jeudi 30 mai 2013

Chiang Mai, l'eldorado de quelques expatriés

Toutes les routes d'Asie du sud-est passent par la cité des anges, la moderne Bangkok. Nous ne pouvions pas échapper à la règle après notre retour de Birmanie. Nous voilà de nouveau dans la familière pension qui nous a accueillis pendant plus de dix jours, il y a plus d'un mois maintenant. Nous devons d'abord « digérer » le séjour birman avant de poursuivre notre route. Nous prenons le temps de mettre en ligne nos aventures. Sacré boulot ! Nous sommes regonflés à bloc pour reprendre notre route. Direction le nord-thaïlandais.

Le train de nuit pour Chiang Mai nous attend le jour suivant. Nous atterrissons dans un train de technologie japonaise. Même les toilettes sont à la nippone ! Un couple de hollandais, avec qui nous partageons le compartiment, nous raconte le temps où ils étaient expatriés en Indonésie, ancienne colonie batave. Ils ont visité l'île de Java il y a juste quelques semaines et n'ont rien retrouvé de l'endroit qu'ils avaient connu. L'Asie actuelle se transforme à un rythme effréné. 

 Pas touche aux places des bonzes

La Thaïlande est un des moteurs de cette évolution. Le tourisme de masse joue en ce sens un rôle considérable. Le train en est un exemple puisqu'il est rempli de touristes, style shorts courts pour les filles, débardeurs échancrés pour les garçons et tatouages pour les deux. Si la Thaïlande n'a jamais été, officiellement, colonisée, on a bien l'impression qu'elle est devenue un territoire occupé, voire assiégé, par des hordes de jeunes occidentaux consuméristes. Quinze à vingt millions de personnes ripaillent chaque année sur ses terres laissent quelques milliards de bhats pour construire l'avenir … et/ou ripailler à son tour !

Pas toujours si cool

A Chiang Mai, recommandée par d'autres voyageurs, nous posons notre barda dans une guesthouse, tenu par Xavier. Entrepreneur français, âpre au gain, il est en couple avec un thaïlandaise. En couple et non marié, la nuance est de taille en cas de rupture ! Il nous raconte ses aventures siamoises : son achat de quinze (!) appartements à Bangkok, son échec à imposer un restaurant gastronomique auprès des expatriés (« cela m'a coûté un appartement » précise-t-il), son implantation à Chiang Mai, la subtile gestion des ressources humaines locales (il faut savoir laisser dormir un employé sur un réfrigérateur quand la chaleur l'impose), ses rêve de grandeur (il est sur un projet de création d'une maison de retraite médicalisée pour seniors en mal de soleil et de vie facile). Son hôtel grouille de prétendants aux fruits de la croissance thaïlandaise. Les opportunités ne semblent plus permettre des bascules mirifiques comme autrefois mais permettraient de vivre confortablement ... à la sauce locale (un exemple récent est à lire sur la toujours instructive rubrique porte-monnaie du site Rue 89). Son agence de voyage, accolée à la guesthouse, ressemble à une salle des marchés. Six employés thaï concentrés comme jamais pianotent sur des ordinateurs dernier cri des transactions touristiques. La journée commence à 7h00 du matin et se termine à 7h00 du soir. Dans un français de cours d'école, l'un d'entre eux nous demande une caution pour occuper la chambre. Sans doute dans le cas, où nous décidions d'emporter l'écran plat (inutile) de plus d'un mètre de long dans notre poche !

French time

Au détour d'une de nos ballades en vélo, nous dégotons un restaurant style brasserie nichée dans une ruelle perdue de la ville. Il est tenu par un couple franco-thaï, mariée. L'amour doit être plus fort dans ce cas ou l'enrichissement moindre. On ne peut pas vous dire. Le menu propose de la ratatouille, de la bavette échalote ou encore du gratin dauphinois. Le lieu deviendra notre cantine occasionnelle. La femme du patron nous raconte le récit de sa vie: son histoire d'amour, son premier hiver en France (un choc quand on considère qu'à moins de 25°C, la laine est de sortie), sa découverte de la cuisine française (elle n'a rien réussi à manger les premiers mois, perdant dix kilos, les rattrapant ensuite avec la charcuterie), sa découverte de la politesse à l'européenne (« personne ne se sourit dans ce pays » selon ses mots), son dégoût du fromage (« ça, je ne pourrais jamais » dit-elle). Son français est excellent, son histoire attendrissante.

French touch

Nous écoutons aussi d'une oreille attentive les conversations qui se lient entre les clients, français pour la plus part, et installés à plus ou moins long terme dans ces confins thaïlandais. On se croirait dans un PMU de quartier, pastis au bar et discours antifiscale au comptoir. Le paiement des factures, et surtout l'énervement induit par cette injustice intolérable, semblent rythmer les vies. Ambiance très « petits blancs » comme on dit en créole mais au combien révélatrice. Les tropiques ne changent pas les habitudes si facilement. Au final, l’eldorado thaïlandais semble avoir perdu de sa superbe mais l'aventure reste, pour beaucoup, toujours tentante. Aymeric se bat pour rappeler que la vieille Europe à un avenir et que ses positions sont fortes. Les z'oreilles locaux n'en croient pas un seul mot. Vérification faite, la balance commerciale entre les deux pays est en faveur du tigre asiatique (déficit d'un milliard d'euro pour les frenchies). La crise résonne ici … comme une opportunité.

A Chiang Mai, nous ne cédons pas aux tentations touristiques qui nous apparaissent comme bien peu authentiques. A défaut peut être. Notre planning, serré, ne nous permet pas non plus de partir à l'assaut des montagnes du triangle d'or. Nous restons donc en ville, sur nos vélos, à pédaler dans ce labyrinthe géométrique, réglant nos affaires courantes et anticipant les suites de notre voyage. Un sacré taf !

La seule spécialité thaïlandaise à laquelle nous avons cédée est celle de ses soins médicaux. En effet, la Thaïlande a une excellente réputation en la matière. Même le Dalaï-Lama vient s'y faire soigner. Aymeric, pris d'une sensation de douleur aux gencives, nous oblige à visiter l'hôpital du cru. Dans une structure plutôt moderne, nous faisons la connaissance d'une dentiste thaïlandaise anglophone hilare. Elle rit à chaque précision qu'Aymeric lui fait. Rien de grave pour le moment. Croisons les doigts  et poursuivons les éclats de rire dans une zénitude bouddhiste de chaque instant. Direction la frontière laotienne.

PS : une violente fainéantise, liée à la chaleur sans doute, nous a empêché de prendre des photos. Cet article donc est quasi nu !

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