Le
lendemain, nous débutons un trajet épique de Pondichéry à
Rishikesh d'une seule traite : plus de cinquante heures nous
attendent entre rickshaw, bus et train pour atteindre la ville
mythique où les Beattles se sont familiarisés au mysticisme
oriental.
Les Beatles avec Maharishi Mahesh Yogi en 1968 à Rishikesh
Après
cinq heures de bus bringuebalant, nous parvenons à la gare routière
de Chennai. Tout nous paraît chaotique dans cette ville tentaculaire
mais nous parvenons à rejoindre tant bien que mal la gare
ferroviaire dans un tohu bohu généralisé. C'est au moment de
déposer nos bagages, qu'Aymeric se rend compte de la perte de son
passeport. Pris de panique, le train partant dans deux heures, nous
essayons de rassembler nos idées. Le matin même, nous nous étions
rendus dans un bureau de change, le préposé nous avait donné la
monnaie sans nous rendre le passeport. Par manque de vigilance, nous
venions de perdre le précieux et unique sésame de tout voyageur.
Trois solutions se présentent alors à nous : retourner à
Pondichéry et renoncer à notre billet de train (les places étant
rares, nous repoussions notre trajet d'une quinzaine de jours et par
la même occasion nos retrouvailles avec Benoît), refaire le
passeport à Delhi (sachant que la procédure est longue et coûteuse)
ou compter sur une bonne âme à Pondichéry pour nous envoyer le
passeport oublié. Ce sera Christelle, du rêve bleue, notre fée qui
non seulement ira chercher le passeport mais aussi l'enverra en
recommandé à l'Ambassade de France à Delhi. Merci infiniment
Christelle pour ton aide indispensable à la poursuite de notre
voyage.
Après
ce rebondissement, soulagés, nous reprenons notre route, le cœur
plus léger. Notre wagon, plein à craquer, ne compte que quelques
rares femmes indiennes venues en famille. Dans le compartiment,
ballottés au milieu de grands gaillards indiens, nous tenons en
équilibre sur nos couchettes enchevêtrés dans nos bagages entre
deux ventilateurs ankylosés. Nous sommes en classe « sleeper »,
l'avant dernière avant les wagons à bestiaux où s'entassent de
véritables grappes humaines. Sabine aperçoit, effrayée, un cafard
qu'Aymeric attrape, courageux, entre les mains. Mais, nous
apprendrons vite que ce n'est pas un cafard contre lequel il fallait
se battre mais des dizaines qui traversent le wagon de toute part,
accompagnés, de blattes et de souris qui valsent au rythme des
tressaillements du train. Les nuits risquent d'être longues. Sabine
sort son attirail de protection (paréos, sac à viande) et
s’emmaillote tant bien que mal dans sa moustiquaire.
Heureusement notre train était moins bondé !
Aymeric
aura eu le temps de lire La grande sultane pendant que Sabine
enchaîne l'encyclopédique Lonely Planet sur l'Inde du Nord. Dans
les allées, défilent des vendeurs de tout poil et des hordes de
mendiants. Un jeune garçon, le dos couverts de tâches, pustules et
plaies, avance recroquevillé un chiffon entre les mains dégageant
les ordures du passage. Peu lui accorde de l'intérêt. Fait-il parti
de cette caste des intouchables, où leur droit à toute dignité est
nié et la servitude est la règle ? Aymeric se fera réveillé
par les caresses langoureuses d'un travesti demandant l’aumône
contre ses cajoleries.
Un rickshaw à Pondy
Cahin-caha,
nous parvenons à New Delhi au lever du jour, dans la fraîcheur
matinale, surpris que les indiens à l'arrivée du train sortent
bonnets, gants et couverture. Le grand Sud, et sa chaleur, sont bien
loin car règne ici une vague de froid inhabituelle pour la saison.
Perdus au milieu de la masse humaine grouillant dans la gare, nous
filons, conduis par un chauffeur de rickshaw unijambiste, jusqu'à la
gare des bus. Il règne un brouillard dense et angoissant. Pas un
occidental à l'horizon. Des visages blafards, burinés et usés
d'indiens qui se réveillent dans une ville gigantesque, noyée dans
la pollution, comptant autant d'habitants que la moitié de la
France, où rien n'est visible à plus de dix mètres avec cet air
vicié. Guidé par un vendeur de journaux, nous sautons dans le bus
pour Rishikesh. Huit heures de voyage en perspective sur des routes
encombrées et accidentées. Nous nous arrêtons à mi-voyage pour un
McMorning. Pas très authentique, on en convient, mais c'est
tellement régénérant de retrouver des pancakes chauds au sirop
d'érable de bon matin après un voyage éprouvant.


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