Quitter
Varanasi s'imposait comme une nécessité pour nos organismes
fragilisés. La dureté de l'air ambiant devenait irrespirable. Nous
aspirions également à d'autres découvertes, plus naturelles
celles-ci.
Le chauffeur retrouvera-t- il son siège ?
La
route en direction du Népal n'a pas été une sinécure. Le bus nous
a conduit à la ville frontière après 12 heures de trajet pour
effectuer seulement 300 kilomètres. Ce n'est donc pas en Inde que
nous battrons nos records de vitesse. Le chauffeur est d'une
incroyable dignité : moustache finement taillée, silhouette
sculptée, turban posé sur son crâne où une mèche de cheveux
solitaire se distingue.
Qui se risquera sur les échafaudages en bambou ?
Ce
voyage en bus a été l'occasion de rencontrer un couple de
Munichois, Marie, collaboratrice pour Arte et Stéphane, voyageur au
long cours. Nous passerons la frontière ensemble. Bien entendu, il
fait nuit noire lorsque nous arrivons et nous n'avons pas de roupies
népalaises sous la main. Le visa doit être payé en dollars. Malgré
une tentative de négociation, nous n'arriverons pas à payer le
juste prix en roupies népalaises, le douanier en chef retenant un
taux de change totalement fantaisiste, selon son seul bon vouloir.
Nous atterrissons dans une pension crasse, un dhal népalais
réchauffé promptement avalé.
Le stupa indien laisse place à la pagode
Le
réveil est rapide. Nous souhaitons rejoindre le plus vite possible
le village de Tansen. Le couple d'allemands s'écharpent de bon
matin. Leur carte bleue s'est retrouvée coincée dans le
distributeur. Par compassion, nous leur prêtons de l'argent pour
qu'ils poursuivent leur périple. Nous n'en reverrons que la moitié,
un geste de solidarité bien mal récompensé.
Coucher de soleil sur les Annapurnas
La
route jusqu'à Tansen, la capitale de la province, est majestueuse.
Nous grimpons de la plaine du Gange jusqu'à 1.500 mètres d'altitude
dans un environnement abrupte de cultures en terrasse. Une multitude
de montagnes s’enchaînent les unes aux autres, comme une série
d'obstacles insurmontables.
Nous nous sommes mis à la mode locale !
Nous
choisissons de résider quelques jours à l'hôtel Srinagar (20 euros
la nuit, un luxe exceptionnel pour nous !) qui se situe au sommet du village.
Après une marche d'approche tout en sueur, nous découvrons
l'endroit, loin d'être touristique. Il domine d'un seul regard le
Dhaulagiri, la chaîne des Annapurnas et le Manaslu, trois
sommets de plus de 8.000 mètres (sur les 14 que compte la planète).
Le soleil colore leurs cimes lointaines d'un dégradé de rose tout
au long de la journée. Le temps est optimal en ce début de
printemps, le ciel d'un bleu crétois.
Une chaîne infranchissable se dessine à l'horizon
De
cet endroit, Maurice Herzog note, dans Annapurna premier 8.000,
qu'il succombe à une émotion vive lorsqu'il découvre, pour la
première fois, « l'objet de ses rêves », écrasé « par
la grandeur du spectacle ». Il conclut : « nous
devons au plus vite gagner ces montagnes et livrer bataille ».
Pour nous, la bataille n'a pas encore commencé. Affaiblis, nous
paressons gracieusement dans notre chambre, plusieurs jours d'affilé,
dans une quasi cabine de bateau avec vue panoramique sur les
montagnes, rempruntant sans peine le mode de vie « à la
Néruda ».
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