguin, nous sommes déjà loin de notre enclos familier, tout entiers absorbés par les appels profonds de la forêt vierge peuplée d'innombrables arbres majestueux se hissant jusqu'au toit du ciel pour verdir leur feuillage des rayons du soleil.

Une lutte sans fin pour atteindre les cieux

Un barrage titanesque

Paysage d'apocalypse

Soudain, le paysage change d'allure. La nature jusqu'à présent luxuriante laisse place à un paysage désolé, ponctué de tristes étendues d'eau d'où sortent exsangue des armées de troncs d'arbres morts. Ce visage inquiétant est dû à l’inondation récente provoquée par le plus grand projet hydraulique d'Asie du Sud-est, répondant du doux nom « terminator-esque » de Nam Theun II.


 Barque esseulée

Ce barrage titanesque, d'un coût exorbitant d'1,4 milliard de dollars, est destiné principalement à approvisionner la Thaïlande alors qu'un tiers du territoire laotien n'a pas encore d'électricité. Derrière la maîtrise d'ouvrage exécutée avec rigueur et méthode, se trouve notre fleuron national, EDF, qui détient 40% des parts. Ouvrant les vannes d'un marché juteux, cette construction, à très haute valeur technologique, ne s'est pas réalisée sans un fort impact écologique : déplacement de population vers des villages entièrement reconstruits et exode de la faune sauvage, dont des éléphants qui, parait-il, se sont fait nageurs pour fuir l’inondation de leur refuge. 

 Déboisement à l’œuvre

Nous visitons le luxueux « Visitor center », sorte de mémorial qui lui est entièrement dédié. Seuls, dans ce grand bâtiment flambant neuf, nous bénéficions d'une visite exclusive accompagnée d'un excellent guide anglophone. Nous apprenons alors que le chantier fut périlleux, puisque des milliers de mines et de bombes ont été déterrées, éternel stigmate de la guerre du Vietnam. Durant neuf ans, les avions américains pilonnèrent sans relâche le territoire laotien, intimement lié au sort du Vietnam, par l'invisible piste Ho Chi Minh, en déversant plus de deux millions de bombes, laissant derrière eux une affreuse cicatrice béante.

 Les belles maquettes de nos ingénieurs français

Aymeric tentera tout de même le bain dans ce lac artificiel au décor d’apocalypse, apportant une image quelque peu iconoclaste dans ce paysage fantomatique. 

Alors, elle est bonne ?

La nuit tombée, nous déambulons dans le nouveau village propret. Les habitants s'amassent autour du seul camion faisant office de marché ambulant. 


 La camionnette super-marché

Des petits gamins nous lancent des « I love you », l'image est d’Épinal... jusqu'à ce qu'ils nous lancent des pierres. 

 Les sourires avant les pierres

Étrange accueil dans ce lieu d'outre-tombe !

 Quand le ciel enflamme l'horizon

Première crevaison

Au temps de Germinal

Après une nuit accueillis dans une auberge au patron francophone et chaleureux, nous repartons, plein d’allant, pour affronter la partie la plus difficile du périple. Une route caillouteuse nous attend, parsemée d'un tapis de traîtres pierres tranchantes. 


 Traversée du Mékong

Stoïque, Aymeric tient le cap vaillamment, affrontant les mares boueuses, les descentes abruptes et les creux inattendus. Après trois heures de piste cabossée, nous devinons au loin la route de bitume, douce comme un ruban de soie. Nous sommes quasiment au bout de nos peines, prêts à crier victoire, quand soudain, un bruit sec retentit, tel un coup de feu. 
 
Commerce lucratif de roues

Il nous faut plusieurs secondes avant de réaliser que la roue avant venait d'exploser littéralement ! La moto devient incontrôlable et nous échappe des mains. En face, un laotien, spectateur de la scène, s'arrête immédiatement pour nous prêter main forte. Il conduira notre véhicule défaillant à une roue valide jusqu'à un garage de fortune. La famille du garagiste nous accueille sous sa hutte, observant intriguée ces deux « farangs » encore un peu abasourdis par l'accident.
Station-service

Une nouvelle roue plus tard, nous repartons, prudents comme jamais. La route est malheureusement encore bien longue et notre vitesse de pointe bien ralentie. Au moins, Sabine a amplement le temps d'admirer le paysage et même, de compter les brins d'herbes qui bordent la route. Nous parvenons à la guesthouse la nuit tombée, ayant encore plus de la la moitié du chemin à accomplir.
Dépassement périlleux de vaches 

Jamais deux sans trois !

Nous repartons, le lendemain, avec le projet de nous rendre à la Konglor Cave, le clou de la visite, aménagée d'ailleurs par la Région Rhône Alpes, qui se résume à un lac limpide s'enfonçant sous sept kilomètres de souterrain ténébreux. C'était sans compter les problèmes mécaniques ! Des cliquetis nous alertent. Les rayons de la roue arrière sont tout bonnement en train de sauter les uns après les autres. Il nous est impossible de continuer ! Nouveau garagiste, nouvelle réparation...plutôt défaillante ! 
 
Et un garagiste de plus !
 
Quatre nouveaux rayons plus tard, nous repartons, méfiants, à un rythme affolant de 5 km/h, ne dépassant guère que quelques vaches à l'arrêt. Malgré cette vitesse, le véhicule reste instable. Étrange ! De nos yeux experts, nous auscultons l'engin avant de nous apercevoir que le pneu arrière est tranquillement en train de se dégonfler. Nouvelle crevaison, nouveau garagiste !

Notre ration quotidienne

Une nouvelle chambre à air plus tard, nous reprenons la route, les nerfs à vif et le moral en berne.  Après un rapide bouillon insipide avalé en compagnie d'une grand-mère hors d'âge, nous observons immobiles la pluie s’abattre sur notre fragile toit de chaume. Dès la première accalmie, nous enfourchons notre bolide pour avaler encore quelques maigres kilomètres avant la nuit. 
 
Une grand-mère hors d'âge en commensal

Mais, la troisième crevaison n'est pas loin... En plein virage, la nuit tombante, à mille lieux de toute habitation, la roue a bien choisi son moment pour nous abandonner. Oh rage, oh désespoir ! Sabine en profite, sans aucune âme qui vive à l'horizon, pour hurler sa haine féroce contre les garagistes de tous les pays. 

 Quand la pluie tombe, le désespoir gagne les esprits.

Les éclairs menaçant s'approchent dangereusement, mais, soudain, entre deux coups de tonnerre terrifiants, nous distinguons nettement le bruit d'un moteur. Une camionnette apparaît au détour du virage. Nous prenons aussitôt l'assaut du véhicule. Ni une ni deux, le chauffeur se retrouve avec deux passagers improvisés et une moto à bout de souffle en prime. Par bonheur, nous apprenons qu'il se rend à Tha Khaek. Nos yeux se font suppliants. Il accepte de nous emmener. Sauvés ! Nous serons partis à deux roues, pour en revenir à quatre, mais sains et saufs !
 On est bien mieux à quatre roues !

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