Benoît
nous a enfin rejoint venant tout droit (ou presque) de Lyon après
vingt-quatre heures d'avion, une nuit mémorable à à Dubai et
Dehli, sept heures d'attente dans la gare, quatre heures de train,
une heure de bus et un enfumage (classique) avec le rikshaw du coin.
Benoît se purifie grâce à l'eau du Gange
Le
soleil n'est en revanche pas au rendez-vous. Il pleut des trombes
d'eau depuis le matin. Postés dans un cybercafé, nous l'attendons
au détour d'un chemin. Grâce à son sac énorme, nous l'attrapons
au début de la montée, en direction du Pyramide-Café, sur les
hauteurs. Nous le trouvons bien vivace après un voyage long et
pénible.
Malgré
la température fraîche et un ciel menaçant, nous décidons de
partir à la recherche de cascade en remontant le Gange. Des rangées
de fines montagnes s'élèvent hors de la plaine comme les doigts
d'une main himalayenne. Les ambassadors et les 4x4 roulent à vive
allure, nous éclaboussant au passage. Nous contournons des singes au
cul rouge. Nous les avons vu hier, attrapant les cheveux des
passantes par pleine poignée ou rebondissant sur les têtes
apeurées. Mais, la pluie est censée les éloigner et Benoît s'est
outillé d'un bâton défensif. Nous sommes tranquilles !
Soudain, un orage terrible s'abat sur le sentier. Nous nous réfugions
dans une cahute en bord de route, détrempés mais heureux d'avoir
trouvé un endroit au sec. Nous essayons de nous réchauffer autour
de braises incandescentes offertes par nos hôtes du moment. Trois
thés chais plus tard, nous filons observer les cascades rendues
boueuses par la pluie digne d'une mousson.
Le
chemin du retour toujours sous la pluie nous arrête sur les bords du
Gange là où des plages étonnamment blanches longent le fleuve
sacré. Endroit idéal pour tenter une baignade car « trempés
pour trempés », nous osons mais la température de l'eau nous
glace vite le sang. Benoît parviendra à y plonger les pieds.
Nous
repartons encore plus frigorifiés mais les pieds purifiés. Nous
visitons au passage un des célèbres temples à étages de
Rishikesh. Ce sont des bâtiments en béton, sans grâce
particulière, grimpant vers le ciel comme une tour de Babylone. A
chaque étage, se trouvent des sortes de chapelles dédiées à des
divinités différentes (sachant qu'on en compte des millions dans
l'hindouisme) et des vendeurs d'offrandes et objets sacrés en tout
genre. Nous succombons au rituel : fleurs, bracelets de fil
rouge lassé au poignet, et célèbre point rouge, sorte de troisième
œil dessiné au milieu du front, l’œil reptilien. Là-haut, nous
distinguons le frêle pont réservé aux piétons, surplombant une
eau tumultueuse.
La
nuit tombe, nous rentrons mouillé jusqu'aux os dans notre hôtel
glacial. Nous parvenons, après trois nuits, à négocier un engin
d'un autre âge en guise de chauffage qui nous apporte une maigre
source de chaleur. On est définitivement loin des douceurs
tropicales. Le restaurant nous réconforte de ses délices indiens.
Nous concluons le dîner par une orgie de chocolat méritée. Merci
Benoît !
Une fenêtre onirique
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