Dans
la peau d'un mahout
Garage à éléphant à proximité
Dès
notre arrivée, nus sommes parfaitement pris en main par l'équipe.
Notre guide, Tak, nous conduit sans attendre sous un vaste bungalow
pour notre premier apprentissage éléphantesque. Les intéressés
arrivent accompagnés de leur mahout respectif. Leur corpulence est
massive, leur calme impressionnant. D'un pas lourd mais assuré, ils
se dirigent dans notre direction. Pendant que Sabine, zen, attend son
premier contact, Aymeric a le palpitant que s'emballe et retient en
cachette une volonté absolue de disparaître.
Nos voisins
Le
centre compte quatre éléphants à demeure : trois femelles et
un mâle. Un autre est en soins intensifs à la clinique pour
récupérer d'un abcès mal placé. Il est soigné par une
vétérinaire française accompagnée de son acolyte néo-zélandaise.
De l'autre côté du parc, deux femelles pouponnent leurs jeunes
éléphanteaux. Chaque éléphant « vaut » 25.000
dollars. Une sacrée somme, notamment au Laos, qui suscite un
braconnage intensif. Le pays au million d'éléphants n'en compterait
plus qu'un millier de sauvages, et autant de domestiqués. Vaste
hécatombe !
Petite confidence entre amis
Certains
s'interrogent même sur sa survie à moyen terme dans son biotope
originel. Si l'on ajoute le fait qu'un éléphant mange en moyenne
150 kilos de nourriture chaque jour et boit plus de 100 litres d'eau,
autant vous dire que son entretien est cher et que sa productivité
doit être forte pour que l'homme daigne s'occuper de lui. Cela
explique en partie la perte d'attrait qu'il représente pour les
populations locales, notamment dans son traditionnel rôle de
« tracteur » de bois dans la forêt.
Prêt au boulot
Premiers
pas
Unis pour la vie
Les
mahouts commencent à nous expliquer le b.a.-ba de leur relation avec
le noble animal. Les éléphants sont capables d'intégrer une
cinquantaine de mots liés à un commandement particulier qu'ils
apprennent, loin de leur mère, à partir de l'âge de trois ans. Ils
semblent très disciplinés et réagissent aux ordres avec sérieux.
Aymeric prend son courage à deux mains et s'engage vers la bête. Le
mahout l'aide à s'installer à la base de la tête l'animal, ses
jambes pendantes entre le corps et les oreilles. Le pachyderme se
relève, Aymeric aussi, les mains collées sur sa tête velue et les
cuisses, sans cesse, percutées par les oreilles. Elles lui servent
de ventilateur intégré pour refroidir un corps au sang chaud et à
la peau, malgré les apparences, plutôt fine. L'éléphant a
toujours trop chaud et cherche, une grande partie de la journée, à
se rafraîchir par tous les moyens.
Amours aquatiques
Aymeric
n'est pas encore Hannibal dans son franchissement des Alpes mais
trouve sa monture plutôt confortable. Quelle sensation de se laisser
porter à plus de trois mètres de haut par une masse de plusieurs
tonnes. Le mahout maintient un œil bienveillant sur ce drôle de
convoi. Son seul lien avec l'éléphant est constitué par un fil
relié à l'oreille droite de l'animal et le son de sa voix, toujours
directive. Bon an, mal an, l'éléphant effectue une promenade de
santé et revient sous le bungalow.
Non, l'appareil photo n'est pas une banane !
C'est
au tour de Sabine. Déjà familiarisée grâce à un ancien séjour
au Cambodge, Sabine conserve une appréhension tenace à l'égard de
sa montée sur la croupe de la bête. Il faut dire que celle-ci
n'attend pas. Une fois baissée, dès qu'elle sent que son cavalier
est monté, elle se relève, brusquement, à son tour. Le problème
est qu'elle n'a pas la politesse (?!) de s'assurer que le cavalier
est monté correctement. Dans ce cas, des situations embarrassantes
surviennent comme celle où le cavalier n'a pu hisser qu'une jambe,
qu'une fesse ou pire qu'un bras ! Il faut alors qu'il se
rétablisse à la force du corps, ou grâce à l'aide du mahout,
sinon c'est la chute assurée. Plus de peur que mal, Sabine chevauche
sa monture, la dénommée Mé Dok, d'un mouvement souple et
volontaire.
Promenade solitaire
Hiératique,
elle domine alors l'animal et le paysage, splendide, et s'en va se
promener un bon quart d'heure. A son retour, nous offrons quelques
bananes aux animaux. Ils jettent littéralement leurs trompes sur nos
maigres réserves en engloutissant leurs dus avec une rapidité
absolue. Nous devons les contenir pour qu'ils n'emportent pas notre
appareil photo qu'ils avaient pris pour une gourmandise sucrée.
Notre baptême éléphantesque est réussi ! Vivement la suite.
Dans
la peau d'un éléphant
Tout
l'intérêt de l'ECC est de permettre à ses convives, non seulement
de crapahuter sur le dos du noble animal dans un cadre grandiose,
mais surtout de vivre à son rythme en partageant les grands moments
de sa vie quotidienne de l'aube au crépuscule.
Fuite en avant
Chaque
matin, le rituel consiste à aller chercher l'éléphant sur son lieu
de sommeil au cœur de la jungle. Dès potron-minet, nous partons
donc avec le mahout à sa recherche. Mal réveillés, nos pas ne sont
pas toujours (r)assurés, d'autant que les serpents et autres
insectes rôdent. Après un petit quart d'heure, nous voilà perdu
dans la foret, tout petits à côté d'un éléphant qui a décidé
de s'étirer de bon matin. Impressionnant ! L'éléphant change
souvent de position pendant son sommeil, sinon il risquerait de voir
écraser ses propres organes sous la lourdeur de son poids. S'en suit
alors une cavalcade à travers les arbres où l'éléphant réussit à
se faufiler sur des espaces accidentés avec plus de facilité que
n'importe quel être humain.
Côte à côte
Définitivement,
l'expression « comme un éléphant dans un magasin de
porcelaines » n'a aucun sens réel puisque la bête se révèle
très agile malgré sa lourdeur. Assister à un barrissement matinal
à quelques mètres de l'animal est aussi un spectacle qui assure un
réveil rapide et énergique ! Nous accompagnons l'éléphant
jusqu'au centre. Quel plaisir de pouvoir observer ses mouvements, son
œil vif qui semble si triste, sa démarche pataude et pourtant si
précise, ses oreilles toujours en action.
Pied agile
L'éléphant
d'Asie est plus petit que son cousin d'Afrique. Il a la réputation
d'être plus docile à l'apprentissage. Ses oreilles sont également
plus courtes. Seuls les mâles ont des défenses en ivoire fièrement
portées. Une intelligence incroyable, à la fois du corps et de
l'esprit, se dégage de l'éléphant. Il règne sur un royaume que
lui-seul connaît. Ce n'est pas un hasard si pour les bouddhistes, la
réincarnation en éléphant précède immédiatement celle en être
humain dans le cycle des samsaras. Son karma est donc excellent !
Oreilles comme ventilateur
Je
mange donc je suis
La
journée d'un éléphant est très majoritairement destinée à
l'alimentation, plus de dix-huit heures par jour pour cet herbivore à
la digestion défaillante. Sa bonhomie naturelle semble donner raison
aux apôtres du végétarisme. Les longues plages de dégustation de
végétaux sont entrecoupées de bains aquatiques dont ils se
délectent avec la plus grande félicité. Toutes les trois ou quatre
heures, nous assistons à ce bal pachydermique. Les éléphants
traversent le centre, à quelques mètres des installations, pour se
plonger de tout leur long dans le lac. Maternellement, les mahouts
les brossent et les lavent avec générosité. Ils paressent
tranquillement dans les flots pour imbiber leur peau d'un peu de
fraîcheur. Dans une communication silencieuse, les mahouts jouent
avec eux, comme des enfants heureux. Nous observons la chose d'un œil
attendri.
Osmose animale
Nous
avons aussi droit à une longue promenade en forêt, aux abords du
lac. Superbe ! Aymeric a quand même eu quelques sueurs froides
puisque son éléphant de monture avait décidé de partir à
l'assaut de chaque massif végétal, le terrain très escarpé
obligeant alors l'animal à se baisser dangereusement au-dessus du
vide, faisant plonger Aymeric, crispé à ses oreilles volantes, dans
un risque de glissade non maîtrisable. Sabine, quant à elle,
baguenaudait sur la bienveillante Mé Dok, femelle de soixante ans à
la vie bien remplie.
Facile !
Un
moment d'émotion nous attendait dans un repli du lac. L'ECC est une
structure qui met à disposition ses compétences médicales au
service de la santé des éléphants. Chaque mahout peut ainsi
apporter un animal pour qu'il se fasse soigner gratuitement. Il peut
également s'assurer de la bonne santé d'un éléphanteau par un
suivi adapté. Une sorte de PMI pour éléphant !
Un
bébé sinon rien
Bébé ne lâche jamais maman
A
l'heure de notre séjour, deux éléphanteaux étaient nés au cours
des mois précédents. En bateau, nous nous sommes rendus sur un
ponton pour assister au bain de ces créatures. La gestation d'un
éléphant est la plus longue du règne vivant, quasiment deux années
pleines, suivie de trois consacrés à l'alimentation du petit. Ce
temps long est un frein puissant à la reproduction de l'animal
puisque les mahouts refusent d'assumer cette période sans travail et
trop coûteuse. Il s'agit là d'un vrai défi à relever. Les
éléphanteaux nous ont fait une impression de premiers jours du
monde. Inaguérris, les gestes peu assurés, ils tentaient de
reproduire les mouvements de leur mère dans une chorégraphie
maladroite. Leur trompe, composée de milliers de muscles, est un
outil qu'ils mettent plusieurs années à maîtriser. Nous assistons
à toutes leurs tentatives pour en connaître les subtilités.
L'apprentissage semble long !
Premiers pas
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