lundi 13 mai 2013

Chroniques birmanes

Le retour du « roots »
 
Dès nos premiers pas hors de l'aéroport de Rangoon, nous sommes séduits pas l'ambiance de ce pays encore préservé du tourisme de masse. Trois cent mille touristes parcourent, chaque année, les routes birmanes contre plus de quinze millions chez son voisin thaïlandais. 

 Moines sous parapluie

Une chaleur tropicale nous envahit, ralentissant tous nos faits et gestes, telle une chape de plomb. Les femmes se recouvrent les pommettes d'un masque d'écorce d'une blancheur jaunâtre, le thanaka, pour se protéger des rayons féroces du soleil. Les hommes portent de longues jupes bigarrées, le longyi, un tissu à carreaux noué autour de leur taille. 


 Défilé de moines pour ledéjeuner

Les moines, fort nombreux, arborent des tenues d'un rouge pourpre qui leur donnent un air sévère. Une carcasse de bus bringuebalante nous attend, sans vitre. Nous retrouvons le voyage tel que nous l'aimons, ambiance “roots”. 

 Suivant les préconisations du FAO, insectes au petit déj

Nous avons réservé notre hôtel à l'avance, une fois n'est pas coutume. L'offre d'hébergement pour étrangers est restreinte, seuls les hôtels avec licence ont l'autorisation de nous accueillir. Les prix, eux-aussi, sont spécialement destinés aux étrangers, une moyenne de 20 dollars par nuit, soit l’hébergement le plus cher dans un des pays les plus pauvres de l'Asie. Les pâles du ventilateur de notre chambre, sans salle de bain, tournent à une vitesse si ralentie qu'elles n'apportent aucune fraîcheur à nos organismes en surchauffe. 

 Vêtues de rose pale, les nonnes attendent les offrandes

En l'absence de réseau, nos téléphones portables ne nous sont d'aucune utilité, ici. Peut-être aurons-nous la chance de bénéficier de quelques connections Internet épisodiques. Nous ne pourrons pas parcourir l'ensemble du pays, seule la partie Bamar (birmane) est accessible aux étrangers. Les autres régions dominées par des ethnies minoritaires sont formellement interdites, mises à part quelques villes que l'on peut rejoindre uniquement par avion à un prix prohibitif. La Birmanie est un pays sous contrôle étroit. Des espions, parait-il, guettent...

 Poissons séchés, boucanés, fumés, cuits, compotés ?
Nul ne sait

Un rocher d'or

Le lendemain, nous prenons le train pour nous rendre dans le sud-Est de Myanmar. Nous demandons des sièges « ordinary class” mais nous n'aurons accès qu'à la “classe supérieure”, trois fois plus chère. Paiement en dollars uniquement avec enregistrement du passeport obligatoire. En guise de “supérieure”, nous bénéficions de sièges décrépis mais larges et molletonnés tandis que la classe ordinaire n'offre que des plaques de bois. Bien que l'allure du train soit très lente, les secousses sont telles que nous manquons plusieurs fois de nous retrouver propulsés au milieu du couloir … ou par le fenêtre.

 La SNCF a encore une peu d'avance

Parvenus dans la petite gare de Kyaikto, nous ne sommes pas au bout de nos modes de transport insolites. Pour rejoindre le village de Kipun, nous prenons un pick-up. C'est sur le toit que nous finirons, cheveux au vent et mains fermement agrippées au rebord, avec une vue imprenable sur la campagne environnante. 

 L'habitat reste rustique

Le but de notre escapade est de venir admirer le fameux rocher d'or, haut lieu de pèlerinage bouddhiste. Décidés à rejoindre le site à pied, nous parcourons le sentier, quatre heures durant, sous les yeux hilares des birmans, qui observent incrédules ces deux occidentaux marchant au ralenti et suant à grosses gouttes dans une atmosphère où même l'ombre nous étouffe. Les “Ming La Ba”, le bonjour birman, pleuvent et les enfants nous adressent des sourires, installés dans des huttes de bois recouvertes de feuilles de palmiers. 

 Chaise à porteurs pour les plus riches

Pour visiter le site du rocher d'or, Sabine doit revêtir une jupe, le pantalon n'étant pas décent. Recouverte d'un tissu birman spécialement achetée pour l'occasion, Sabine fait sensation auprès des femmes qui la regardent avec amusement essayer de marcher dans ce tissu trop étroit qu'elle n'a pas su nouer selon la mode traditionnelle. Seul Aymeric aura l'immense privilège de toucher le rocher, tenant en équilibre sur le vide, les femmes, éternelles impures, ne peuvent y accéder. Selon le bouddhisme birman, les femmes devront patiemment attendre une meilleure réincarnation … en homme (car les femmes sont à mettre au même rang que les rats ou les grenouilles) !

 Équilibre instable

Insolites transports

Le retour, comme toujours épique, se fait à bord d'une camionnette, une cinquantaine de passagers installée sur des planchettes en bois. Il faut bien s'accrocher dans les virages pour ne pas tomber sur son voisin de droite, de gauche, de devant ou de derrière. Le retour à Yangon, en train, en siège ordinary cette fois-ci, s'annonce sportif. 

 Le record est à cinquante moines

Nous arrivons à la gare dès neuf heures et recherchons un guichetier. Nous réveillons un homme endormi sous la guérite qui nous apprend que le train ne passera qu'à midi et que nous ne pouvons pas acheter de billet pour le moment. Nous attendons patiemment tandis qu'une file de birmans nous passe devant achetant leurs billets sans le moindre problème. Les minutes puis les heures s'égrènent. A midi, à force d'acharnement, nous finissons par obtenir du guichetier une nouvelle minute d'attention. Il daigne enfin nous demander nos passeports pour remplir une série de formulaires. Nous les lui tendons avec la monnaie pour les billets. C'est aussitôt l'attroupement ; tous regardent avec curiosité nos passeports et les dollars flambant neufs

 Sur le visage, le thanaka remplace les produits l'Oréal.
Jusqu'à quand ?

Nous repartons, triomphants mais épuisés, les tickets de classe « ordinary » en poche. Nous pénétrons dans le wagon. Les gens nous font signe que nous nous sommes trompés, nous désignant la direction de la classe supérieure. Le contrôleur s'en mêle et, à l'étonnement général, il confirme que nous sommes bien titulaires de deux tickets de classe ordinaire. Il nous désigne le banc en bois où bientôt nous seront entassés, avec les autres passagers, au milieu des vendeurs de crevettes séchées. Tenant en équilibre instable sur un bout de planche, nous laissons vagabonder notre imagination en respirant des bouffées d'air chaud que laisse échapper le ciel d'un outremer aveuglant.

 Sur le toit

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