jeudi 16 mai 2013

Le printemps birman

Quand Yangon sort de la nuit

Nous voilà de retour dans l'univers urbain, après plusieurs journées dans la campagne reculée. Yangon nous attend avec ses marchés colorés. Nous arpentons les rues animées, les yeux collés par la nuit passée dans le bus et les narines saturées par l'odeur de poissons séchés.

 10 bananes = 25 cts d'euros. Qui dit mieux ?

La circulation est dense. Le nombre de voitures a, parait-il, triplé en un an, signe de l'émergence d'une classe moyenne avide d'accéder à cette toute nouvelle modernité. Les centres commerciaux fleurissent et de nouveaux complexes immobiliers remplacent les anciennes maisons victoriennes. Nous apprendrons à nos dépens (nous qui changions dans nos hôtels à un taux fort défavorable) qu'il n'est plus besoin de changer ses dollars sous le manteau pour obtenir des kyats, puisque les banques les délivrent désormais aux taux du jour. Et enfin, ultime signe d'ouverture : Coca-Cola a fait dernièrement son entrée dans le pays. Seul Macdonald n'a pas encore réussi à pénétrer le juteux marché birman.

Difficile de ne pas transpirer en visitant le marché par plus de 35°C

Après un demi-siècle de dictature, l'un des pays les plus fermés de la planète semble enfin goûter, certes du bout des lèvres, à la liberté. La vie culturelle reprend petit à petit ses droits. Les vendeurs ambulants de journaux ont repris leur place sur le trottoir. Nous croisons, éberlués, un stand de publicité pour un groupe de heavy metal où trône fièrement un sigle ACAP, « All Cops Are Bastards » ; une inscription passible de prison quelques mois auparavant.

 Aujourd'hui, prix spécial sur les pattes de poulet à l'unité !

Le vent de la liberté sonne la glas de la tyrannie

 Le père et la fille, deux vies tragiques, deux aspirations à la liberté

La Birmanie n'a donc plus grand chose à voir avec la prison à ciel ouvert qu'elle était, il n'y a pas si longtemps. La récente rencontre entre Barack Obama et Thien Sein, bien que polémique, s'inscrit à la suite d'une série de mesures desserrant le corset de la tyrannie : la libération de prisonniers politiques, l'autorisation des syndicats, la dissolution de la junte, la légalisation de la LND, la levée de l'assignation à résidence d'Aung Sun Suu Kyi, qui, après quinze ans d'enfermement, siège au Parlement depuis les élections législatives de 2012, aux côtés de ses propres bourreaux.

 La résidence, mise à la disposition par la junte, 
s'ouvre sur un lac en pleine ville, près d'un monastère

Souhaitant rendre hommage à cette combattante de la liberté, nous nous rendons en pèlerinage devant sa maison située aux abord d'un lac paisible. Les blindés qui encerclèrent maintes fois la rue de l'université, les bateaux de l'armée qui sillonnaient quotidiennement sur l'eau silencieuse, les gardiens lourdement armés qui faisaient le guet devant le portail ont maintenant disparu pour laisser place aux amoureux qui se prélassent au coucher du soleil, sous des ombrelles finement décorées. 

 A l'ombre des parapluies en fleurs

Nous finissons notre journée devant un road movie brésilien « Cinema, Aspirin and Vultures» de Marcelo Gomes offert par l'Ambassade du Brésil. Un bouleversant chef d’œuvre ! Un véritable hymne à la liberté, qui résonnera encore, nous l'espérons, dans ce pays pour ses prochaines élections.

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