vendredi 14 juin 2013

La vie de Mahout II

Dans la peau d'un mahout

 Garage à éléphant à proximité

Dès notre arrivée, nus sommes parfaitement pris en main par l'équipe. Notre guide, Tak, nous conduit sans attendre sous un vaste bungalow pour notre premier apprentissage éléphantesque. Les intéressés arrivent accompagnés de leur mahout respectif. Leur corpulence est massive, leur calme impressionnant. D'un pas lourd mais assuré, ils se dirigent dans notre direction. Pendant que Sabine, zen, attend son premier contact, Aymeric a le palpitant que s'emballe et retient en cachette une volonté absolue de disparaître. 

 Nos voisins

Le centre compte quatre éléphants à demeure : trois femelles et un mâle. Un autre est en soins intensifs à la clinique pour récupérer d'un abcès mal placé. Il est soigné par une vétérinaire française accompagnée de son acolyte néo-zélandaise. De l'autre côté du parc, deux femelles pouponnent leurs jeunes éléphanteaux. Chaque éléphant « vaut » 25.000 dollars. Une sacrée somme, notamment au Laos, qui suscite un braconnage intensif. Le pays au million d'éléphants n'en compterait plus qu'un millier de sauvages, et autant de domestiqués. Vaste hécatombe !

 Petite confidence entre amis

Certains s'interrogent même sur sa survie à moyen terme dans son biotope originel. Si l'on ajoute le fait qu'un éléphant mange en moyenne 150 kilos de nourriture chaque jour et boit plus de 100 litres d'eau, autant vous dire que son entretien est cher et que sa productivité doit être forte pour que l'homme daigne s'occuper de lui. Cela explique en partie la perte d'attrait qu'il représente pour les populations locales, notamment dans son traditionnel rôle de « tracteur » de bois dans la forêt.

 Prêt au boulot 

Premiers pas

Unis pour la vie

Les mahouts commencent à nous expliquer le b.a.-ba de leur relation avec le noble animal. Les éléphants sont capables d'intégrer une cinquantaine de mots liés à un commandement particulier qu'ils apprennent, loin de leur mère, à partir de l'âge de trois ans. Ils semblent très disciplinés et réagissent aux ordres avec sérieux. Aymeric prend son courage à deux mains et s'engage vers la bête. Le mahout l'aide à s'installer à la base de la tête l'animal, ses jambes pendantes entre le corps et les oreilles. Le pachyderme se relève, Aymeric aussi, les mains collées sur sa tête velue et les cuisses, sans cesse, percutées par les oreilles. Elles lui servent de ventilateur intégré pour refroidir un corps au sang chaud et à la peau, malgré les apparences, plutôt fine. L'éléphant a toujours trop chaud et cherche, une grande partie de la journée, à se rafraîchir par tous les moyens. 
 

Amours aquatiques

Aymeric n'est pas encore Hannibal dans son franchissement des Alpes mais trouve sa monture plutôt confortable. Quelle sensation de se laisser porter à plus de trois mètres de haut par une masse de plusieurs tonnes. Le mahout maintient un œil bienveillant sur ce drôle de convoi. Son seul lien avec l'éléphant est constitué par un fil relié à l'oreille droite de l'animal et le son de sa voix, toujours directive. Bon an, mal an, l'éléphant effectue une promenade de santé et revient sous le bungalow. 



Non, l'appareil photo n'est pas une banane !

C'est au tour de Sabine. Déjà familiarisée grâce à un ancien séjour au Cambodge, Sabine conserve une appréhension tenace à l'égard de sa montée sur la croupe de la bête. Il faut dire que celle-ci n'attend pas. Une fois baissée, dès qu'elle sent que son cavalier est monté, elle se relève, brusquement, à son tour. Le problème est qu'elle n'a pas la politesse (?!) de s'assurer que le cavalier est monté correctement. Dans ce cas, des situations embarrassantes surviennent comme celle où le cavalier n'a pu hisser qu'une jambe, qu'une fesse ou pire qu'un bras ! Il faut alors qu'il se rétablisse à la force du corps, ou grâce à l'aide du mahout, sinon c'est la chute assurée. Plus de peur que mal, Sabine chevauche sa monture, la dénommée Mé Dok, d'un mouvement souple et volontaire. 

 Promenade solitaire

Hiératique, elle domine alors l'animal et le paysage, splendide, et s'en va se promener un bon quart d'heure. A son retour, nous offrons quelques bananes aux animaux. Ils jettent littéralement leurs trompes sur nos maigres réserves en engloutissant leurs dus avec une rapidité absolue. Nous devons les contenir pour qu'ils n'emportent pas notre appareil photo qu'ils avaient pris pour une gourmandise sucrée. Notre baptême éléphantesque est réussi ! Vivement la suite.

Dans la peau d'un éléphant

Tout l'intérêt de l'ECC est de permettre à ses convives, non seulement de crapahuter sur le dos du noble animal dans un cadre grandiose, mais surtout de vivre à son rythme en partageant les grands moments de sa vie quotidienne de l'aube au crépuscule. 

Fuite en avant

Chaque matin, le rituel consiste à aller chercher l'éléphant sur son lieu de sommeil au cœur de la jungle. Dès potron-minet, nous partons donc avec le mahout à sa recherche. Mal réveillés, nos pas ne sont pas toujours (r)assurés, d'autant que les serpents et autres insectes rôdent. Après un petit quart d'heure, nous voilà perdu dans la foret, tout petits à côté d'un éléphant qui a décidé de s'étirer de bon matin. Impressionnant ! L'éléphant change souvent de position pendant son sommeil, sinon il risquerait de voir écraser ses propres organes sous la lourdeur de son poids. S'en suit alors une cavalcade à travers les arbres où l'éléphant réussit à se faufiler sur des espaces accidentés avec plus de facilité que n'importe quel être humain. 

 Côte à côte

Définitivement, l'expression « comme un éléphant dans un magasin de porcelaines » n'a aucun sens réel puisque la bête se révèle très agile malgré sa lourdeur. Assister à un barrissement matinal à quelques mètres de l'animal est aussi un spectacle qui assure un réveil rapide et énergique ! Nous accompagnons l'éléphant jusqu'au centre. Quel plaisir de pouvoir observer ses mouvements, son œil vif qui semble si triste, sa démarche pataude et pourtant si précise, ses oreilles toujours en action. 

 Pied agile

L'éléphant d'Asie est plus petit que son cousin d'Afrique. Il a la réputation d'être plus docile à l'apprentissage. Ses oreilles sont également plus courtes. Seuls les mâles ont des défenses en ivoire fièrement portées. Une intelligence incroyable, à la fois du corps et de l'esprit, se dégage de l'éléphant. Il règne sur un royaume que lui-seul connaît. Ce n'est pas un hasard si pour les bouddhistes, la réincarnation en éléphant précède immédiatement celle en être humain dans le cycle des samsaras. Son karma est donc excellent !

 Oreilles comme ventilateur

Je mange donc je suis

La journée d'un éléphant est très majoritairement destinée à l'alimentation, plus de dix-huit heures par jour pour cet herbivore à la digestion défaillante. Sa bonhomie naturelle semble donner raison aux apôtres du végétarisme. Les longues plages de dégustation de végétaux sont entrecoupées de bains aquatiques dont ils se délectent avec la plus grande félicité. Toutes les trois ou quatre heures, nous assistons à ce bal pachydermique. Les éléphants traversent le centre, à quelques mètres des installations, pour se plonger de tout leur long dans le lac. Maternellement, les mahouts les brossent et les lavent avec générosité. Ils paressent tranquillement dans les flots pour imbiber leur peau d'un peu de fraîcheur. Dans une communication silencieuse, les mahouts jouent avec eux, comme des enfants heureux. Nous observons la chose d'un œil attendri.

 Osmose animale

Nous avons aussi droit à une longue promenade en forêt, aux abords du lac. Superbe ! Aymeric a quand même eu quelques sueurs froides puisque son éléphant de monture avait décidé de partir à l'assaut de chaque massif végétal, le terrain très escarpé obligeant alors l'animal à se baisser dangereusement au-dessus du vide, faisant plonger Aymeric, crispé à ses oreilles volantes, dans un risque de glissade non maîtrisable. Sabine, quant à elle, baguenaudait sur la bienveillante Mé Dok, femelle de soixante ans à la vie bien remplie.

 Facile !

Un moment d'émotion nous attendait dans un repli du lac. L'ECC est une structure qui met à disposition ses compétences médicales au service de la santé des éléphants. Chaque mahout peut ainsi apporter un animal pour qu'il se fasse soigner gratuitement. Il peut également s'assurer de la bonne santé d'un éléphanteau par un suivi adapté. Une sorte de PMI pour éléphant !

Un bébé sinon rien

 Bébé ne lâche jamais maman

A l'heure de notre séjour, deux éléphanteaux étaient nés au cours des mois précédents. En bateau, nous nous sommes rendus sur un ponton pour assister au bain de ces créatures. La gestation d'un éléphant est la plus longue du règne vivant, quasiment deux années pleines, suivie de trois consacrés à l'alimentation du petit. Ce temps long est un frein puissant à la reproduction de l'animal puisque les mahouts refusent d'assumer cette période sans travail et trop coûteuse. Il s'agit là d'un vrai défi à relever. Les éléphanteaux nous ont fait une impression de premiers jours du monde. Inaguérris, les gestes peu assurés, ils tentaient de reproduire les mouvements de leur mère dans une chorégraphie maladroite. Leur trompe, composée de milliers de muscles, est un outil qu'ils mettent plusieurs années à maîtriser. Nous assistons à toutes leurs tentatives pour en connaître les subtilités. L'apprentissage semble long !

 Premiers pas

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