vendredi 22 mars 2013

Annapurna III - La conquête de l'inutile

3 jours de marche de 3540 m à 5416 m

- Manang (3540 m) // Letdar (4200 m) : 5h ; + 660 m
- Letdar (4200 m) // High Camp (4850 m) : 4h ; + 600 m
- High Camp (4850 m) // Thorung La Pass (5416 m) // Muktinath (3800 m) : 8h ; + 600 m ; - 1600 m

Le mal des montagnes n'est pas à prendre à la légère

Nous nous lançons dans l'ascension du col tant redouté. Un mal rôde ici qu'aucun ne peut contrôler, quelque soit son âge ou sa condition physique : il s'agit du mal aigu des montagnes (MAM pour les professionnels). Il se manifeste par des maux de tête, des troubles du sommeil, des difficultés de digestion et peut aboutir au coma voire à la mort. Une québécoise s'est trouvée ainsi contrainte de redescendre, prise de violentes migraines. Nous craignons d'être à notre tour surpris par l'altitude. Nous choisissons de faire le chemin en trois étapes. Au-delà de 4000 mètres, la respiration se fait plus difficile ; le rythme cardiaque s'accélère à chaque nouvelle foulée. Notre montée est lente et régulière. Bien acclimatés, nous souffrirons finalement peu de l'altitude.

 La neige commence à imposer ses contraintes

C'est plutôt contre le froid qu'il nous faudra lutter, un froid pesant qui nous prend en étau, nous ronge de l'intérieur, s'infiltrant dans chaque espace découvert. Nous parvenons ainsi au High Camp, situé à 4850 mètres. Beaucoup préféreront rester au lodge précédent, 400 mètres plus bas. Nous voici à peine arrivés que la neige commence à tomber à gros flocons accompagnée de rafales de vent inquiétantes. Pourrons-nous partir demain ? Le gîte ne dispose d'aucune source de chaleur, le poêle restera éteint, sans utilité, pour nos membres déjà endoloris. 

 Les premiers yaks prennent la pose

Nous essayons de nous réchauffer en compagnie de Valéry, un bénévole en Inde. Il nous raconte Calcutta, ses enfants des rues et ses décharges à ciel ouvert. Il nous dit mieux respirer à plus de 4000 mètres que dans les bas-fonds de cette ville indienne !

 Les cordées se mettent en branle au petit matin

Nous rejoignons transis de froid le baraquement qui nous fait office de chambre. Sabine ne cesse de claquer des dents. Nous finirons par sortir les couvertures de survie, seul moyen de conserver la chaleur que notre corps produit. La nuit sera courte. Dès 4h30 du matin, nous quittons notre duvet à regret, ajustons nos lampes frontales et partons dans la nuit ténébreuse, les pieds s'enfonçant jusqu'aux chevilles dans la neige. Une israélienne devra redescendre de toute urgence, dans des cris d'angoisse, atteinte d’hypothermie. Nous emboîtons le pas d'un groupe organisé de français accompagné d'un guide et de porteurs. Ils ouvrent la voie dissimulée sous la neige. Aymeric fait de la haute montagne en chaussures de trail, ayant protégé ses pieds avec des sacs plastiques en guise d'étanchéité. Le récit d'Alexandra David-Neel résonne sur nos visage brûlés par le soleil mais laissant nos pieds glacés.

  Sabine arrive tranquillement au col

Le soleil se lève peu à peu. Les crêtes se dessinent à l'horizon. Nous sommes entourés de neige, le blanc nous aveugle. Nous sommes littéralement éblouis. Nous atteignons enfin le col, prétendument le plus haut du monde, après cette nuit d'enfer. Nous sommes à la fois soulagés et fiers.

 Le col est franchi

Mais, une descente vertigineuse nous attend, de 1600 mètres, entièrement dans la neige. Nous glissons régulièrement, les chutes sont fréquentes. Mais nous découvrons peu à peu un paysage plus aride, annonçant les prémisses du Tibet.

 Une rude descente, dans la neige, s'engage

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire