dimanche 10 février 2013

Haridwar, le bain sacré

Nous quittons notre repère des montagnes, polaires et capes de pluie sur le dos. En dévalant les pentes douces, nous croisons un vieux mendiant, courbé sous le poids de la vie, les jambes fines comme des allumettes, la barbe blanche contrastant avec sa peau, couleur d'ébène. Il nous demande de la lumière, nous lui donnons la lampe de poche (merci à la mère d’Aymeric). Il repart, tout heureux, d'un sourire édenté radieux.

Maison au cœur d'Haridwar

Nous prenons un bus bringuebalant pour rejoindre Haridwar. Sous nos yeux, défilent des paysages vallonnés, parcourus, ça et là, de champs de riz d'un vert profond, traces de la révolution verte. Des enfants échevelés, culs nus, jouent dans la terre désormais devenue boue. D'autres sont simplement assis au milieu des rails de chemin de fer collectionnant les cailloux sans se soucier le moins du monde de la venue prochaine du train. Toujours aussi désarmant de voir tant de joie chez ceux qui ont pourtant si peu. Et Benoît nous confie, philosophe, sur les traces de Kérouac : « le voyage, c'est la vie ! »

 Lieu des rituels le long du Gange

Haridwar, porte des Dieux, est une des villes sacrées de l'hindouisme où toute l'année, des pèlerins viennent se baigner dans le cours rapide du fleuve. A peine arrivés, nous entreprenons de prendre un billet de train, opération des plus périlleuse en Inde. Nous commençons par une première file d'attente, au hasard, ne sachant quel guichet choisir. Les indiens nous passent devant de sorte que l'attente s'allonge au lieu de se raccourcir avec le temps. Pris de pitié, trois indiens prennent Aymeric sous leur coupe, lui indiquant le formulaire adéquat et la manière de le remplir, digne d'une administration des plus kafkaïennes. Nous repartons, enfin, fiers, après deux heures d'efforts, notre billet en poche, tout en se disant que, la prochaine fois, nous prendrons le bus.

Nous pouvons désormais arpenter tranquillement les rues de la vieille ville. Elles sont si étroites que l'on se croirait au cœur de la médina de Marrakech. Les cahutes s'échelonnent, d'où s'élève une fumée piquante, proposant des chapatis, nans et autres tchai. Les objets sacrés, foulards et sacs recouverts de divinités s'amoncellent. Nous parvenons au ghat Hari-ki-pairi, qui marque l'endroit où Vishnou aurait fait tomber du nectar céleste. Des centaines de pèlerins sont amassés sur ces marches descendant vers le Gange. Ils déposent des offrandes sur l'eau, qui s’illuminent d'autant de flammes vacillantes suivant le cours du fleuve tumultueux. Nous nous laissons aisément emportés par cette vague spirituelle au rythme des chants sacrés.

 Chaque indien offre une coupelle de fleurs enflammée

De retour à notre hôtel, choisi plus pour le coût modique que son charme, nous nous retrouvons, nez à nez à nos portes fermées, les deux clés bloquées dans les cadenas. Le garçon de l’hôtel vient nous prêter main forte. D'abord avec un marteau dont l'extrémité lui reste entre les mains, puis une lime se tordant à la moindre pression, il finira par forcer directement sur les serrures ouvrant sans difficulté nos portes d'où continuent à pendre les cadenas fermement accrochés. La nuit fut agitée, Sabine cauchemardant sur les cafards, Benoît sur la propreté douteuse de ses draps. Seul Aymeric parviendra à dormir à point fermé.

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