dimanche 16 juin 2013

La vie de Mahout III

Portraits éléphantesques

Émilie en plein barbotage avec les éléphants et leurs mahouts

Les rencontres que nous avons faites à l'ECC méritent bien quelques portraits. La dynamique Émilie, venue directement de la belle province, nous a enchantés de son accent des bois, de son anglais explosif et de sa passion pour l'éléphant. Comment a-t-elle réussi à devenir responsable marketing d'une telle structure ? Très simple. La vie à la ferme durant une dizaine d'années, une connaissance parfaite de la condition animale, une formation spécialisée dans les soins aux chevaux de course et surtout une volonté de fer. Elle aurait pu continuer sa voie toute tracée, déjà propriétaire de sa ferme. Mais non, il en a été tout autrement. Depuis son Québec chéri, elle a repéré l'endroit puis décidé de larguer les amarres et de tenter sa chance en tant que volontaire. Elle est restée si longtemps que le responsable sur place n'a plus osé la faire repartir ! On comprend quand même. Six semaines dont la moitié seule dans la jungle à attendre les touristes. Elle se lève avec les éléphants, se baigne avec eux, envoie des mails depuis son bureau (une table en bois face au lac !) et fait la tournée des structures touristiques au Laos pour dynamiser la destination. On n'a déjà trouvé pire comme job ! Nostalgique, elle garde toujours dans son meuble un peu de sirop d'érable et tous les ingrédients nécessaires pour confectionner une bonne poutine rustique en cas de mal aigu du pays. Un régal paraît-il. Elle s'est aussi mise au laotien qu'elle pratique avec conviction. « Pour rien au monde, je ne quitterais ce job ». Tu m'étonnes !

 Fenêtre ouverte sur les rêves

Yannick est un parisien en voyage d'affaires. Ses affaires à lui, c'est la photographie. Il mitraille de son objectif les palaces du monde entier. Un hôtel cinq étoiles avait demandé ses services à Luang Prabang. Il a filé pour quelques jours. Sa gentillesse est communicative. Il nous délecte de ses anecdotes improbables bondissant d'un palace au Qatar (jusqu'à 20.000 dollars la nuit) à un ryad luxueux à Marrakech, en passant par un discret établissement de luxe sur les bords du Lac de Genève. Aymeric lui demande qui peut fréquenter de tels endroits où la semaine coûte le prix d'une maison. Loin de céder à cet univers en trompe-l’œil, conscient des réalités de la vie quotidienne, il avoue : « Les clients ne donnent leur nom. Souvent chefs d’entreprise, certains licencient en public pendant qu'ils ripaillent en privée. Ils recherchent la discrétion. ». Hallucinant ! Les possédants possèdent. L'artiste commandité prend les photos. Et le commun des mortels les regarde. L'argent mal gagné est toujours mal dépensé ! Sa copine, journaliste parisienne, est également au Laos, invitée par une compagnie aérienne, qui lui offre la tournée des grands ducs en « échange » d'un article bien senti sur la destination. On imagine que l'article va être d'un grand sens critique. Difficile de conserver une presse indépendante, en mal de financement, dans notre vieux pays !

  Joëlle et Sabine promènent l'éléphant tout naturellement

Aussi de la belle province, Joëlle est partie en voyage pour quelques mois. Au crépuscule, elle nous raconte les mouvements étudiants au Québec de ces dernières années. Elle a pu les observer de près. La revendication principale était d'empêcher la hausse des frais d'université. Noble combat. La mobilisation a été immense, la répression policière terrible. L'usage d'armes non létales a conduit à des abus et même à des atrocités. Certains de ses amis sont devenus aveugles, tandis que d'autres défigurés ou encore paralysés. La police se défend de toute volonté agressive et parle de légitime défense. Elle ajoute que les violences policières se sont accompagnées de mesures judiciaires d'exception. Plusieurs milliers d'étudiants sont actuellement en attente de leur procès. Certains n'ont plus le droit de se parler ou même de s'approcher. Les policiers ont envahi les universités. Habillés en robocop, ils sont en surveillance des les couloirs et sur le campus. L'intimidation est totale pour empêcher de vastes mouvements sociaux. Les dernières élections n'ont rien changé puisque le nouveau pouvoir n'a concédé aucune loi d'amnistie. Joëlle a suivi une formation de travailleur social à l’université de Montréal. Nous échangeons avec elle sur sa conception du métier. Son approche anglo-saxonne est stimulante. Les manifestations, qu'ils l'ont profondément marquées, l'ont décidé à orienter ses études vers l'accompagnement des mouvements sociaux, à l’œuvre pour l'émergence des utopies de demain.

Visite de l'hôpital pour éléphant

Marie a un contrat d'un an pour assurer des missions de vétérinaire principale. Ultra passionnée, elle les assume avec une disponibilité hors normes. Jeune diplômée, elle a eu quelques expériences dans des cirques. Elle répond à touts les sollicitations en se déplaçant dans le pays. Quand on l'a vue, elle revenait de quatre jours de déplacements pour soigner un éléphant à plus de mille kilomètres de là (trois jours de voyage!). Elle nous délecte de considérations médicales et nous révèle certains secrets éléphantesques. Le plus incroyable est la période annuelle de musth. Il s'agit d'une violente poussée hormonale de l'éléphant mâle qui le rend complètement incontrôlable. Ses tempes transpirent d'un liquide gras, sa testostérone explose, son énergie ne se canalise plus. Il devient alors particulièrement violent. Le mahout doit, par sa connaissance de l'animal, anticiper cet état sinon il court de grands dangers. Il doit attacher l'animal dans un endroit isolé. Le musth ne correspond pas à la période de rut. C'est un temps autre, unique à l'éléphant, que les scientifiques ne peuvent expliquer. Marie nous éclairera sur l'intelligence incroyable (réussite au test du miroir de Gallup), la fameuse mémoire et la perception de la mort que développe de l'éléphant.

Dans la peau d'un éléphant

Nos nouveaux compagnons

Progressivement, nous nous sommes aussi transformés en pachyderme, calquant notre rythme sur le leur.


 Un drôle de sous-marin !

Nous aussi, nous avons eu droit à nos ballades en forêt, nos bains journaliers et nos rations de nourriture dithyrambiques. Une après-midi, nous nommes sortie en bateau au milieu du lac. Apéro lacustre. 


 Apéro sur lac

Baignade au milieu des montagnes. Soleil couchant à la lumière fauviste. Une autre fois, nous avons gambadé dans la forêt pour retrouver une empreinte perdue de Bouddha. Retour en bateau au milieu des flots. 

 En route pour la baignade

Les activités proposées dans un cadre intimiste ont été d'une grande qualité. Pour rien au monde, la structure ne vendrait son âme au diable. Le gérant nous le rappelle sans cesse : « Nous avons commencé en tant qu'ONG. Nous ne sommes pas une structure comme les autres. Nous ne voulons pas devenir une machine à cash avec un armée de touristes chaque jour. Nous ne sommes pas le supermarché de l'éléphant. La poursuite du lien avec la population locale est essentielle». Cela fait toujours plaisir d'entendre cela. Tout développement se doit d'être durable!

 Un acteur en devenir... ?

Un reportage d'Envoyé spécial sur le Laos va être diffusé au mois de juillet sur France 2. L'ECC devrait avoir droit à une présentation. En revanche, nous avons une anecdote à ce sujet. A la fin du mois de mai, nous avons été contactés par la journaliste chargée de réaliser le reportage. Elle avait eu nos coordonnées par la structure auprès de laquelle nous avions déjà réservée notre séjour. Elle nous demandait si nous acceptions d'être suivis par son équipe pendant notre passage. Après une profonde réflexion (Aymeric craignait d'être chargé par un éléphant pendant que Sabine anticipait une chute vertigineuse en direct), nous avions envoyé un message confirmant notre accord. Rendez-vous était donc pris. Une fois sur place, nous apprenons que l'équipe a déjà tourné les images dont elle avait besoin. Pire, l'ECC n'ayant durant cette période aucun participant, on nous révèle que la journaliste a été obligée de réquisitionner au hasard deux touristes dans un bar à Ventiane. Ces derniers ont bénéficié d'un séjour tout frais payé pour jouer les figurants lors une fausse ballade sur éléphants ! Drôle de journalistes qui transforment un documentaire en fiction scénarisée avec casting. Nous ne passerons donc pas à la télé cette fois-ci. Sabine, déçue, a du se résoudre à laisser de côté ses habits fraîchement repassés (une fois n'est pas coutume!) spécialement prévus pour l'occasion. C'est la deuxième fois que nous ratons la caméra. La première avait été le rendez-vous manqué du tournage Bollywood à Pondichéry (Inde). Attendons la troisième !

Elephant for ever


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