Vogue la galère !
Malgré
les dires contradictoires des rabatteurs, nous montons dans un bus
sans être certain de sa destination. Ce seront les passagers, et non
le conducteur, qui nous indiqueront l’arrêt approprié. Aussitôt
expulsés du premier bus, nous repartons dans le deuxième encore
plus petit et inconfortable pour dévaler à une vitesse folle les
dénivelés des montagnes. Déjà malade avant de rentrer dans le
bus, Sabine connaîtra toute la palette des "blancs-verts" que son
visage pouvait exprimer. Essayant de ne pas fixer du regard le vide
vertigineux des abords de la route, nous nous cramponnerons aux sièges avec
toutes les forces qui nous restent. De ce trajet, nous retiendrons
deux leçons. 1/ne jamais se mettre à l'arrière
d'un bus népalais. 2/ne jamais manger avant de prendre
le bus.
Des oies sauvages volent en file indienne
Nous
sommes immédiatement séduits par la gentillesse népalaise. Leurs
visages sont empreints d'une douceur inégalée. Ils vous couvrent de
« Namasté » à n'en plus finir. Les enfants agitent les
mains en nous adressant leurs plus beaux sourires. Nous découvrons,
avec plaisir, les femmes arpentées librement les rues. En Inde, ce
sont les grandes absentes de l'espace public, comme si un invisible
filet était tendu autour d'elles. Dans une campagne idyllique, nous
retrouvons des scènes de familles harmonieuses entourées de rizières
en étage qui recouvrent les versants des montagnes. Pays écrasé
par ses deux géants voisins, le Népal semble avoir été
épargné des invasions étrangères grâce à la dureté de son relief.
Maison à flanc de colline
Nous
sommes aussi comblés par leur générosité, nous offrant de
partager leur repas parfois frugal. Une femme, dont les rides
dessinent le visage comme des lignes de sagesse, tend inlassablement
son paquet de biscuit ultra-épicé à Sabine, qui aimerait refuser,
vu l'état de son estomac, mais cette dernière le propose si gentiment. Une
autre fois, assis aux abords d'un stupa, une famille pique-nique
tranquillement et nous propose de
partager leur curry de pomme de terre, aux épices atomiques. Un
accueil simple comme on en rêve !
Déjeuner avec vue
Pokhara
est le Disneyland du trekkeur. Lakeside, le quartier touristique, se compose d'une enfilade de magasins vendant le kit complet du montagnard. Nous
nous équipons au grès de notre avancée dans la ville :
bâtons de randonnée, pharmacie, polaires, bonnets, gants ... Les
échoppes sont collées les unes aux autres, recréant un oasis
d'occidentalité artificielle. Tout est contrefait, jusqu'à la
marque « North face » qui orne fièrement chaque vêtement
comme guise de qualité. Aymeric, à l’inverse, fait coudre sur sa
vraie polaire « North face » des fanions du drapeau
Népalais de face et les yeux bleus de Budha qui voit sur le dos.
Succès garanti !
Aymeric à la rame
Le
lac est somptueux. L'eau, d'un calme apaisant, reflète les monts
alentours. Nous le traversons en barque et grimpons à un magnifique
point de vue où trône un café tel un nid d'aigle. Un papy nous y
accueille désireux de faire la conversation. Nous redescendons avant
la nuit et croisons deux espagnols, une réunionnaise, deux
hollandais et deux australiens. Nous nous embarquons tous ensemble,
sur un pédalo instable. Les notes d'une musique de jazz s'égrènent
au vent. On se croirait dans un film d'émir Kusturica aux accents de
Walter Salles. Notre embarcation parvient avec grande peine à
atteindre l'autre rive, sous les reproches ivres de son propriétaire
trouvant son embarcation trop chargée.
Sabine au pédalo
Nous
terminons la soirée à parler de l'Inde avec le
couple d'espagnols, Daniel et Suzanne, tous les deux tatoués et
piercing aux lèvres. Ils sont tombés fous amoureux dans les rues de Pushkar
et depuis, ont trouvé en Asie leur refuge doré. Ils ont développé
un petit commerce de vêtements et de bijoux, qu'ils vendent dans les
festivals d'Espagne. Ils adorent Varanasi où ils sont restés des
semaines durant dans un des hauts lieux hippies de la ville. Chaque
matin, ils étaient réveillés par les singes où, par un étrange
effet de miroir, les animaux se retrouvaient en pleine liberté
observant au travers des fenêtres le couple protégé par de solides
barreaux de métal.
Un vrai lac italien en plein Himalaya
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