lundi 13 mai 2013

Pyin Oo Lwin, le mirage d'un pays merveilleux

Une arrivée de bon matin
Après la nuit agitée passée dans le bus, nous parvenons à la gare routière de Mandalay, en pleine nuit, à quatre heures du matin, où, déjà, nous attend, fiévreuse, une horde de rabatteurs sur le pied de guerre. Aymeric, habitué par des mois d'Inde, repousse avec fermeté les offres de taxi au prix exorbitant, laissant sans voix un jeune birman, qui finira tout de même par oser s’asseoir à nos côtés dans un café glauque à la lumière blafarde. Nous ne comptons plus le nombre de gares mornes et sans âme que nous aurons traversées au cours de ce voyage !

 Bienvenue au pays du bonheur !

Dès les premiers rayons, nous embarquons rapidement dans le pick-up à destination de Pyin Oo Lwin, mais nous attendrons plus d'une heure avant qu'il ne parte, plein à craquer de passagers. Les femmes aux côtés d'Aurélie lui tripotent les bras, ravies de toucher une peau blanche, qui est considérée comme le Graal de la beauté. Nombreuses se protègent d'ailleurs la peau d'ombrelles pour ne pas ternir leur teint.

De la capitale d'été coloniale à la ville de garnison
Pyin Oo Lwin fut l'ancienne capitale d'été de l'administration coloniale qui permettait aux britanniques de fuir la chaleur étouffante de Mandalay. On imagine aisément les représentants de l'empire britannique essayer de tromper leur ennui en se rendant « au club » sélect et fermé, univers que décrit sans complaisance George Orwell dans « Une histoire birmane ». Aujourd'hui, peu de bâtiments de l'époque coloniale subsistent si ce n'est les calèches qui font office de taxi.

 Une calèche bien remplie

Ce sera d'ailleurs notre mode de transport privilégié, particulièrement assorti à la robe à fleur et au chapeau de paille que porte Alcyone avec élégance en toutes circonstances. Nous apercevons, pour la première fois, des militaires aux costumes vert sombre traversant les rues. La ville est devenue le siège d'immenses écoles militaires où sont formés les soldats de l'armée birmane. Le visage du régime se dessine ainsi sous nos yeux, dans un pays, où depuis 1988, l'armée tient, à bride raccourcie, les rênes du pouvoir. Tout est minutieusement contrôlé, jusqu'au trajet des voyageurs indépendants. Les birmans n'ont d'ailleurs pas le droit de recevoir librement un étranger chez eux. Les affiches, nombreuses, rappellent avec insistance de « warmly welcome et take care of tourists ». Il est fort difficile de sortir des sentiers battus en Birmanie, à tel point, que nous nous demandons parfois si notre voyage n'est pas qu'un simple mirage.

Alice aux pays des birmans

A ce titre, le jardin botanique, héritage colonial, est un modèle du genre. Entouré de barbelés, il renferme un écrin de verdure si bien entretenu que la couleur de l'herbe semble se parer de lueurs fluorescentes. Les lettres de la ville, recouvertes de fleurs, trônent au centre du lac et l'on s'attend à voir débarquer cendrillon en tenue de bal.

 Pause obligée avec les birmans

Les jeunes filles, que l'on devine appartenir aux familles les plus aisées, sont sur leur trente et un. L'une d'entre elles pose face au photographe, cheveux teints en blond, lunette de soleil et robe noire du dernier chic. Les moines, eux-même, ne résisteront pas à poser devant un tel arrière plan !

Une birmane ... au naturel

La musique live abreuve nos oreilles du son des slows les plus lancinants. Tous les clips de Birmanie sont tournés ici si bien que les paysages nous paraissent curieusement familiers après tant d'heures passées dans les bus.

Les deux gigantesque routes menant à Pyin Oo Lwin, l'une pour la montée, l'autre pour la descente, nous paraissent disproportionnées par rapport à la faible circulation présente, si ce n'est pour laisser passer des convois militaires. Le caractère ubuesque du régime s'illustre également dans la décision du chef du gouvernement, en 1974, sur conseil de son astrologue, de changer le sens de la circulation : on y roule à droite alors que le volant des véhicule, ex-colonie britannique oblige, est situé à droite. 

Dernière aberration et pas des moindre : une nouvelle capitale, Naypyidaw, vient de sortir de le jungle sur ordre de la junte. S'étalant sur 7000 km2, désespérément vide, elle a été conçue pour éviter tout rassemblement de la population. Nous repartons avec l'idée que la Myanmar prend parfois des airs de Corée du Nord.

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