Une arrivée de bon matin
Après
la nuit agitée passée dans le bus, nous parvenons à la gare
routière de Mandalay, en pleine nuit, à quatre heures du matin, où,
déjà, nous attend, fiévreuse, une horde de rabatteurs sur le pied
de guerre. Aymeric, habitué par des mois d'Inde, repousse avec
fermeté les offres de taxi au prix exorbitant, laissant sans voix un
jeune birman, qui finira tout de même par oser s’asseoir à nos
côtés dans un café glauque à la lumière blafarde. Nous ne comptons plus le nombre de gares mornes et sans âme que nous aurons
traversées au cours de ce voyage !
Bienvenue au pays du bonheur !
Dès
les premiers rayons, nous embarquons rapidement dans le pick-up à
destination de Pyin Oo Lwin, mais nous attendrons plus d'une
heure avant qu'il ne parte, plein à craquer de passagers. Les femmes aux côtés
d'Aurélie lui tripotent les bras, ravies de toucher une peau
blanche, qui est considérée comme le Graal de la beauté.
Nombreuses se protègent d'ailleurs la peau d'ombrelles pour ne pas ternir leur
teint.
De
la capitale d'été coloniale à la ville de garnison
Pyin
Oo Lwin fut l'ancienne capitale d'été de l'administration coloniale
qui permettait aux britanniques de fuir la chaleur étouffante de
Mandalay. On imagine aisément les représentants de l'empire
britannique essayer de tromper leur
ennui en se rendant « au club » sélect et fermé,
univers que décrit sans complaisance George Orwell dans « Une
histoire birmane ». Aujourd'hui, peu de bâtiments de l'époque
coloniale subsistent si ce n'est les calèches qui font office de
taxi.
Une calèche bien remplie
Ce
sera d'ailleurs notre mode de transport privilégié,
particulièrement assorti à la robe à fleur et au chapeau de paille
que porte Alcyone avec élégance en toutes circonstances. Nous
apercevons, pour la première fois, des militaires aux costumes vert
sombre traversant les rues. La ville est devenue le siège d'immenses
écoles militaires où sont formés les soldats de l'armée birmane.
Le visage du régime se dessine ainsi sous nos yeux, dans un pays, où
depuis 1988, l'armée tient, à bride raccourcie, les rênes du
pouvoir. Tout est minutieusement contrôlé, jusqu'au trajet des
voyageurs indépendants. Les birmans n'ont d'ailleurs pas le droit de
recevoir librement un étranger chez eux. Les
affiches, nombreuses, rappellent avec insistance de « warmly
welcome et take care of tourists ». Il est fort difficile
de sortir des sentiers battus en Birmanie, à tel point, que nous
nous demandons parfois si notre voyage n'est pas qu'un simple mirage.
Alice
aux pays des birmans
A ce titre, le
jardin botanique, héritage colonial, est un modèle du genre.
Entouré de barbelés, il renferme un écrin de verdure si bien
entretenu que la couleur de l'herbe semble se parer de lueurs
fluorescentes. Les lettres de la ville, recouvertes de fleurs, trônent
au centre du lac et l'on s'attend à voir débarquer cendrillon en
tenue de bal.
Pause obligée avec les birmans
Les jeunes filles, que
l'on devine appartenir aux familles les plus aisées, sont
sur leur trente et un. L'une d'entre elles pose face au photographe,
cheveux teints en blond, lunette de soleil et
robe noire du dernier chic. Les moines, eux-même, ne résisteront
pas à poser devant un tel arrière plan !
La
musique live abreuve nos oreilles du son des slows les plus
lancinants. Tous les clips de Birmanie sont tournés ici si bien que
les paysages nous paraissent curieusement familiers après tant
d'heures passées dans les bus.
Les
deux gigantesque routes menant à Pyin Oo Lwin, l'une pour la montée,
l'autre pour la descente, nous paraissent disproportionnées par
rapport à la faible circulation présente, si ce n'est pour laisser
passer des convois militaires. Le caractère ubuesque du régime
s'illustre également dans la décision du chef du gouvernement, en
1974, sur conseil de son astrologue, de changer le sens de la
circulation : on y roule à droite alors que le volant des
véhicule, ex-colonie britannique oblige, est situé à droite.
Dernière aberration et pas des moindre : une nouvelle capitale, Naypyidaw, vient de sortir de le jungle sur ordre de la junte. S'étalant sur 7000 km2, désespérément vide, elle a été conçue pour éviter tout rassemblement de la population. Nous repartons avec l'idée que la Myanmar prend parfois des airs de Corée du Nord.
Dernière aberration et pas des moindre : une nouvelle capitale, Naypyidaw, vient de sortir de le jungle sur ordre de la junte. S'étalant sur 7000 km2, désespérément vide, elle a été conçue pour éviter tout rassemblement de la population. Nous repartons avec l'idée que la Myanmar prend parfois des airs de Corée du Nord.
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