lundi 13 mai 2013

Bangkok Blues

Nous arrivons à Bangkok enveloppés d'une chaleur étouffante à laquelle nous ne sommes pas habitués. Nous devons donc adapter notre mode de vie au 35°C ambiant. Les nuits fraîches de l'Himalaya sont dernières nous. On les regretterait presque.

Quand l'Occident offre ses merveilles à bas coût
 
Face à l'Inde chaotique et multiséculaire, nous nous retrouvons presque déboussolés dans cette mégapole ultra-moderne à la circulation trépidante mais parfaitement organisée, aux buildings altiers mais qui engloutissent avec voracité l'habitat traditionnel. La propreté est irréprochable mais il est interdit de manger ou boire dans les parcs aux allures de golf verdoyant. Les immenses centres commerciaux sont devenus les temples d'aujourd'hui. 

 Un zeste de tradition et beaucoup de modernité

Convertie au tourisme de masse, la Thaïlande offre tout le panel des loisirs possibles et inimaginables, avec autant d'objets ou de« sujets » de consommation associés. A ce titre, la fameuse Kao San Road concentre un nombre impressionnant d'enseignes commerciales, de magasins s'étalant sur plus de quatre rangées et d'agences de voyage aux formules alléchantes mais à l'arnaque facile. Les fausses cartes d'étudiants, d'identité ou de presse sont proposées aux passants sans dissimulation. Mecque de la contrefaçon, ce carrefour de l'Asie-du sud-est revêt tous les attraits de l'oasis occidental à bas coût.  
 Enfer occidental

Nous observons avec amusement, (enfin surtout Aymeric!), la faune touristique locale avec des tenues nettement raccourcies, défilée de mini-shorts aux lunettes extra-larges. Le sexe s'affiche ici tel un produit de consommation classique, proposant à foison des « ping pong show » ou des escort girls à la location pour une semaine, alors que la prostitution est pourtant officiellement interdite. Une française nous a d'ailleurs raconté que, dans un train, elle a même vu le contrôleur jouer le rôle d'entremetteur ! Nous découvrons aussi les lady boys, aux silhouettes ambiguës, représentant d'un troisième genre plutôt bien intégré à la société thaïe. Attention à ceux qui veulent goûter aux charmes de l'Orient, la confusion est parfois troublante !

Ancienne Venise de l'Orient
 
La Venise de l'Orient a donc grandement perdu de son pittoresque avec la modernité trépidante. Les vieux khlongs, canaux bordés par des cabanes en bois tenant vaillamment en équilibre sur des pilotis rongés par les eaux, ont laissé la place à des artères à la new-yorkaise où se concurrencent les voitures de marque japonaise. Seules subsistent les restaurants de rue, toujours très animés, qui recouvrent tous les trottoirs et servent les classiques de la cuisine thaïlandaise : brochettes, mangues et riz gluant dont raffole Sabine, pad thai, soupes...

Poissons frais

Les marchés colorés parfument les rues de leurs poissons frais et de durian, fruit qu'affectionnent les asiatiques (interdit dans les aéroports et le métro en raison de son odeur de pied persistante !). Les temples bouddhistes, appelés Wat, parsèment la capitale de leurs toits dorés. Wat Pho renferme un étonnant Bouddha couché de vingt mètres de long, recroquevillé dans un temple à peine plus grand que lui. Drôle de sarcophage ! 

 Même Bouddha fait la sieste

Chamboulements aquatiques
 
Initialement, notre programme était de rester trois jours à Bangkok, avant de découvrir Ko Tao, une île magnifique du Golfe du Siam durant une semaine de plongée, puis de revenir à Bangkok pour prendre notre avion en direction de Myanmar. La perspective de cette semaine sur une plage paradisiaque a animé nos soirées népalaises. Brevetés au Padi Open Water, nous pourrons alors faire d'autres plongées en autonomie. Le timing est court mais nous avions spécialement choisis nos dates pour le Myanmar en conséquence.

Lundi matin, nous préparons nos affaires. Nous devons prendre le bus, puis le bateau, le soir même, pour Ko Tao. Cependant, un obstacle de taille nous attend pour cette journée. Avant de partir, nous avons l'obligation de lancer une démarche essentielle pour notre voyage au Myanmar, à savoir la demande de visa. Ce dernier s'obtient « facilement » à l'Ambassade en trois jours. Autre spécificité, le Myanmar, sous embargo américain depuis plusieurs années, ne dispose d'aucun distributeur de billets (ou presque). Il faut venir avec de l'argent liquide, des dollars en l'occurrence. 

Avant l'effort

Les billets doivent, de surcroît, êtres neufs, c'est-à-dire sans pliure, jamais froissés et ne comportant aucune marque distinctive. A la moindre tâche, les birmans refusent de les changer. Sympa ! Nous lançons nos démarches tôt dans la matinée. Arrivés devant la banque, nous nous apercevons qu'elle est fermée. Étrange ! Nous apprenons alors qu'il s'agit d'un jour férié, et qu'il sera également suivi par deux jours fériés, la semaine prochaine pour … le nouvel An bouddhiste, la plus grande fête de l'année, le week-end prolongé où des millions de thaïlandais de Bangkok partent en vacances et durant lesquels toutes les banques et administrations sont fermées. La tuile ! Nous ne pouvons donc pas engager nos démarches ce lundi. Au revoir les plages thaïlandaises ! Nous sommes assignés à résidence à Bangkok jusqu'à notre départ … neuf jours plus tard.

 Skyline sauce thaï

Et ce délai ne sera pas un luxe pour accomplir toutes nos démarches fastidieuses. Photos d'identité en main et formulaires remplis, nous nous glissons dans l'Ambassade du Myanmar entre une dizaine de musulmans qui manifestent, après les émeutes, demandant la reconnaissance de leurs droits. Ambiance ! Ensuite, parvenir à se procurer des dollars neufs et suffisamment pour un mois ne fut pas une sinécure ! Aymeric essaye de retirer à un distributeur. Ce dernier annonce le succès de l'opération sans pour autant éditer les billets. 

Un peu de tendresse dans ce monde de brutes

Nous voici avec le compte débité et la carte bloquée ! Retour à la banque, on se perd en palabres et explications. La responsable du guichet arbore un sourire imperturbable mais n'apporte aucune réponse à notre problème. Finalement, le compte d'Aymeric sera re-crédité (sans le montant des commissions...) mais le plafond toujours bloqué. Sabine pourra retirer avec sa carte la semaine d'après, en plein milieu des jours fériés. Une liasse de bhats (la monnaie thaïlandaise) en main, nous ferons tous les bureaux de change de la ville pour trouver des dollars flambant neufs. Nous ne compterons pas le nombre de trajets, en bus, taxi, bateau et à pied le long de grands axes autoroutiers. Nous empaquetterons ensuite précieusement ces dollars si chèrement obtenus, tel un trésor pour qu'ils ne subissent aucune éraflure.

Bangkok stories
Cette semaine de transit est néanmoins riches en rencontres. Dans notre auberge, nous baignons dans une ambiance très francophone avec l'ensemble des routards français, belges et suisses. Que de soirées passées à échanger nos anecdotes de vies avec Sophie et Gaëtan à l'humour belge décapant, Sarah et Raymond deux amoureux en transit, Nicolas et Manuela nos deux professeurs « asie-mutés »... Mention spéciale à Michel et Christine et à leurs intarissables anecdotes. Nous renouons aussi avec l'actualité française, en plein cœur du scandale Cahuzac, lors de nos après-midi lecture à l'alliance française. 

Les pieds dans l'eau

Nous y rencontrons un professeur de français résidant depuis plusieurs années à Bangkok. Il nous raconte l'importance cruciale du roi pour les thaïlandais. Son image est effectivement omniprésente ; ses portraits immenses couvrent la ville de toutes parts. Il existe encore le « crime de lèse majesté », montrant une démocratie tiraillée entre chemises jaunes (conservateurs) et chemises rouges (partisan de l'ex premier ministre en exil) où le roi gouverne plus qu'il ne règne entre deux histoires de chemises.

 Un îlot de fraîcheur

Nous sommes aussi invités par une thaïlandaise croisée à la banque où nous avons passés plusieurs heures. Elle nous reçoit dans sa villa blanche, aux chambres entièrement en teck et entourées de jardins zen. Une halte dans un paradis tropical que nous aurions aimé prolonger car, dehors, une tempête d'eau gronde...

Pour le nouvel an, tous les thaïs, quelques soient leur âge, se balancent de l'eau à l'aide de pistolets en plastique (de vraies armes d'assaut!), de seaux et même, de lances à incendie. Nous nous retrouvons vite trempés de la tête au pied, et le visage recouvert d'un mélange d'argile et de talc. L'ambiance est électrique, mais très bon enfant ! L'agitation atteint son comble dans les quartiers de Kao San Road et Siam square où la musique crache des records en décibels et les passants sont attaqués au karcher ! 

 Une lumière dans la nuit

Ville définitivement placée sous le signe de l'eau, Bangkok sait utiliser son fleuve avec des navettes fluviales qui nous permettent de voguer de quai en quai, notre moyen de locomotion préféré, évitant les bouchons tentaculaires d'une capitale assiégée par des voitures individuelles, signe de réussite sociale accomplie.

Après une semaine de halte, nous avons hâte de reprendre la route. Fin prêts pour embarquer dans l'avion, direction le Myanmar !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire