Dès
nos premiers pas hors de l'aéroport de Rangoon, nous sommes séduits
pas l'ambiance de ce pays encore préservé du tourisme de masse.
Trois cent mille touristes parcourent, chaque année, les routes
birmanes contre plus de quinze millions chez son voisin thaïlandais.
Moines sous parapluie
Une
chaleur tropicale nous envahit, ralentissant tous nos faits et
gestes, telle une chape de plomb. Les femmes se recouvrent les
pommettes d'un masque d'écorce d'une blancheur jaunâtre, le
thanaka, pour se protéger des rayons féroces du soleil. Les hommes
portent de longues jupes bigarrées, le longyi, un tissu à carreaux
noué autour de leur taille.
Les moines, fort nombreux, arborent des tenues d'un rouge pourpre qui leur donnent un air sévère. Une carcasse de bus bringuebalante nous attend, sans vitre. Nous retrouvons le voyage tel que nous l'aimons, ambiance “roots”.
Défilé de moines pour ledéjeuner
Les moines, fort nombreux, arborent des tenues d'un rouge pourpre qui leur donnent un air sévère. Une carcasse de bus bringuebalante nous attend, sans vitre. Nous retrouvons le voyage tel que nous l'aimons, ambiance “roots”.
Suivant les préconisations du FAO, insectes au petit déj
Nous
avons réservé notre hôtel à l'avance, une fois n'est pas coutume.
L'offre d'hébergement pour étrangers est restreinte, seuls les
hôtels avec licence ont l'autorisation de nous accueillir. Les prix,
eux-aussi, sont spécialement destinés aux étrangers, une moyenne
de 20 dollars par nuit, soit l’hébergement le plus cher dans un
des pays les plus pauvres de l'Asie. Les pâles du ventilateur de
notre chambre, sans salle de bain, tournent à une vitesse si
ralentie qu'elles n'apportent aucune fraîcheur à nos organismes en
surchauffe.
Vêtues de rose pale, les nonnes attendent les offrandes
En
l'absence de réseau, nos téléphones portables ne nous sont
d'aucune utilité, ici. Peut-être aurons-nous la chance de
bénéficier de quelques connections Internet épisodiques. Nous ne
pourrons pas parcourir l'ensemble du pays, seule la partie Bamar
(birmane) est accessible aux étrangers. Les autres régions dominées
par des ethnies minoritaires sont formellement interdites, mises à
part quelques villes que l'on peut rejoindre uniquement par avion à
un prix prohibitif. La Birmanie est un pays sous contrôle étroit.
Des espions, parait-il, guettent...
Poissons séchés, boucanés, fumés, cuits, compotés ?
Nul ne sait
Un
rocher d'or
Le
lendemain, nous prenons le train pour nous rendre dans le sud-Est de
Myanmar. Nous demandons des sièges « ordinary class” mais
nous n'aurons accès qu'à la “classe supérieure”, trois fois
plus chère. Paiement en dollars uniquement avec enregistrement du
passeport obligatoire. En guise de “supérieure”, nous
bénéficions de sièges décrépis mais larges et molletonnés
tandis que la classe ordinaire n'offre que des plaques de bois. Bien
que l'allure du train soit très lente, les secousses sont telles que
nous manquons plusieurs fois de nous retrouver propulsés au milieu
du couloir … ou par le fenêtre.
La SNCF a encore une peu d'avance
Parvenus
dans la petite gare de Kyaikto, nous ne sommes pas au bout de nos
modes de transport insolites. Pour rejoindre le village de Kipun,
nous prenons un pick-up. C'est sur le toit que nous finirons, cheveux
au vent et mains fermement agrippées au rebord, avec une vue
imprenable sur la campagne environnante.
L'habitat reste rustique
Le
but de notre escapade est de venir admirer le fameux rocher d'or,
haut lieu de pèlerinage bouddhiste. Décidés à rejoindre le site à
pied, nous parcourons le sentier, quatre heures durant, sous les yeux
hilares des birmans, qui observent incrédules ces deux occidentaux
marchant au ralenti et suant à grosses gouttes dans une atmosphère
où même l'ombre nous étouffe. Les “Ming La Ba”, le bonjour
birman, pleuvent et les enfants nous adressent des sourires,
installés dans des huttes de bois recouvertes de feuilles de
palmiers.
Chaise à porteurs pour les plus riches
Pour
visiter le site du rocher d'or, Sabine doit revêtir une jupe, le
pantalon n'étant pas décent. Recouverte d'un tissu birman
spécialement achetée pour l'occasion, Sabine fait sensation auprès
des femmes qui la regardent avec amusement essayer de marcher dans ce
tissu trop étroit qu'elle n'a pas su nouer selon la mode
traditionnelle. Seul Aymeric aura l'immense privilège de toucher le
rocher, tenant en équilibre sur le vide, les femmes, éternelles
impures, ne peuvent y accéder. Selon le bouddhisme birman, les
femmes devront patiemment attendre une meilleure réincarnation …
en homme (car les femmes sont à mettre au même rang que les rats ou
les grenouilles) !
Équilibre instable
Insolites
transports
Le
retour, comme toujours épique, se fait à bord d'une camionnette,
une cinquantaine de passagers installée sur des planchettes en bois.
Il faut bien s'accrocher dans les virages pour ne pas tomber sur son
voisin de droite, de gauche, de devant ou de derrière. Le retour à
Yangon, en train, en siège ordinary cette fois-ci, s'annonce
sportif.
Le record est à cinquante moines
Nous
arrivons à la gare dès neuf heures et recherchons un guichetier.
Nous réveillons un homme endormi sous la guérite qui nous apprend
que le train ne passera qu'à midi et que nous ne pouvons pas acheter
de billet pour le moment. Nous attendons patiemment tandis qu'une
file de birmans nous passe devant achetant leurs billets sans le
moindre problème. Les minutes puis les heures s'égrènent. A midi,
à force d'acharnement, nous finissons par obtenir du guichetier une
nouvelle minute d'attention. Il daigne enfin nous demander nos
passeports pour remplir une série de formulaires. Nous les lui
tendons avec la monnaie pour les billets. C'est aussitôt
l'attroupement ; tous regardent avec curiosité nos passeports
et les dollars flambant neufs
Sur le visage, le thanaka remplace les produits l'Oréal.
Jusqu'à quand ?
Nous
repartons, triomphants mais épuisés, les tickets de classe
« ordinary » en poche. Nous pénétrons dans le wagon.
Les gens nous font signe que nous nous sommes trompés, nous
désignant la direction de la classe supérieure. Le contrôleur s'en
mêle et, à l'étonnement général, il confirme que nous sommes
bien titulaires de deux tickets de classe ordinaire. Il nous désigne
le banc en bois où bientôt nous seront entassés, avec les autres
passagers, au milieu des vendeurs de crevettes séchées. Tenant en
équilibre instable sur un bout de planche, nous laissons vagabonder
notre imagination en respirant des bouffées d'air chaud que laisse
échapper le ciel d'un outremer aveuglant.
Sur le toit
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