Toutes
les routes d'Asie du sud-est passent par la cité des anges, la
moderne Bangkok. Nous ne pouvions pas échapper à la règle après
notre retour de Birmanie. Nous voilà de nouveau dans la familière
pension qui nous a accueillis pendant plus de dix jours, il y a plus
d'un mois maintenant. Nous devons d'abord « digérer » le
séjour birman avant de poursuivre notre route. Nous prenons le temps
de mettre en ligne nos aventures. Sacré boulot ! Nous sommes
regonflés à bloc pour reprendre notre route. Direction le
nord-thaïlandais.
Le
train de nuit pour Chiang Mai nous attend le jour suivant. Nous
atterrissons dans un train de technologie japonaise. Même les
toilettes sont à la nippone ! Un couple de hollandais, avec qui
nous partageons le compartiment, nous raconte le temps où ils
étaient expatriés en Indonésie, ancienne colonie batave. Ils ont
visité l'île de Java il y a juste quelques semaines et n'ont rien
retrouvé de l'endroit qu'ils avaient connu. L'Asie actuelle se
transforme à un rythme effréné.
Pas touche aux places des bonzes
La
Thaïlande est un des moteurs de cette évolution. Le tourisme de
masse joue en ce sens un rôle considérable. Le train en est un
exemple puisqu'il est rempli de touristes, style shorts courts pour
les filles, débardeurs échancrés pour les garçons et tatouages
pour les deux. Si la Thaïlande n'a jamais été, officiellement,
colonisée, on a bien l'impression qu'elle est devenue un territoire
occupé, voire assiégé, par des hordes de jeunes occidentaux
consuméristes. Quinze à vingt millions de personnes ripaillent
chaque année sur ses terres laissent quelques milliards de bhats
pour construire l'avenir … et/ou ripailler à son tour !
Pas
toujours si cool
A
Chiang Mai, recommandée par d'autres voyageurs, nous posons notre
barda dans une guesthouse, tenu par Xavier. Entrepreneur français,
âpre au gain, il est en couple avec un thaïlandaise. En couple et
non marié, la nuance est de taille en cas de rupture ! Il nous
raconte ses aventures siamoises : son achat de quinze (!)
appartements à Bangkok, son échec à imposer un restaurant
gastronomique auprès des expatriés (« cela m'a coûté un
appartement » précise-t-il), son implantation à Chiang
Mai, la subtile gestion des ressources humaines locales (il faut
savoir laisser dormir un employé sur un réfrigérateur quand la
chaleur l'impose), ses rêve de grandeur (il est sur un projet de
création d'une maison de retraite médicalisée pour seniors en mal
de soleil et de vie facile). Son hôtel grouille de prétendants aux
fruits de la croissance thaïlandaise. Les opportunités ne semblent
plus permettre des bascules mirifiques comme autrefois mais
permettraient de vivre confortablement ... à la sauce locale (un
exemple récent est à lire sur la toujours instructive rubrique
porte-monnaie du site Rue 89). Son agence de voyage, accolée à la
guesthouse, ressemble à une salle des marchés. Six employés thaï
concentrés comme jamais pianotent sur des ordinateurs dernier cri
des transactions touristiques. La journée commence à 7h00 du matin
et se termine à 7h00 du soir. Dans un français de cours d'école,
l'un d'entre eux nous demande une caution pour occuper la chambre.
Sans doute dans le cas, où nous décidions d'emporter l'écran plat
(inutile) de plus d'un mètre de long dans notre poche !
French
time
Au
détour d'une de nos ballades en vélo, nous dégotons un restaurant
style brasserie nichée dans une ruelle perdue de la ville. Il est
tenu par un couple franco-thaï, mariée. L'amour doit être plus
fort dans ce cas ou l'enrichissement moindre. On ne peut pas vous
dire. Le menu propose de la ratatouille, de la bavette échalote ou
encore du gratin dauphinois. Le lieu deviendra notre cantine
occasionnelle. La femme du patron nous raconte le récit de sa vie:
son histoire d'amour, son premier hiver en France (un choc quand on
considère qu'à moins de 25°C, la laine est de sortie), sa
découverte de la cuisine française (elle n'a rien réussi à manger
les premiers mois, perdant dix kilos, les rattrapant ensuite avec la
charcuterie), sa découverte de la politesse à l'européenne
(« personne ne se sourit dans ce pays »
selon ses mots), son dégoût du fromage (« ça,
je ne pourrais jamais » dit-elle). Son français est
excellent, son histoire attendrissante.
French
touch
Nous
écoutons aussi d'une oreille attentive les conversations qui se
lient entre les clients, français pour la plus part, et installés à
plus ou moins long terme dans ces confins thaïlandais. On se
croirait dans un PMU de quartier, pastis au bar et discours
antifiscale au comptoir. Le paiement des factures, et surtout
l'énervement induit par cette injustice intolérable, semblent
rythmer les vies. Ambiance très « petits blancs » comme
on dit en créole mais au combien révélatrice. Les tropiques ne
changent pas les habitudes si facilement. Au final, l’eldorado
thaïlandais semble avoir perdu de sa superbe mais l'aventure reste,
pour beaucoup, toujours tentante. Aymeric se bat pour rappeler que la
vieille Europe à un avenir et que ses positions sont fortes. Les
z'oreilles locaux n'en croient pas un seul mot. Vérification faite,
la balance commerciale entre les deux pays est en faveur du tigre
asiatique (déficit d'un milliard d'euro pour les frenchies). La
crise résonne ici … comme une opportunité.
A
Chiang Mai, nous ne cédons pas aux tentations touristiques qui nous
apparaissent comme bien peu authentiques. A défaut peut être. Notre
planning, serré, ne nous permet pas non plus de partir à l'assaut
des montagnes du triangle d'or. Nous restons donc en ville, sur nos
vélos, à pédaler dans ce labyrinthe géométrique, réglant nos
affaires courantes et anticipant les suites de notre voyage. Un sacré
taf !
La
seule spécialité thaïlandaise à laquelle nous avons cédée est
celle de ses soins médicaux. En effet, la Thaïlande a une
excellente réputation en la matière. Même le Dalaï-Lama vient s'y
faire soigner. Aymeric, pris d'une sensation de douleur aux gencives,
nous oblige à visiter l'hôpital du cru. Dans une structure plutôt
moderne, nous faisons la connaissance d'une dentiste thaïlandaise
anglophone hilare. Elle rit à chaque précision qu'Aymeric lui fait.
Rien de grave pour le moment. Croisons les doigts et
poursuivons les éclats de rire dans une zénitude bouddhiste de
chaque instant. Direction la frontière laotienne.
PS : une violente fainéantise, liée à la chaleur sans doute, nous a empêché de prendre des photos. Cet article donc est quasi nu !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire