dimanche 31 mars 2013

Katmandou...Dou...Dou...Dou



 Dernière vue du lac de Pokhara

En prévision de notre long trajet en bus, nous avons la merveilleuse idée de nous lancer dans la préparation d'un pique-nique. Nous salivons d'avance sur un bon jambon beurre, partagé trivialement sur une nappe à carreau en plein champ népalais. Mal nous en a pris ! Trouver un supermarché n'est déjà pas une mince affaire. Mais, acheter de quoi faire un sandwich est encore plus complexe. Nous réussissons finalement à dénicher deux boîtes de thon en conserve, un pain correct, une douzaine de vache qui rit (encore l'un des restes de la colonisation française) pour une somme conséquente équivalente à un excellent restaurant népalais. Une fois dans le bus, la pause déjeuner déclarée, nous nous apercevons tardivement qu'il nous manque un ustensile indispensable, l'ouvre boite. Sabine demande dans la cuisine qui longe la route si quelqu'un peut nous ouvrir la boîte de thon. Les népalais observent la boîte, mi-interloqués, mi-amusés. Bientôt, c'est un attroupement qui se crée, l'un essayant d'ouvrir la boîte avec un couteau à bout rond, l'autre avec une pointe en métal. Ils demandent « what is it ? Which country are you from ? ». Ils ont du mal à imaginer qu'il s'agisse de poisson et refusent poliment de goûter à la mixture rosée et odorante. Pendant que Sabine s’escrime à ouvrir sa boîte de thon, Aymeric voit notre bus partir. Pris de panique, nous voilà courant à grandes enjambées avec les bouts de pique-nique nous échappant des mains. Parvenant à hauteur du bus, Aymeric entre et crie au chauffeur « You are crazy ! », avant de s'apercevoir qu'il ne s'agissait pas du bon bus. Nous revenons penauds, devant les népalais hilares. C'est décidé, ce sera le dernier pique-nique de notre périple asiatique !


A Katmandou, les yeux de Bouddha nous guettent

Le ventre creux, nous parvenons à Katmandou, capitale de plus d'un million d'habitants, située à 1350 mètres d'altitude. Grâce à notre expérience indienne, nous nous faufilons avec aise dans cette circulation dense et chaotique. L'ambiance de la ville nous plaît instantanément. Destination favorite des hippies dans les années soixante, la fameuse Freak Street de Katmandou s'est peu à peu vidée au profit du nouveau quartier touristique de Thamel où nous dégotons l'adresse routarde par excellence , la Yellow House, qui deviendra notre camp de base. 

Discussion au coin de la pagode


Peu de traces subsistent du Katmandou de l'époque, destination finale du « grand voyage », décrite par Charles Duchaussois dans « Flash » : "En sautant du camion, solide, confiant, j'ai tous les sens en éveil. Je suis dans une ville asiatique plate, pas très grande, à peine différente des autres, c'est-à-dire qu'elle grouille de monde, qu'on voit partout des coupoles, des temples. Mais celle-là a quelque chose de différent : l'air y est extraordinairement léger. C'est normal, Katmandou est à 1000 mètres d'altitude et au loin on voit les cimes enneigées de l'Himalaya. C'est cela, ma première impression, ce qui m'a tout de suite frappé : la légèreté de l'air. Il est vivifiant, très oxygéné, revigorant. Et, ironie, quand je pense aujourd'hui à ce qui m'est arrivé, je me dis : Au moins, ici, je vais m'oxygéner." Depuis, ce n'est plus les drogues qui intoxiquent le voyageur, mais la pollution qui drape d'un voile épais les contours de la ville dont la croissance ne cesse de décupler. Impossible donc de voir la moindre montagne à l'horizon. 

 Rickshaws prenant la pause
 
On essaye d'imaginer les hordes de hippies dépareillés débarquant pieds nus lors de la réception du 14 juillet 1969 dans les jardins coupés au cordeau de l'ambassade de France pour profiter des festivités. Nous, plus modestes mais bien avisés, nous profiterons de la soirée organisée par l'Alliance Française, un concert d'une dénommée Alice, groupe suisse, dans un quartier isolé de Patan. Sur un fond de jazz manouche, nous dégustons une pizza tandis qu'un suisse, à la retraite, nous explique que « plutôt que jouer au golf » il a fondé un orphelinat pour réfugiés bhoutanais d'origine népalaises et hindouistes, exclus de leur pays à la suite d'une directive du roi faisant sienne la dangereuse maxime « une seule nation, un seul peuple ». Excellente soirée … en français !

 Il faut savoir regarder au-delà du réel

Après nous être souvent égarés dans un maquis de ruelles semblables les unes aux autres, débouchant fréquemment sur des champs d'ordures, nous finissons pas décrypter le plan de la ville. Bientôt les bus locaux n'auront plus de secret pour nous. Nous découvrons les merveilles cachées de la vieille ville parsemées dans les différents quartiers de Kirtirpur, Bhaktapur, Bodhnath, et autre Swayambunath.

Parapluie pour une princesse

Nous retrouvons à chaque coin de rue et de cour d'immeubles, des pagodes, temples ou stupas. Les autels se comptent par milliers et des sacrifices d'animaux (poulets, boucs) sont encore pratiqués dans certaines villes pour calmer la soif sanguinaire de la déesse Kali. Nous assistons à des cérémonies religieuses interminables dont les codes nous restent impénétrables mais nous serons bénis à maintes reprises par l'eau versée avec générosité sur l'assemblée. 
  En attendant le sacrifice

Le temple des singes surplombe la ville de sa stupa gigantesque d'où nous guettent, impérieux, les yeux du bouddha. Des jeunes bonzes se chamaillent comme des gamins de leur âge, se tapant les uns sur les autres, faisant fi des enseignements pacifistes de leur religion. Le deuxième enfant de la famille est d'ailleurs la plupart du temps destiné à la vie monacale. Les vestiges traditionnels s'articulent autour de places centrales, les «Durbar Square », recouvertes de pagodes et d'un palais royal aux milles fenêtres ciselés. Les sculptures en bois, révélant l'art originel newar, sont d'une rare finesse et émaillés, ici et là, de scènes tantriques tout à fait explicites. Le Népal, endroit béni des Dieux, emporte sa société dans une piété fervente à la croisée des chemins entre bouddhisme et hindouisme. Nous aurons profondément aimé ce pays, vrai coup de cœur où l'on compte revenir un jour. 
 

Pagode à cinq étages

De retour à l'hôtel, nous rencontrons un couple en voyage de noces de six mois, Nicolas et Emmanuelle, l'un policier de son état et l'autre responsable d'un restaurant sur la Côte d'Azur. Emmanuelle est séduite par l'Inde où elle se rend chaque année durant les longs mois d'hiver. Elle nous raconte avoir emmené un de ses amis schizophrène, les indiens l'avaient pris sous leur aile lisant dans son regard une âme de bienheureux. Elle a aussi fait la rencontre d'un agora sadhu, divins parmi les divins, qui avale les restes humains qui ne brûlent pas dans les feus de crémation. L'Inde, dévoreuse des âmes, nous appelle une nouvelle fois sur son sol. Direction Darjeeling

 En plein Durbar Square

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