dimanche 3 février 2013

Voyage au bout de la nuit

Le lendemain, nous débutons un trajet épique de Pondichéry à Rishikesh d'une seule traite : plus de cinquante heures nous attendent entre rickshaw, bus et train pour atteindre la ville mythique où les Beattles se sont familiarisés au mysticisme oriental.

 Les Beatles avec Maharishi Mahesh Yogi en 1968 à Rishikesh

Après cinq heures de bus bringuebalant, nous parvenons à la gare routière de Chennai. Tout nous paraît chaotique dans cette ville tentaculaire mais nous parvenons à rejoindre tant bien que mal la gare ferroviaire dans un tohu bohu généralisé. C'est au moment de déposer nos bagages, qu'Aymeric se rend compte de la perte de son passeport. Pris de panique, le train partant dans deux heures, nous essayons de rassembler nos idées. Le matin même, nous nous étions rendus dans un bureau de change, le préposé nous avait donné la monnaie sans nous rendre le passeport. Par manque de vigilance, nous venions de perdre le précieux et unique sésame de tout voyageur. Trois solutions se présentent alors à nous : retourner à Pondichéry et renoncer à notre billet de train (les places étant rares, nous repoussions notre trajet d'une quinzaine de jours et par la même occasion nos retrouvailles avec Benoît), refaire le passeport à Delhi (sachant que la procédure est longue et coûteuse) ou compter sur une bonne âme à Pondichéry pour nous envoyer le passeport oublié. Ce sera Christelle, du rêve bleue, notre fée qui non seulement ira chercher le passeport mais aussi l'enverra en recommandé à l'Ambassade de France à Delhi. Merci infiniment Christelle pour ton aide indispensable à la poursuite de notre voyage.

Après ce rebondissement, soulagés, nous reprenons notre route, le cœur plus léger. Notre wagon, plein à craquer, ne compte que quelques rares femmes indiennes venues en famille. Dans le compartiment, ballottés au milieu de grands gaillards indiens, nous tenons en équilibre sur nos couchettes enchevêtrés dans nos bagages entre deux ventilateurs ankylosés. Nous sommes en classe « sleeper », l'avant dernière avant les wagons à bestiaux où s'entassent de véritables grappes humaines. Sabine aperçoit, effrayée, un cafard qu'Aymeric attrape, courageux, entre les mains. Mais, nous apprendrons vite que ce n'est pas un cafard contre lequel il fallait se battre mais des dizaines qui traversent le wagon de toute part, accompagnés, de blattes et de souris qui valsent au rythme des tressaillements du train. Les nuits risquent d'être longues. Sabine sort son attirail de protection (paréos, sac à viande) et s’emmaillote tant bien que mal dans sa moustiquaire.

Heureusement notre train était moins bondé !

Aymeric aura eu le temps de lire La grande sultane pendant que Sabine enchaîne l'encyclopédique Lonely Planet sur l'Inde du Nord. Dans les allées, défilent des vendeurs de tout poil et des hordes de mendiants. Un jeune garçon, le dos couverts de tâches, pustules et plaies, avance recroquevillé un chiffon entre les mains dégageant les ordures du passage. Peu lui accorde de l'intérêt. Fait-il parti de cette caste des intouchables, où leur droit à toute dignité est nié et la servitude est la règle ? Aymeric se fera réveillé par les caresses langoureuses d'un travesti demandant l’aumône contre ses cajoleries.

 Un rickshaw à Pondy

Cahin-caha, nous parvenons à New Delhi au lever du jour, dans la fraîcheur matinale, surpris que les indiens à l'arrivée du train sortent bonnets, gants et couverture. Le grand Sud, et sa chaleur, sont bien loin car règne ici une vague de froid inhabituelle pour la saison. Perdus au milieu de la masse humaine grouillant dans la gare, nous filons, conduis par un chauffeur de rickshaw unijambiste, jusqu'à la gare des bus. Il règne un brouillard dense et angoissant. Pas un occidental à l'horizon. Des visages blafards, burinés et usés d'indiens qui se réveillent dans une ville gigantesque, noyée dans la pollution, comptant autant d'habitants que la moitié de la France, où rien n'est visible à plus de dix mètres avec cet air vicié. Guidé par un vendeur de journaux, nous sautons dans le bus pour Rishikesh. Huit heures de voyage en perspective sur des routes encombrées et accidentées. Nous nous arrêtons à mi-voyage pour un McMorning. Pas très authentique, on en convient, mais c'est tellement régénérant de retrouver des pancakes chauds au sirop d'érable de bon matin après un voyage éprouvant.

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