Qu'il
fut difficile de quitter notre cocon douillet de Phnom Penh !
Les habitudes se prennent vite. Nous nous sentions de retour à la maison
grâce à l'hospitalité himalayesque de Samol. Mais il a fallu
reprendre notre chemin vers un endroit parmi les plus fascinants de
notre planète, l’envoûtant Angkor, chef d’œuvre de la
civilisation khmère, à la fois d'inspiration hindouiste et
bouddhique.
Le magistral Angkor Wat, symbole du pays
Samol
nous offre un dernier petit déjeuner matinal : riz blanc et
cuisse de poulet pour tout le monde. Rien de tel pour faire le plein
d'énergie de bon matin ! La séparation fut émouvante. Nous
lui donnons rendez-vous en France pour l'année prochaine. Nous la
remercions mille fois pour ses attentions et les bonheurs qu'elle
nous a offerts. Nous montons dans le bus. Les rues de Phnom Penh
défilent. Nous sommes de nouveau confrontés à nous même en route
vers l'inconnu.
Les fabuleux mystères des divinités brahmaniques
Happy
time
Nous
savions d'avance que la bien nommée Happy guesthouse était une
halte appréciable à Siem Reap. Nous posons donc notre paquetage et
courons assister au coucher du soleil à Angkor Wat. Nous trouvons un
chauffeur de moto-dop cordial qui nous dépose devant l'entrée.
Premier émerveillement en vue.
Des bataillons de touristes chinois à l'entrée...
La
chaleur, moite, s'élève à plus de 35°C. Des bataillons de chinois
réalisent la photo de leur vie sur le pont qui traverse les douves
et qui permet d'accéder au site. La lumière d'un ciel chargé des
lourds nuages de la saison des pluies est fuyante et rougeoyante.
Elle enlace le site d'une aura mystique. Presque seuls, nous nous
perdons dans les dédales du temple.
... et seulement 2 français à l'intérieur
Ses dimensions sont immenses. Un
policier essaye de nous extorquer de l'argent pour monter un escalier
abrupte, d'ordinaire fermé, pour accéder à une vue panoramique. La
corruption se retrouve décidément à chacune des marches de
l'administration !
On gravit les marches comme on peut !
Angkor,
la belle
Des sommets sacrées peuplent la pénombre
Symbole
du Cambodge, Angkor Wat ne peut laisser indifférent par la
magnificence de ses courbes. L’Histoire est ici omniprésente.
Elle témoigne d'une richesse exceptionnelle et d'un raffinement
délicat. Dans sa quête identitaire meurtrie par la puissance
coloniale, Jacques Vergès, à moitié khmer par sa mère, se
souvenait ironiquement que « pendant que -leurs- ancêtres
bouffaient des glands dans la forêt, les miens construisaient des
palais ». Et quels palais ! Nous ne sommes qu'au
commencement de nos surprises. Depuis le XIXème siècle, Angkor a
toujours bénéficié d'un fort investissement de l'archéologie
française qui a entrepris des travaux de grandes ampleurs, aidée en
cela par une multitude de pays sous l'égide de l'Unesco. Angkor est
un site qui a réussi à survivre à travers les âges et tous les
assauts, y compris la bien sanguinaire période khmers rouges. Une
vraie grâce dans un monde de brutes.
Si seulement ces visages de pierre pouvaient parler
Pour
deux jours, nous louons des vélos de fortune et pédalons des heures
durant pour arpenter les différents temples : le Bayon et ses
mille visages troublants scrutateurs de l'âme, la montagne d'or du
Baphuon restauré pendant des décennies par les archéologues
dévoués de l’École française d’extrême orient, le palais
royal et ses terrasses majestueuses, le végétalisé Ta Prohm et ses
fromagers envahissants, le délicat Preah Khan, les bassins rituels
du Neak Pean et beaucoup d'autres encore.
L’irrésistible poésie d'un mariage de pierres et de lianes
A chaque fois, les sites,
relativement déserts, nous émerveillent d'une émotion singulière.
Nous dégustons chaque minute, plongés entre vieilles pierres polies
par la mousse végétale, arches tombantes et murs soutenus par des
lianes venues de nulle part.
Les temples mènent un combat féroce face aux racines voraces
Tuk-tuk
à tous les étages
Un ballon a pris la place du soleil à l'horizon
Le
troisième jour, nous faisons appel à un chauffeur de tuk-tuk que
nous partageons avec un couple suisso-belge, Raymond et Sarah, déjà
croisé à Bangkok. Nous partons donc à 4h30 pour assister au lever
du soleil depuis la colline du Bakheng. Malgré les attentes de
Sabine, nous n'avons pas réussi à distinguer les rayons de l'astre
solaire à travers les nuages. Pour reprendre des forces, nous
prenons un petit déjeuner dans une gargote accueillante accoudée au
comptoir où des cambodgiens fraîchement réveillés engouffrent
leurs soupes matinales. Bon appétit !
C'est l'heure du p'tit déj pour la soupe matinale
Après une épopée à
travers les rizières, apparaît le temple de Banteay Srei que le
jeune Malraux a allègrement dépouillé de ses bas-reliefs avant de
se faire arrêter piteusement. Ce temple est un trésor d’esthétisme
harmonieux. Les sculptures sont particulièrement ouvragées. Les
Apsara, ces nymphes hindous de l'au-delà, dansent frénétiquement
pendant que les hanouman à la tête de singe les protègent de leur
force surhumaine.
Les hanouman belliqueux
Nous
embrayons sur un trek rapide pour accéder à des cascades perdues
dans une végétation irriguée par la rivière de Kbal Spean. Des
pétroglyphes prennent place sur les rochers. Un lingam émerge des
flots. Nous goûtons au joie d'une baignade à même la cascade.
Régénérant !
Nous passons la descente à parler de voyages et
de la Suisse, de ses plus belles régions à de son mode de vie.
Raymond et Sarah se sont rencontrés au Chili, lui après onze mois
en bateau le long de la côte pacifique, elle retrouvant ses parents
installés là-bas pour leur retraite. Ils sont en voyage pour un an
et demi, entre l'Asie et l'Amérique du sud. Raymond nous raconte
aussi son service militaire dans l'armée suisse à assurer la
sécurité des ambassades. Sa difficile expérience fut relativement
onéreuse puisque chaque punition, distribuée souvent injustement,
se paye par le biais d'amendes coûteuse. A chacun sa méthode pour
renflouer les caisses de l’État ! Après un dernier temple visité,
nous prenons le temps, les pieds dans l'eau, de planter du riz, sous
les conseils avisés des agriculteurs locaux.
Good
bye Asia
Notre
séjour au Cambodge se termine, avec des regrets de le quitter déjà.
Le passage de frontière vers la Thaïlande est, une fois de plus,
épique entre prise d'empreintes digitales, no man's land hystérique
et vendeurs en tout genre. Nous retrouvons la touffeur de Bangkok
avant de s'envoler pour Bali. Nouveaux horizons en perspective. Nous
disons au revoir à cette chère Asie qui nous a offert ses charmes
pendant près de trois mois.
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