Portraits
éléphantesques
Émilie en plein barbotage avec les éléphants et leurs mahouts
Les
rencontres que nous avons faites à l'ECC méritent bien quelques
portraits. La dynamique Émilie, venue directement de la belle
province, nous a enchantés de son accent des bois, de son anglais
explosif et de sa passion pour l'éléphant. Comment a-t-elle réussi
à devenir responsable marketing d'une telle structure ? Très
simple. La vie à la ferme durant une dizaine d'années, une
connaissance parfaite de la condition animale, une formation
spécialisée dans les soins aux chevaux de course et surtout une
volonté de fer. Elle aurait pu continuer sa voie toute tracée, déjà
propriétaire de sa ferme. Mais non, il en a été tout autrement.
Depuis son Québec chéri, elle a repéré l'endroit puis décidé de
larguer les amarres et de tenter sa chance en tant que volontaire.
Elle est restée si longtemps que le responsable sur place n'a plus
osé la faire repartir ! On comprend quand même. Six semaines
dont la moitié seule dans la jungle à attendre les touristes. Elle
se lève avec les éléphants, se baigne avec eux, envoie des mails
depuis son bureau (une table en bois face au lac !) et fait la
tournée des structures touristiques au Laos pour dynamiser la
destination. On n'a déjà trouvé pire comme job ! Nostalgique,
elle garde toujours dans son meuble un peu de sirop d'érable et tous
les ingrédients nécessaires pour confectionner une bonne poutine
rustique en cas de mal aigu du pays. Un régal paraît-il. Elle s'est
aussi mise au laotien qu'elle pratique avec conviction. « Pour
rien au monde, je ne quitterais ce job ».
Tu m'étonnes !
Fenêtre ouverte sur les rêves
Yannick
est un parisien en voyage d'affaires. Ses affaires à lui, c'est la
photographie. Il mitraille de son objectif les palaces du monde
entier. Un hôtel cinq étoiles avait demandé ses services à Luang
Prabang. Il a filé pour quelques jours. Sa gentillesse est
communicative. Il nous délecte de ses anecdotes improbables
bondissant d'un palace au Qatar (jusqu'à 20.000 dollars la nuit) à
un ryad luxueux à Marrakech, en passant par un discret établissement
de luxe sur les bords du Lac de Genève. Aymeric lui demande qui peut
fréquenter de tels endroits où la semaine coûte le prix d'une
maison. Loin de céder à cet univers en trompe-l’œil, conscient
des réalités de la vie quotidienne, il avoue : « Les
clients ne donnent leur nom. Souvent chefs d’entreprise, certains
licencient en public pendant qu'ils ripaillent en privée. Ils
recherchent la discrétion. ». Hallucinant !
Les possédants possèdent. L'artiste commandité prend les photos.
Et le commun des mortels les regarde. L'argent mal gagné est
toujours mal dépensé ! Sa copine, journaliste parisienne, est
également au Laos, invitée par une compagnie aérienne, qui lui
offre la tournée des grands ducs en « échange » d'un
article bien senti sur la destination. On imagine que l'article va
être d'un grand sens critique. Difficile de conserver une presse
indépendante, en mal de financement, dans notre vieux pays !
Joëlle et Sabine promènent l'éléphant tout naturellement
Aussi
de la belle province, Joëlle est partie en voyage pour quelques
mois. Au crépuscule, elle nous raconte les mouvements étudiants au
Québec de ces dernières années. Elle a pu les observer de près.
La revendication principale était d'empêcher la hausse des frais
d'université. Noble combat. La mobilisation a été immense, la
répression policière terrible. L'usage d'armes non létales a
conduit à des abus et même à des atrocités. Certains de ses amis
sont devenus aveugles, tandis que d'autres défigurés ou encore
paralysés. La police se défend de toute volonté agressive et parle
de légitime défense. Elle ajoute que les violences policières se
sont accompagnées de mesures judiciaires d'exception. Plusieurs
milliers d'étudiants sont actuellement en attente de leur procès.
Certains n'ont plus le droit de se parler ou même de s'approcher.
Les policiers ont envahi les universités. Habillés en robocop, ils
sont en surveillance des les couloirs et sur le campus.
L'intimidation est totale pour empêcher de vastes mouvements
sociaux. Les dernières élections n'ont rien changé puisque le
nouveau pouvoir n'a concédé aucune loi d'amnistie. Joëlle a suivi
une formation de travailleur social à l’université de Montréal.
Nous échangeons avec elle sur sa conception du métier. Son approche
anglo-saxonne est stimulante. Les manifestations, qu'ils l'ont
profondément marquées, l'ont décidé à orienter ses études vers
l'accompagnement des mouvements sociaux, à l’œuvre pour
l'émergence des utopies de demain.
Visite de l'hôpital pour éléphant
Marie
a un contrat d'un an pour assurer des missions de vétérinaire
principale. Ultra passionnée, elle les assume avec une disponibilité
hors normes. Jeune diplômée, elle a eu quelques expériences dans
des cirques. Elle répond à touts les sollicitations en se déplaçant
dans le pays. Quand on l'a vue, elle revenait de quatre jours de
déplacements pour soigner un éléphant à plus de mille kilomètres
de là (trois jours de voyage!). Elle nous délecte de considérations
médicales et nous révèle certains secrets éléphantesques. Le
plus incroyable est la période annuelle de musth. Il s'agit d'une
violente poussée hormonale de l'éléphant mâle qui le rend
complètement incontrôlable. Ses tempes transpirent d'un liquide
gras, sa testostérone explose, son énergie ne se canalise plus. Il
devient alors particulièrement violent. Le mahout doit, par sa
connaissance de l'animal, anticiper cet état sinon il court de
grands dangers. Il doit attacher l'animal dans un endroit isolé. Le
musth ne correspond pas à la période de rut. C'est un temps autre,
unique à l'éléphant, que les scientifiques ne peuvent expliquer.
Marie nous éclairera sur l'intelligence incroyable (réussite au
test du miroir de Gallup), la fameuse mémoire et la perception de la
mort que développe de l'éléphant.
Dans
la peau d'un éléphant
Nos nouveaux compagnons
Progressivement,
nous nous sommes aussi transformés en pachyderme, calquant notre
rythme sur le leur.
Un drôle de sous-marin !
Nous aussi, nous avons eu droit à nos ballades
en forêt, nos bains journaliers et nos rations de nourriture
dithyrambiques. Une après-midi, nous nommes sortie en bateau au
milieu du lac. Apéro lacustre.
Baignade au milieu des montagnes. Soleil couchant à la lumière fauviste. Une autre fois, nous avons gambadé dans la forêt pour retrouver une empreinte perdue de Bouddha. Retour en bateau au milieu des flots.
Apéro sur lac
Baignade au milieu des montagnes. Soleil couchant à la lumière fauviste. Une autre fois, nous avons gambadé dans la forêt pour retrouver une empreinte perdue de Bouddha. Retour en bateau au milieu des flots.
En route pour la baignade
Les
activités proposées dans un cadre intimiste ont été d'une grande
qualité. Pour rien au monde, la structure ne vendrait son âme au
diable. Le gérant nous le rappelle sans cesse : « Nous
avons commencé en tant qu'ONG. Nous ne sommes pas une structure
comme les autres. Nous ne voulons pas devenir une machine à
cash avec un armée de touristes chaque jour. Nous ne sommes pas
le supermarché de l'éléphant. La poursuite du lien avec la
population locale est essentielle». Cela fait toujours plaisir
d'entendre cela. Tout développement se doit d'être durable!
Un acteur en devenir... ?
Un
reportage d'Envoyé spécial sur le Laos va être diffusé au mois de
juillet sur France 2. L'ECC devrait avoir droit à une présentation.
En revanche, nous avons une anecdote à ce sujet. A la fin du mois de
mai, nous avons été contactés par la journaliste chargée de
réaliser le reportage. Elle avait eu nos coordonnées par la
structure auprès de laquelle nous avions déjà réservée notre
séjour. Elle nous demandait si nous acceptions d'être suivis par
son équipe pendant notre passage. Après une profonde réflexion
(Aymeric craignait d'être chargé par un éléphant pendant que
Sabine anticipait une chute vertigineuse en direct), nous avions
envoyé un message confirmant notre accord. Rendez-vous était donc
pris. Une fois sur place, nous apprenons que l'équipe a déjà
tourné les images dont elle avait besoin. Pire, l'ECC n'ayant durant
cette période aucun participant, on nous révèle que la journaliste
a été obligée de réquisitionner au hasard deux touristes dans un
bar à Ventiane. Ces derniers ont bénéficié d'un séjour tout
frais payé pour jouer les figurants lors une fausse ballade sur
éléphants ! Drôle de journalistes qui transforment un
documentaire en fiction scénarisée avec casting. Nous ne passerons
donc pas à la télé cette fois-ci. Sabine, déçue, a du se
résoudre à laisser de côté ses habits fraîchement repassés (une
fois n'est pas coutume!) spécialement prévus pour l'occasion. C'est
la deuxième fois que nous ratons la caméra. La première avait été
le rendez-vous manqué du tournage Bollywood à Pondichéry (Inde).
Attendons la troisième !
Elephant for ever
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire