mercredi 10 avril 2013

Kolkata me mata !

L'idée de passer quelques jours à Kolkata (le nom indien de Calcutta) peut sembler osée au regard de sa réputation de cité où la misère règne toute puissante. Ce fut finalement une expérience très riche. Nous débarquons à la gare de bon matin en ayant fait la connaissance de Jean-Luc, un sexagénaire de Clermont-Ferrand, maître-nageur à la retraite, qui vient de passer plus d'un mois à randonner dans le Sikkim. C'est un voyageur au long cours. Il a déjà traîné ses guêtres dans un nombre incalculable de pays aussi bien en Asie qu'en Amérique du Sud ou en Afrique. Ses récits sont toujours emprunts d'une grande spontanéité. Nous finissons avec lui dans un hôtel médiocre. Son seul atout est cependant d'être situé dans un quartier central, dynamique et pittoresque.

 Le Victoria Memorial au crépuscule


Kolkata a été, avant Delhi, la capitale de l'empire britannique des Indes. Elle dispose donc d'un riche patrimoine colonial dont le Victoria Memorial est l'emblème absolu. Nous évoluons donc autour de vieux bâtiments défraîchis qui transpirent la perfide Albion. Le plan de la ville est organisé autour de grands axes avec, chose rare en Inde, de véritables trottoirs. Des espaces verts structurent également l'espace. Un vrai London à la sauce masala ! 

Tana rickshaw en attente de passagers 

Ce qui frappe les esprits, c'est de voir la rue comme un lieu de vie à part entière où les indiens se lavent, cuisinent, mangent, discutent, travaillent, dorment et font encore mille autres choses. Un spectacle permanent que l'on ne se lasse pas d'observer avec nos yeux éduqués par des mois de voyage en Inde.

Vue de l'intérieur

Kolkata, c'est avant tout une atmosphère, l’Inde telle que l'on imagine. Les rues sont grouillantes mais vivables et très vivantes. On peut se déplacer en tana rickshaws, tractés par la seule force des bras. Un reliquat colonial désuet, où un homme se démène pour tirer, par sa seule force, ses passagers. Ces moteurs humains sont des personnages souvent adorables, arborant un sourire sans faille tout en sachant s'imposer avec force dans une circulation démentielle. Il est étrange, même gênant, de se voir porter par ce mode de locomotion, au-dessus de la mêlée et des difficultés de circulation, mais qui s'avère l'ultime recours des habitants les jours de mousson.

 Le très traditionnel préparateur de bétel

Une flopée d'artisans installe leurs compétences dans la rue ou dans de minuscules échoppes. Tout l'éventail des métiers est représenté : coolies, porteurs de toute charge, réparateurs en tout genre, écrivains publics devant les administrations, armés de leurs vieilles machines à écrire, tailleurs à la minute, vendeurs de fruits et de légumes, petits restaurants à une seule spécialité, vendeurs de tchai servis dans un petit bol en argile que l'on détruit après chaque utilisation (système des castes oblige), vendeurs de fleurs… 

 Une abnégation absolue à sa tâche

Sabine profitera de l'occasion pour goûter aux joies des tailleurs sur mesure - souvent musulmans, avec une magnifique barbe blanche finement taillée - pour repriser ses pantalons. Un travail impeccable pour une poignée de roupies avec des personnes d'une gentillesse inimaginable. Aymeric réparera ses converses usées. Nous profitons de la proximité d'un marché, pour faire le plein, chaque matin, de bananes, des mangues (excellentes!) et de grenades. Un vendeur de crêpes végétariennes absolument succulentes trône à l'angle de notre rue. Nous userons et abuserons de cette gourmandise. On vient de loin pour se fournir. L'endroit est une vraie institution et un sacerdoce pour son cuisinier qui, de 10 heures du matin à 10 heures du soir, enchaîne des centaines de crêpes avec une dextérité exemplaire. Une douceur pour l'estomac et les papilles. Les heures passées à Kolkata se révèlent riches en petits plaisirs. Tant mieux !
 

L'écrivain public prend place dans la rue

L’anniversaire de Sabine a été le temps fort de notre trop (court) séjour à Kolkata. Aymeric s'était rendu de bon matin au marché aux fleurs dans l'espoir de lui rapporter les 33 roses qu'elle méritait. Malheureusement, il lui a été impossible de faire comprendre au vendeur sa commande, celui-ci n'imaginant pas que l'on puisse offrir autant de roses. La seule chose que le vendeur a compris du « thirty-three » prononcé par Aymeric a été trois fois trois. Sabine s'est donc retrouvée avec neuf roses, et pas une de plus.

 Un thali royal pour la 33 !

Nous avons enchaîné la journée par le meilleur restaurant jamais connu aux Indes. A la fois influencé par la cuisine du Bengale et du Rajasthan, sa carte était raffinée, originale et gourmande. Un étape culinaire dépaysante dans ces Indes où trop souvent, le rêve du repas se transforme en cauchemar de digestion.

 A l'ombre des fleurs

Nous avons ensuite déambulé sur le marché aux fleurs, coloré et authentique où des milliers d'indiens préparent les offrandes pour la puja. Un moment féerique. Nous avons poursuivis par les docks où l'animation foisonne autour des camions qui arrivent et repartent, la manutention étant assurée par une armée de travailleurs dégoulinant de sueur sous les 35°C ambiant.

 Chaud devant !

Cette ballade nous a menés jusqu'au quartier des sculpteurs d'argile dont les doigts agiles produisent, de génération en génération, des œuvres d'une grande qualité sur des structures en paille. C'est une des spécialités de Kolkata. Chaque fin d'année récompense d'ailleurs les plus belles d'entre elles.

 Un Golem en devenir ?

Nous finissons la journée en assistant à un match de cricket à deux pas de notre hôtel. L'équipe de Kolkata affronte celle de Delhi dans un stadium surchauffé. Bien entendu, le vendeur à la sauvette nous a revendu deux billets qui ne sont pas situées dans la même tribune. Il nous faudra un bon moment pour accéder à des places convenables, à côté de chers policiers qui nous ont servis de placiers ! Sabine est maintenant une grande connaisseuse de ce jeu à part et maîtrise les règles mieux que personne. Et heureusement, Kolkata a gagné, déclenchant la joie de milliers de supporteurs déchaînés

 Aucune retouche, les couleurs sont d'origine

Nous terminons notre séjour par la visite du temple de Kali, le principal lieu sacré de Kolkata, où une déesse terrifiante, aux trois yeux colorés, vous fixent de son regard de destruction. Les offrandes de chèvres éventrées gisent, sanglantes, à nos pieds.  Cela fait froid dans le dos ! A côté, se trouve l'endroit où Mère Térésa a accueilli, pendant de longues décennies les indigents de la ville dans ses mouroirs. La simple entrée dans ce lieu provoque un tel choc visuel qu'il semble indécent de rester une seconde plus.

 Bol d'argile à usage unique

Au final, Kolkata se révèle une ville de caractère, à l'identité forte et où une classe moyenne et intellectuelle s'affirme timidement. Dans la mosaïque indienne, Kolkata occupe une place à part. Fort de son statut de capitale du Bengale occidentale, elle conserve ses racines tout en jouant la carte de la modernité, une grande pauvreté continuant malheureusement à prospérer. Plusieurs habitants ont souligné les deux points communs que partagent le Bengale et la France : une des langues les plus poétiques du monde (dont l'ancien prix Nobel de littérature, Tagore, est le porte-étendard) et une cuisine d'exception (nos multiples expériences culinaires nous ont permis de goûter à l'une des meilleures cuisines qu'il nous a jamais été permis de connaître au cours de l'ensemble de nos voyages). Un habitant nous disant même que les bengalies étaient les plus français des indiens ! 

 Vendeur de couleurs ... sous parapluie

Enfin, Kolkata, la grand oubliée des voyages aux Indes, a réussi à amplifier notre goût pour ce pays - c'est vous dire - alors que les derniers jours passés à Varanasi avait laissé des souvenirs équivoques.


Notre voyage aux Indes se termine maintenant après trois mois de vagabondage. Destination Bangkok et la Thaïlande. Puisse notre évasion rester aussi belle !

1 commentaire:

  1. C'est toujours un sacré plaisir de lire vos périgrinations et cela motive aussi pour (re) découvrir certains coins traversés.
    Vivement les prochains épisodes ! J'espère que tout se passe pour le mieux pour vous.
    Des bises
    Sylvain

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