lundi 4 mars 2013

Pokhara, le miroir du lac d'Annecy

 Vogue la galère !

Malgré les dires contradictoires des rabatteurs, nous montons dans un bus sans être certain de sa destination. Ce seront les passagers, et non le conducteur, qui nous indiqueront l’arrêt approprié. Aussitôt expulsés du premier bus, nous repartons dans le deuxième encore plus petit et inconfortable pour dévaler à une vitesse folle les dénivelés des montagnes. Déjà malade avant de rentrer dans le bus, Sabine connaîtra toute la palette des "blancs-verts" que son visage pouvait exprimer. Essayant de ne pas fixer du regard le vide vertigineux des abords de la route, nous nous cramponnerons aux sièges avec toutes les forces qui nous restent. De ce trajet, nous retiendrons deux leçons. 1/ne jamais se mettre à l'arrière d'un bus népalais. 2/ne jamais manger avant de prendre le bus.

 Des oies sauvages volent en file indienne
 
Nous sommes immédiatement séduits par la gentillesse népalaise. Leurs visages sont empreints d'une douceur inégalée. Ils vous couvrent de « Namasté » à n'en plus finir. Les enfants agitent les mains en nous adressant leurs plus beaux sourires. Nous découvrons, avec plaisir, les femmes arpentées librement les rues. En Inde, ce sont les grandes absentes de l'espace public, comme si un invisible filet était tendu autour d'elles. Dans une campagne idyllique, nous retrouvons des scènes de familles harmonieuses entourées de rizières en étage qui recouvrent les versants des montagnes. Pays écrasé par ses deux géants voisins, le Népal semble avoir été épargné des invasions étrangères grâce à la dureté de son relief.

 Maison à flanc de colline

Nous sommes aussi comblés par leur générosité, nous offrant de partager leur repas parfois frugal. Une femme, dont les rides dessinent le visage comme des lignes de sagesse, tend inlassablement son paquet de biscuit ultra-épicé à Sabine, qui aimerait refuser, vu l'état de son estomac, mais cette dernière le propose si gentiment. Une autre fois, assis aux abords d'un stupa, une famille pique-nique tranquillement et nous propose de partager leur curry de pomme de terre, aux épices atomiques. Un accueil simple comme on en rêve !

Déjeuner avec vue

Pokhara est le Disneyland du trekkeur. Lakeside, le quartier touristique, se compose d'une enfilade de magasins vendant le kit complet du montagnard. Nous nous équipons au grès de notre avancée dans la ville : bâtons de randonnée, pharmacie, polaires, bonnets, gants ... Les échoppes sont collées les unes aux autres, recréant un oasis d'occidentalité artificielle. Tout est contrefait, jusqu'à la marque « North face » qui orne fièrement chaque vêtement comme guise de qualité. Aymeric, à l’inverse, fait coudre sur sa vraie polaire « North face » des fanions du drapeau Népalais de face et les yeux bleus de Budha qui voit sur le dos. Succès garanti !

 Aymeric à la rame

Le lac est somptueux. L'eau, d'un calme apaisant, reflète les monts alentours. Nous le traversons en barque et grimpons à un magnifique point de vue où trône un café tel un nid d'aigle. Un papy nous y accueille désireux de faire la conversation. Nous redescendons avant la nuit et croisons deux espagnols, une réunionnaise, deux hollandais et deux australiens. Nous nous embarquons tous ensemble, sur un pédalo instable. Les notes d'une musique de jazz s'égrènent au vent. On se croirait dans un film d'émir Kusturica aux accents de Walter Salles. Notre embarcation parvient avec grande peine à atteindre l'autre rive, sous les reproches ivres de son propriétaire trouvant son embarcation trop chargée.

 Sabine au pédalo

Nous terminons la soirée à parler de l'Inde avec le couple d'espagnols, Daniel et Suzanne, tous les deux tatoués et piercing aux lèvres. Ils sont tombés fous amoureux dans les rues de Pushkar et depuis, ont trouvé en Asie leur refuge doré. Ils ont développé un petit commerce de vêtements et de bijoux, qu'ils vendent dans les festivals d'Espagne. Ils adorent Varanasi où ils sont restés des semaines durant dans un des hauts lieux hippies de la ville. Chaque matin, ils étaient réveillés par les singes où, par un étrange effet de miroir, les animaux se retrouvaient en pleine liberté observant au travers des fenêtres le couple protégé par de solides barreaux de métal.

 Un vrai lac italien en plein Himalaya

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