lundi 13 mai 2013

Trois jours de rando et une résurrection

Quand King Kong bat la mesure

Rien de mieux, pour découvrir une région, que de la parcourir à pieds. Le trek est un formidable moyen pour aller à la rencontre des habitants et pour mieux connaître leur cadre de vie. Le fameux slow travel ! 
 
Au rythme de la piste sablonneuse

Nous quittons Kalaw de bon matin pour notre premier jour de marche. Nous traversons la ville et faisons la connaissance de nos guides, les bien nommés Momo et King Kong, deux jeunes des alentours à qui Uncle Sam a appris à parler anglais. L'un d'eux a été moine pendant de longues années. Ils terminent leurs études d'agriculture. Pour le moment, c'est pour eux le temps des grandes vacances. Ils sont bienveillants à notre égard, curieux à leur manière et se révéleront plutôt bons cuisiniers. 

Le toujours alerte Ji

Un chinois, installé depuis de longues années en Angleterre, un dénommé Ji, s'est également joint à notre circus. Il sera un go-between très dynamique, constamment de bonne humeur et jamais silencieux. Il effectue un voyage en Asie du sud-est. Il n'a pas en tête sa date de retour. Il est là pour profiter au moins un an. Carpe diem ! 

 Premières cultures en terrasse

Nous laissons la route goudronnée et commençons à évoluer sur des chemins à la terre ocrée. Ils seront notre fil conducteur durant tout le trajet. Ils tranchent avec une végétation où domine le vert. Le contraste, notamment au coucher du soleil, est splendide. Nous pénétrons dans une forêt dense. Le bruit de fond est assourdissant. Il est le fait d'insectes et d'animaux inconnus. Première angoisse ! Un serpent trône au milieu du chemin. Les guides n'ont pas l'air d'être très à l'aise. Ils contournent la difficulté sans oser l'attaquer frontalement. Florence nous rappelle que la Birmanie est le pays du monde qui compte le plus de serpents venimeux mortels (oups !), et se lance dans une leçon de psychologie … du serpent ! Nous sommes prévenus. 

 Florence serpente autour du reptile

La première halte a lieu au bord d'un lac qui, avec ses contours bétonnés, semble bien loin de la contrée merveilleuse décrite par Uncle Sam. Les barres vitaminées apportées par Aurélie nous sont d'un grand réconfort. Nous poursuivons à travers des plantations de thé qui envahissent un paysage de collines. Il s'agit de culture de substitution au pavot encouragée par le gouvernement. 


Linge séchant sous un soleil de plomb

Nous nous posons dans un petit village, accueilli par un couple d'anciens. La communication est difficile mais empreinte d'immenses sourires et d'une gentillesse débordante. Les filles vont à la rencontre des habitants du village, prennent quelques photos et les montrent aux enfants qui essayent alors de l’agrandir en touchant l'écran comme s'il s'agissait d'un i-phone ! Oh, Modernité, quand tu nous guette ! Pendant ce temps, Aymeric et Gi s'abandonnent, en accord avec les habitudes locales, à une sieste courte mais infiniment reposante. 


Buffle stop

L'après-midi nous conduira à travers la campagne birmane jusqu'à une gare perdue à l'agitation somnolente. Avec courage, Alcyone s'essaye aux spécialités locales, qu'elle finira par regretter quelques jours plus tard. Nous suivons la ligne de chemin de fer jusqu'à retrouver des champs à perte de vue. Les cultures structurent le paysage. Les moyens utilisés sont antédiluviens. On a l'impression de faire un voyage dans le temps. Les bœufs tirent les charrettes. L'eau est transportée à dos d'hommes. Les tenues, aussi bien des hommes que de femmes, sont traditionnelles, c'est-à-dire colorés et harmonieuses. Chaque personne croisée nous gratifie de son sourire et d'une salutation. Rien ne semble troubler cette quiétude millénaire. 

Notez le couvre-chef et le sourire

Les cultures en terrasse sont très bien entretenues et font de chaque paysage une estampe de l’ancien temps. Les guides nous accompagnent dans ce lacis de canaux d'irrigation et de champs de riz. Après avoir salué quelques buffles, nous traversons un dernier pont en teck pour arriver dans notre refuge pour la nuit. Le confort est rudimentaire, mais la nourriture agréable. Nous commençons une séance d’étirement salutaire où chacun apporte ses connaissances en la matière. Alcyone (plutôt yoggique), puis Aurélie (plutôt zumba), et enfin, Florence (plutôt streching) nous imposent leurs mouvements de souplesse. La nuit nous rappelle qu'en altitude, la fraîcheur est toujours présente.

Sous le soleil

Au lever du soleil, nous reprenons nos habitudes de randonneurs, les muscles froids mais l'esprit avide des découvertes de la journée à venir. Après avoir escaladé une crête surplombant la vallée, nous contemplons les vastes étendues d'une campagne birmane idéale. Nous tirons jusqu'à un village minuscule où nous échangeons, dans le silence, avec un groupe affairé à préparer des montagnes d'ail. Quelle curieuse manière de porter le turban, d'une couleur presque fluorescente, noué sur le haut du crâne ! Nous nous reposons ensuite sous un vaste bagnan où nos guides nous offrent une sucrerie birmane préparée par une vielle dame. Gelée incolore, son goût nous laisse circonspect. Nous traversons un vaste plateau aride où un train tortille entre les parcelles. Les arbres son bien rares pour se protéger du soleil. 

 Où sont les arbres ?

La fin de journée est d'une douceur infinie. Nous promenons une douche méritée dans un cours d'eau longeant les champs, filles et garçons séparés. Les homes bénéficient d'un bassin alimenté par une fine cascade limpide tandis que les femmes se contentent du lit de la rivière où l'eau n'arrive à peine à hauteur des chevilles. Les buffles à côté de nous se prélassent dans l'eau fraîche, entourés des bonnes attentions de leurs maîtres. 


 Campagne sans âge

Nous engageons une rude montée jusqu'au village à travers une ouverture dans la chaîne de montagnes. Il est composé de nombreuses maisons qui rayonnent autour d'un monastère central. Les habitants sont d'une gentillesse sans mesure, nous couvrant de leurs sourires éternels. Nous croisons des paysans, aux visages tannés couleur de tabac brun, attelés sur des buffles. Nous rêvons de rester à jamais dans cet endroit où la tristesse ne semble pas avoir trouvé sa place.
 

No comment

Avec notre traversée de l'État Shan, de village en village, nous découvrons à quel point le Myanmar forme une mosaïque de peuples et de cultures au carrefour de l'Inde, de la Chine, du Bangladesh, du Laos et de la Thaïlande : les Shan, les Môn, les Karen, les Kayah, les Chin, les Kachin et les Rakhaing ne forment qu'une partie des 135 ethnies recensées. La grande plaine centrale, fertile et accessible, a toujours été occupée par le groupe le plus puissant, les autres étant relégués aux frontières montagnardes et isolées du pays.

 Alcyone sympathise avec l’autochtone

Lors de la colonisation, les britanniques, divisant pour mieux régner, favorisèrent certaines minorités. En quête d'autonomie, voire d'indépendance, certaines ethnies sont toujours en lutte ouverte contre le gouvernement et demandent un nouvel « accord de Paglong » qui leur permettraient de choisir leur destin politique. Le trafic d'opium et la contrebande nourrissent des armées de libération. Nombreuses zones restent ainsi inaccessibles aux voyageurs, cantonnés à la découverte du pays par son milieu. 

 King Kong se repose

Nous passons la nuit dans une magnifique maison, tout de bois vêtue. Le propriétaire des lieux nous offre ses talents d'accordéoniste à l'apéro. Les cuisiniers se sont surpassés pour nous préparer un dernier dîner aux saveurs explosives. Les séances d'étirement reprennent à la lueur de la bougie devant nos guides hilares. Nous retrouvons nos nattes peu moelleuses pour une nuit de repos mérité.

Le bleu du lac se découvre

La dernière journée nous mène jusqu'au lac Inle à travers un paysage qui évolue encore, toujours plus touffu et plus montagneux. Nos corps ont pris le rythme de la marche. C'est comme si nous devions lui offrir sa dose journalière d'effort. Le soleil reste très puissant, en particulier en fin de matinée avec ses 35°C à l'ombre. Nous avançons au rythme de nos conversations qui s'étirent à la longueur de nos pas. Nous entrapercevons le Lac Inle dans le lointain. Il annonce notre retour à la civilisation et la fin de nos marches vagabondes. Nous sommes presque tristes de quitter ce paradis perdu. Quelle merveilleuse entrée en matière que ce trek pour plonger dans l'intimité birmane. L'ensemble du groupe a su cadencer son effort pour faire de cette sortie nature un grand souvenir. Le lac Inle est un dédale interminable de terres et d'eau. Nous longeons un long canal pour arriver jusqu'à notre embarcation effilée. Nous remercions King Kong et Momo de nous avoir supportés pendant ces trois jours et nous sautons sur nos fauteuils installés avec soin en file indienne sur notre bateau à moteur. 

 En plein soleil

Le pilote trouve son chemin entre les jardins flottants, les maisons sur pilotis et les canaux artificiels. C'est un mélange d'Amsterdam et de campagne normande. Les paysans s'affairent sur leur bateau pour planter des tomates au milieu de terrains inaccessibles par voie terrestre. D'autres se languissent entre deux vols d'oiseaux. Certains s'assurent d'une sieste méritée sur un ponton qui ne mène nulle part. Après avoir visité le monastère dit des chats volants (sans voir quasiment aucun chat d'ailleurs), nous croisons des pêcheurs au style unique au milieu du lac. Debout, dominant la vase, il rame avec un seule jambe et plante leurs pièges au milieu des flots. Ambiance ! La fraîcheur apportée par la vitesse du bateau nous enveloppe d'une protection bienvenue. Nous arrivons à bon port, de l'autre côté du lac, après plus de soixante kilomètres et trois heures de pirogue. Heureux !

Pécheur Intha en action

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire