Nous
quittons notre repère des montagnes, polaires et capes de pluie sur
le dos. En dévalant les pentes douces, nous croisons un vieux
mendiant, courbé sous le poids de la vie, les jambes fines comme des
allumettes, la barbe blanche contrastant avec sa peau, couleur
d'ébène. Il nous demande de la lumière, nous lui donnons la lampe
de poche (merci à la mère d’Aymeric). Il repart, tout heureux,
d'un sourire édenté radieux.
Maison au cœur d'Haridwar
Nous
prenons un bus bringuebalant pour rejoindre Haridwar. Sous nos yeux,
défilent des paysages vallonnés, parcourus, ça et là, de champs
de riz d'un vert profond, traces de la révolution verte. Des enfants
échevelés, culs nus, jouent dans la terre désormais devenue boue.
D'autres sont simplement assis au milieu des rails de chemin de fer
collectionnant les cailloux sans se soucier le moins du monde de la
venue prochaine du train. Toujours aussi désarmant de voir tant de
joie chez ceux qui ont pourtant si peu. Et Benoît nous confie,
philosophe, sur les traces de Kérouac : « le
voyage, c'est la vie ! »
Lieu des rituels le long du Gange
Haridwar,
porte des Dieux, est une des villes sacrées de l'hindouisme où
toute l'année, des pèlerins viennent se baigner dans le cours
rapide du fleuve. A peine arrivés, nous entreprenons de prendre un
billet de train, opération des plus périlleuse en Inde. Nous
commençons par une première file d'attente, au hasard, ne sachant
quel guichet choisir. Les indiens nous passent devant de sorte que
l'attente s'allonge au lieu de se raccourcir avec le temps. Pris de
pitié, trois indiens prennent Aymeric sous leur coupe, lui indiquant
le formulaire adéquat et la manière de le remplir, digne d'une
administration des plus kafkaïennes. Nous repartons, enfin, fiers,
après deux heures d'efforts, notre billet en poche, tout en se
disant que, la prochaine fois, nous prendrons le bus.
Nous
pouvons désormais arpenter tranquillement les rues de la vieille
ville. Elles sont si étroites que l'on se croirait au cœur de la
médina de Marrakech. Les cahutes s'échelonnent, d'où s'élève
une fumée piquante, proposant des chapatis, nans et autres tchai.
Les objets sacrés, foulards et sacs recouverts de divinités
s'amoncellent. Nous parvenons au ghat Hari-ki-pairi, qui marque
l'endroit où Vishnou aurait fait tomber du nectar céleste. Des
centaines de pèlerins sont amassés sur ces marches descendant vers
le Gange. Ils déposent des offrandes sur l'eau, qui s’illuminent
d'autant de flammes vacillantes suivant le cours du fleuve
tumultueux. Nous nous laissons aisément emportés par cette vague
spirituelle au rythme des chants sacrés.
Chaque indien offre une coupelle de fleurs enflammée
De
retour à notre hôtel, choisi plus pour le coût modique que son
charme, nous nous retrouvons, nez à nez à nos portes fermées, les
deux clés bloquées dans les cadenas. Le garçon de l’hôtel vient
nous prêter main forte. D'abord avec un marteau dont l'extrémité
lui reste entre les mains, puis une lime se tordant à la moindre
pression, il finira par forcer directement sur les serrures ouvrant
sans difficulté nos portes d'où continuent à pendre les cadenas
fermement accrochés. La nuit fut agitée, Sabine cauchemardant sur
les cafards, Benoît sur la propreté douteuse de ses draps. Seul
Aymeric parviendra à dormir à point fermé.
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