A
bord d'une jeep débordante de passagers, nous dévalons et remontons
les pentes en zigzags étroits, le cœur ballotté. Nous nous
dirigeons vers le Sikkim, contrée himalayenne coincée entre le
Népal, le Tibet et le Bhoutan. Pour y pénétrer, une autorisation
spéciale est nécessaire. Le Sikkim, fort de son identité
bouddhiste ancestrale, royaume indépendant jusqu'en 1975, fut
rattaché à l'Inde tardivement, après un accord en demi-teinte, le
gouvernement ayant su joué des dissensions entre une majorité
népalaise et les ethnies originelles, devenues minoritaires. L’Inde
y investit depuis sans relâche (les routes sont plus belles que
jamais) en vue d’étouffer dans l’œuf toute velléité
d'autonomie.
Le Kangchenjunga ... enfin (si, si, regardez bien !)
Peilling
est une petite bourgade aux allures népalaises où nous ferons
halte. Réputée pour sa vue fabuleuse sur le Kangchenjunga, notre
destination est cependant plongée dans un brouillard si opaque qu'il
nous empêche d'apercevoir, en journée, la moindre montagne. Nous hésitons alors
sur notre projet de rejoindre à pied les prochains villages de
Yuksom et Tashiding.
Le monastère est un des plus anciens du Sikkim
Nous
partons visiter le monastère bouddhiste de Pemayangtse. Sur le chemin du retour, nous découvrons la
« Lotus Bakery », une petite cabane de bois aux couleurs
défraîchies et au toit de tôle branlant. Tony nous accueille en
nous proposant du « jam-bun ».
Prononcé par lui « jambon », nous nous imaginons déjà
engouffrer un parisien. Nous comprenons vite qu'il est français et
que son « jambon beurre » n'est autre qu'un sandwich à
la confiture. Nous nous attablons et faisons sa connaissance.
Tony, notre source d’Éveil
Caractère haut en couleur, au franc-parler généreux, il est doté d'une silhouette-allumette. Bouddhiste depuis ses plus jeunes années, il est le bénévole motivé de cette boulangerie dont l'ensemble des profits sert à entretenir une école pour les orphelins de la région (la Denjong Padma Choling Academy). Tout en gardant un sourire digne d'un éveillé, il peste sans cesse, souvent à raison, contre l'organisation et le manque de moyens. Il s'essouffle à accueillir chaque client comme il se doit. Tour à tour, patron, serveur, cuisinier, il s'échine à maintenir hors des flots cette boutique faite de petits bouts de rien mais au supplément d'âme indéniable.
La maison où habite le Lama au Monastère
Immédiatement
séduits par le personnage, nous décidons de rester pour lui donner
un coup de main quelques jours. Il nous apprend que la boulangerie
appartient au monastère et qu'il faut, au préalable, que nous
soyons introduit auprès du Lama, le « Captain Yapo S.
Yongda », fondateur et directeur de l'école. Nous décidons de
l'attendre. Au bout de quelques heures, nous l'apercevons descendant
de sa voiture, entièrement revêtu de ses habits d'apparat, une
magnifique robe brodée brillant de milles feus sans oublier ses
souliers en pointe remarquables. D'une autorité qui s'impose
d'elle-même, il nous intimide d'emblée. Nous lui proposons, d'un
ton hésitant, notre aide modeste qu'il accepte de suite.
Sans
perdre une seconde, il donne un balai à Sabine et demande à Aymeric
de laver et arranger la devanture tandis qu'il distribue les ordres
aux équipes en cuisine au garde à vous. Nous voici, nettoyant de
fond en comble la bakery qui en avait grand besoin ! Nous nous
rendrons compte qu'il n'est pas aisé de laver sans aucun moyen.
L'arrivée d'eau est située à l'extérieur en contrebas de la
route. Nous utilisons des chiffons déjà salis par la crasse en
guise d'éponge et les restes de savon baignant dans une eau noire,
pour tout produit. Sabine finit enfin par retrouver la pelle à
balayette … dans la poubelle !
Sabine garde le sourire ... même à la plonge
Nous
restons impressionnés par les pâtisseries et viennoiseries
succulentes que la petite équipe (essentiellement des anciens élèves
de l'école) parvient malgré tout à concocter. Ils nous préparent
des pizzas atomiques « avec la dose de chilli » qu'ils
versent sans compter sur la pâte.
Une partie de l'équipe en action
Aymeric
dispose les tables à l'extérieur, le soleil ayant enfin décidé de
montrer ses quelques rayons. Avec cette nouvelle terrasse à la
parisienne, le succès est immédiat. Les jeeps de touristes
s'arrêtent et nous aurons même la visite d'une dizaine de jeunes du
« rotary international ». Cela aidera grandement à
augmenter les gains tout de même modestes de la boulangerie de 200
roupies à 1200, 15 euros par jour, soit 450 euros par mois. Une
vraie fortune !
Des élèves studieux et appliqués
Pour améliorer la communication, nous proposons d'exposer des photos des enfants de l'école pour expliquer la finalité de la boulangerie. Après l'accord indispensable du Lama, nous nous rendons à l'école munis de notre appareil photo. Le bâtiment, décrépi, est doté de salles de classe à l'ancienne avec de petits bureaux en bois et des tableaux à la craie. Les étages du haut sont constitués de dortoirs où les lits superposés s'alignent par dizaines. Une professeure nous explique que l'école manque cruellement de moyens malgré les dons et l'aide épisodique qu'apporte Dehli.
Les
enseignants, tout d'abord, sont au nombre de quatre pour plus de 250
élèves. Le matériel scolaire, ensuite, se compte sur les doigt
d'une main; les manuels et les crayons restent l'exception. Enfin,
les conditions de vie des enfants sont rustiques, le lavage à l'eau
froide n'empêche pas la propagation d'épidémies et les repas sont
à base de pommes de terre ou de riz toute l'année durant. Malgré
ses conditions rudimentaires, nous sommes vraiment étonnés par la
qualité de l'éducation (les élèves dès le plus jeune âge
peuvent s'exprimer en quatre langues, tibétain, népalais, langue
maternelle et hindi), la force morale de ses enfants, leur bonne
humeur, leur sourire, leur sens spirituel et l'énergie dont ils font
preuve pour entretenir les lieux. Nous comprenons que les moyens ne
sont pas suffisants mais qu'en tout cas, chaque moyen disponible est
optimisé à son maximum. Une solide leçon d'humilité s'offre à
nous !
Scène de vie à l'Academy
Apercevant les deux étrangers en goguette, les élèves accourent de toutes parts avec leur plus grand sourire. Curieux, ils nous bombardent de questions dans un excellent anglais et ponctuent leurs réponses de "yes, sir", "no, miss". D'abord timides face à l'appareil photo, les enfants rient ensuite aux éclats face à l'image que leur renvoie l'appareil photo. C'est l'attroupement et le succès assuré à chaque fois que nous montrons une photo. Avant de se rendre en classe, les élèves se réunissent dans la cour pour une parade très militaire. Puis, c'est la cohue générale pour rentrer en classe.
Prière matinale
Nous
imprimons les photos avec les moyens du bord, en noir et blanc, mais
qui, à notre plus grand étonnement, rendent un meilleur effet en
accentuant les contrastes de lumière. Nous proposons aux professeurs
de poursuivre le travail avec un groupe d' élèves. Ils
acceptent. Nous héritons de la « class ten » pour animer
un atelier découpage, plastiquage et coloriage. Voici les élèves
de 15 ans, découpant les photos, les renforçant avec du carton et
les recouvrant de plastiques avec un sérieux qui nous laisse
songeurs.
En moins d'une heure, le travail est réalisé ! Il ne nous reste plus qu'à recouvrir de photos les murs de la boulangerie tandis qu'une israélienne, passionnée de peinture que nous avons croisée, repeint l'écriteau pour lui donner une seconde jeunesse. Tony nous lance alors un « ça dégueule le classe ! » qui nous ravit !
Un sérieux sans faille
En moins d'une heure, le travail est réalisé ! Il ne nous reste plus qu'à recouvrir de photos les murs de la boulangerie tandis qu'une israélienne, passionnée de peinture que nous avons croisée, repeint l'écriteau pour lui donner une seconde jeunesse. Tony nous lance alors un « ça dégueule le classe ! » qui nous ravit !
Un vrai "Henri Cartier-Bresson"
Nous
repartons le cœur serré, laissant derrière nous toutes ses images
d'enfants désormais figés sous des reflets plastiques. Merci à
toi, Tony, pour ta personnalité d'exception et ton accueil. Courage
à vous les enfants pour la suite. Et que la maximum de personnes
dans cette Lotus Bakery se goinfre chaque jour de vos magnifiques
réalisations.
Un enfant, un sourire et une fleur
Que demander de plus !
On aura, par la suite, un mot de remerciement du Lama Yapo qui nous va droit au coeur :
Dear friends of Lotus Bakery and children of Sikkim, your noble idea of posting the photos of students and other attractive show-pieces magnified the entire environnement of the Lotus Bakery. We all hope your safe journey back home and a happy and prosperous life with the blessings of the pure land of demajong (Sikkim) and Padmasambhava (lotus Buddha) Warm regards
Direction la trépidante Kolkata dont la misère légendaire nous glace le sang rien que d'y songer !
Dear friends of Lotus Bakery and children of Sikkim, your noble idea of posting the photos of students and other attractive show-pieces magnified the entire environnement of the Lotus Bakery. We all hope your safe journey back home and a happy and prosperous life with the blessings of the pure land of demajong (Sikkim) and Padmasambhava (lotus Buddha) Warm regards
Direction la trépidante Kolkata dont la misère légendaire nous glace le sang rien que d'y songer !
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