6 jours de marche de Besisahar (820
m) à Manang (3540 m)
- Besisahar (820 m) - Bhulbhule (840
m) // Ngadi (890 m) : 1h30 ; + 70 m
- Ngadi (890 m) // Jaghat (1300 m)
: 5h ; + 710 m ; - 300 m
- Jagat (1300 m) // Bagarchap (2160
m): 6h30 ; + 860 m
- Bagarchap (2160 m) // Chame (2710
m) : 5h ; + 550 m
- Chame (2710 m) / Upper
Pisang (3310 m) : 5h ; + 600 m
- Upper Pisang (3310 m) //
Manang (3540 m) : 6h30 ; + 630 m ; - 400 m
Le
départ se précise. Nous nous décidons de réaliser le tour des
Annapurnas, trek accessible sans guide ni porteur. Le trajet se
découpe en douze jours, avec un passage de col à 5416 mètres.
Nous
préparons méticuleusement nos sacs. Il nous faut rassembler le
strict nécessaire sans pour autant oublier l'indispensable. Nous
faisons le plein de vivres, notre « fioul du trekkeur »,
avec pléthores de cacahuètes, raisins secs et amendes qui
alourdissent considérablement nos charges.
Point de contrôle obligatoire...
Avant de partir, nous devons acheter des permis : l'un pour accéder au parc des Annapurnas et l'autre pour disposer de l'autorisation de randonner. La distinction est subtile mais, ô combien, rentable ! Tout au long du parcours, nous serons maintes fois contrôlés par la police et l'office de tourisme. Gare à ceux qui cherchent à échapper aux contrôles, les mailles du filet sont très étroites.
... avec un douanier plutôt sympathique.
Nous prenons un bus matinal pour Besisahar, puis Bhulhule, avec poules et chèvres comme passagers clandestins. Nous rencontrons un couple « tour-du-mondiste », Guillaume et Natacha, qui, comme nous, se sont lancés dans l'aventure. Tout deux habitant en région parisienne et ingénieurs dans l'automobile, ils ont bénéficié d'une année sabbatique pour parcourir la Tanzanie, l'Inde, l'Asie du Sud-Est, l'Australie et l'Amérique Latine. Un programme chargé les attend ! Nous formerons un quatuor sur cette première partie de l'expédition.
Nous
débutons la randonnée avec les jambes engourdies et les épaules
courbées sous le poids du sac. Ce sera uniquement après quelques
jours que la marche nous paraîtra naturelle, dictée par les heures
du lever et du coucher du soleil. Nous perdrons vite la notion des
dates, ne sachant plus distinguer les jours de la semaine.
Les
paysages que nous traversons forment des vallées verdoyantes, des
cascades déversantes et des cultures en étage. Nous traversons des
ponts suspendus vertigineux, qu'Aymeric parcourt les yeux fermés
solidement accroché aux câbles attenants. Le bouddhisme d'influence
tibétaine sème ses empreintes le long du chemin. Ainsi, des
drapeaux aux cinq couleurs, les loungta, flottent au vent et dispersent leurs
prières comme des portes-bonheur. Nous n'omettons pas de faire
tourner les rangées de cylindres métalliques sur lesquelles sont
gravées des paroles sacrées, toujours plus pratique que de réciter
longuement des prières. Nous passons systématiquement à gauche des
stupas et des murs de prières comme le veut la coutume.
Les
villages de pierres sont accrochés au flanc des montagnes. Certains
semblent ne pas avoir été touchés par le temps tandis que d'autres
épousent sans hésiter le tourisme de masse. Les guesthouses
bourgeonnent dès les dernières heures de l'hiver. Une route se
construit entre Besichaar et Manang, changeant brusquement le mode de
vie des villageois. Elle sera achevée, comme l'indique le calendrier
népalais, en « 2069 ». Le débat fait rage entre ses
partisans, adeptes de la modernité et ses détracteurs souhaitant
conserver intactes ces montagnes sans âge.
Des cabanes sans âge
Les prix des lodges grimpent de manière vertigineuse avec l'altitude comme pris par une folie des grandeurs à l'image des montagnes qui les entourent. Natacha se révèle une redoutable négociatrice, le prix des chambres passant de « 200 roupies » à la gratuité complète. Nous comprendrons vite, qu'en cette période peu touristique, la plupart négocie « chambre contre nourriture », le prix des repas étant de loin le plus rentable.
Les villages de pierre
Un
autrichien, en goguette, lunette de soleil en étendard et queue de
cheval au vent, se plaint à haute voix, de la piètre qualité des
cuisiniers les traitant d'incapables, de dégénérés ou de
profiteurs. Ce n'est pas notre conception du voyage, et nous lui
rappelons les difficultés d'approvisionnement des gîtes. Même si
les jeeps et les motos ont fait leur entrée dans la vallée, la
plupart des
provisions
sont portées à dos d'hommes qui équilibrent le poids avec une
lanière qui leur cisaille le front. Nous verrons même deux porteurs
transporter des matelas, faisant plus de quatre fois leur poids !
Les matelas et....
... les contours des lits en porte-bébé.
Les chambres rustiques ne sont pas isolées ; un vent glacial s'infiltre dans les innombrables fissures des fenêtres, toit et porte. Nous pénétrons dans nos duvets tel des sarcophages, Sabine conservant, chaque nuit, ses trois polaires, ses gants et son bonnet. Nous oublions le plaisir des douches chaudes et, plus nous grimpons en altitude, plus nous abandonnons l'idée de nous laver les cheveux. Nous profitons des quelques fontaines dans les villages pour tenter un rapide shampoing quand le soleil brille encore avant que l'eau ne nous congèle le cerveau. Seul le « hot lemon » et les « noodle soup » sauront nous réchauffer.
... mais beaucoup moins la nuit !
Nous pénétrons en profondeur dans la vallée, rendant tout retour sur nos pas improbable. Le doute nous prend alors que le froid augmente en intensité et que nous passons les 3000 mètres. Un couple franco-népalais a rebroussé chemin, la neige obstruant le passage.
La découverte du monde vertigineux des cimes
Premier "presque 8000", l'Annapurna II
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