Quand
Yangon sort de la nuit
Nous
voilà de retour dans l'univers urbain, après plusieurs journées
dans la campagne reculée. Yangon nous attend avec ses marchés
colorés. Nous arpentons les rues animées, les yeux collés par la
nuit passée dans le bus et les narines saturées par l'odeur de
poissons séchés.
10 bananes = 25 cts d'euros. Qui dit mieux ?
La
circulation est dense. Le nombre de voitures a, parait-il, triplé en
un an, signe de l'émergence d'une classe moyenne avide d'accéder à
cette toute nouvelle modernité. Les centres commerciaux
fleurissent et de nouveaux complexes immobiliers remplacent les
anciennes maisons victoriennes. Nous apprendrons à nos dépens (nous
qui changions dans nos hôtels à un taux fort défavorable) qu'il
n'est plus besoin de changer ses dollars sous le manteau pour obtenir
des kyats, puisque les banques les délivrent désormais aux taux du
jour. Et enfin, ultime signe d'ouverture : Coca-Cola a fait
dernièrement son entrée dans le pays. Seul Macdonald n'a pas encore
réussi à pénétrer le juteux marché birman.
Difficile de ne pas transpirer en visitant le marché par plus de 35°C
Après
un demi-siècle de dictature, l'un des pays les plus fermés de la
planète semble enfin goûter, certes du bout des lèvres, à la
liberté. La vie culturelle reprend petit à petit ses droits. Les
vendeurs ambulants de journaux ont repris leur place sur le trottoir.
Nous croisons, éberlués, un stand de publicité pour un groupe de
heavy metal où trône fièrement un sigle ACAP, « All
Cops Are Bastards » ; une inscription
passible de prison quelques mois auparavant.
Aujourd'hui, prix spécial sur les pattes de poulet à l'unité !
Le vent de la liberté sonne
la glas de la tyrannie
Le père et la fille, deux vies tragiques, deux aspirations à la liberté
La
Birmanie n'a donc plus grand chose à voir avec la prison à ciel
ouvert qu'elle était, il n'y a pas si longtemps. La récente
rencontre entre Barack Obama et Thien Sein, bien que polémique,
s'inscrit à la suite d'une série de mesures desserrant le corset de
la tyrannie : la libération de prisonniers politiques,
l'autorisation des syndicats, la dissolution de la junte, la
légalisation de la LND, la levée de l'assignation à résidence
d'Aung Sun Suu Kyi, qui, après quinze ans d'enfermement, siège au
Parlement depuis les élections législatives de 2012, aux côtés de
ses propres bourreaux.
La résidence, mise à la disposition par la junte,
s'ouvre sur un lac en pleine ville, près d'un monastère
Souhaitant
rendre hommage à cette combattante de la liberté, nous nous rendons
en pèlerinage devant sa maison située aux abord d'un lac paisible.
Les blindés qui encerclèrent maintes fois la rue de l'université,
les bateaux de l'armée qui sillonnaient quotidiennement sur l'eau
silencieuse, les gardiens lourdement armés qui faisaient le guet
devant le portail ont maintenant disparu pour laisser place aux
amoureux qui se prélassent au coucher du soleil, sous des ombrelles
finement décorées.
A l'ombre des parapluies en fleurs
Nous
finissons notre journée devant un road movie brésilien « Cinema,
Aspirin and Vultures» de Marcelo Gomes offert par l'Ambassade du Brésil. Un bouleversant chef d’œuvre ! Un véritable hymne à la
liberté, qui résonnera encore, nous l'espérons, dans ce pays pour
ses prochaines élections.
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