dimanche 3 février 2013

Le dimanche, c'est fertile

Nous commençons notre journée du dimanche matin par la visite d'une autre communauté où d'ex-sadhana (déjà trois exclus pour non-respect de l'interdiction de fumer !) ont trouvé refuge. Il s'agit du Boudha Garden. 

 

Un rond point original



Nous prenons ensuite la direction de fertile. Chemin faisant, nous sommes ralentis par une procession chamarrée, exclusivement masculine, avançant tambour battant. Le cortège suit une sorte de charrette ourlée de fleurs. Soudain, il s’arrête et bascule sur la gauche de la chaussée en direction d'un haut-vent. Nous comprenons. Une crémation va avoir lieu. Le corps d'une femme, âgée, est porté jusqu'au bûcher par l'assemblée. Nous restons là quelques minutes à observer le rituel. Des pétards sont allumés sans arrêt. Des chants s'élèvent du silence. Un bruit, à réveiller un mort, étourdit les esprits et les corps. Nous partons lorsqu'un homme, sans doute le fils de la défunte, tourne autour du corps, une cruche percée sur l'épaule, rependant autour du lui un lait nourricier. Nous sommes sous le choc d'apercevoir ce corps inerte offert aux flammes, nous rappelant la finitude de l'existence humaine. Mais, ne l'oublions pas car la précision est d'importance. A Auroville, on ne meurt pas (l'âme ne meurt jamais), « on quitte son corps ». Tout simplement.

 La fertile family au début des seventies

Savoir que le dénommé Johnny invite toute personne chez lui le dimanche matin était déjà une première avancée. La deuxième constituera à trouver l'endroit où il habite ! Nous savons que l'endroit s'appelle Fertile. Nous sommes armés d'un plan aurovillien qui, dans sa présentation est plus cosmique que pratique ! Nous avançons sur le bon chemin. La route se fait maintenant sentier dans la forêt. Nos indications se terminent. Le hasard nous ferra rencontrer à cet endroit précis trois français (Gérard, Cathy et Daniel) qui souhaitent également aller chez Johnny. Nous formons une méharée. Après avoir hélé une personne passant par là, nous atterrissons sur le bon embranchement, impossible à trouver par ses propres moyens. Nous arrivons chez Johnny, l'australien au grand cœur, la tête enturbannée tel un sadhou des temps immémoriaux. La forêt est dense à cet endroit. De multiples installations prennent place dans un joyeux bric-à-brac: des ateliers, une cuisine, une salle de repos, … Des outils et des objets hétéroclites sont présents partout. Une vingtaine de personnes est là à discuter et à manger. Nous sortons notre magnifique pain et notre délicieux miel pour le partager. L'ambiance est circulaire, sur un pied d'égalité, chacun existant comme il doit l'être. Johnny n'est pas là en chef : il rayonne et « diffuse les lumières ». Les conversations s'enchaînent avec les français rencontrés. Ils partagent des informations et des points de vue étonnants. Ils comptent installer à Auroville le premier campement de yourtes. Ils sont là pour plusieurs mois et sont déjà venus. « Si cela ne se fait pas, c'est que cela ne devait pas se faire » ; « L'énergie appelle l'énergie ». Gérard nous explique le principe du réseau Rainbaw dont il est un fervent promoteur : ce sont des lieux où l'on s'installe en communauté totalement librement. Cathy, les yeux pétillants, portant les rastas à plus de soixante ans, partage avec nous sa passion pour le yoga et la danse de la vie. Après le décès de son fils dans un accident, elle a appris à renaître à l'aide d'une nouvelle philosophie de vie. 

 
                                         Une cabane dans un arbre

Sabine explore les lieux. Elle découvre des cabanes dans les arbres. Superbes ! Perchées à plus de cinq mètres de haut, une tyrolienne peut être utilisée pour en redescendre. Apparemment, malades comme des chiens, les habitants n'ont pas le cœur suffisamment bien accroché pour l’utiliser. Même si leur état gastrique le nécessitait impérieusement !!! On explore également la pompe à eau actionnée par le vent. Elle est très haute, plus de vingt mètres. Sabine prend son courage à deux mains (et à deux pieds) et monte jusqu'à une plate-forme qui ouvre une vue magnifique sur les environs : une canopée verdoyante s'ouvre alors à ses yeux ! Bel exploit.

  
Une échelle vers le paradis

L'heure du départ sonne. Nous avons droit aux joies du Hug de Johnny. Il est fabuleux, un geste plein de générosité, de force et de respect. Il vaut tout l'or du monde ! Merci Johnny pour ce que tu es. Nous tentons de rejoindre la maison de Patrick nichée dans la forêt. Une nouvelle aventure commence. Nous demandons notre chemin à un motard croisé. Il nous indique la direction ; il est français et nous invite déjà à boire le thé. Incroyable hospitalité aurovilienne ! Arrivés chez Patrick, nous apprenons que malheureusement, il n'est pas chez lui.
Arrivée chez Gilles

Nous décidons donc de retrouver Gilles, le français croisé à l'instant. Il nous accueille chez lui, dans une maison construite en caissons, faite de bouse de vache et de sable. Deux hamacs trônent à l'extérieur constituant sa « principale pièce de vie ». Tout est calme et volupté ; le temps semble s'être arrêté. Son hospitalité est un cadeau. Il nous offre un thé à la menthe et engage la conversation. Il nous raconte son arrivée aurovilienne (il est là depuis deux ans) et les dessous de la vie sociale et de son organisation. Nous en apprenons plus sur les coulisses (pas toujours roses). Il nous explique les secrets de son installation : marseillais, travaillant à l'université, il a appris presque par hasard l'existence de cette cité idéale. Avec ses deux enfants et sa femme, il décide de tenter l'expérience, abandonnant tout sur place pour une nouvelle vie. Après sept mois de « guest » et un an d'essai sans compter les aller-retours en France pour accomplir les formalités de visas, il est désormais pleinement aurovillien. Mais, il aura, dans ce parcours initiatique, laissé quelques plumes, sa femme étant partie en compagnie d'un ancien d'Auroville, « le concierge » comme il l'appelle. Il nous apprend que soixante dix pour cent des couples ne résiste pas à l'expérience d'Auroville, la nature profonde de chacun refaisant surface.

Accaparé par son récit, nous ne repartons que la nuit tombée. Les phares de notre moped (la mobylette) ont « quitté leurs corps ». Heureusement, cette nuit de pleine lune nous aide à naviguer entre les venelles arborées. Avec les français rencontrés, nous dînons à la Terrace de la Solar Kitchen. L'atmosphère est à la quiétude. Nous vivons nos derniers jours à Auroville après avoir connu une de nos meilleurs journées. Nous enfourchons notre fidèle destrier, toujours sans lumière et entamons une ballade au clair de lune, le corps et l'esprit apaisés par la chaleur du soir. A Auroville, le bonheur n'est pas une idée neuve … c'est juste un art de vivre.

Le lendemain, nous reprenons nos travaux de « forçats » à Sadhana. Nous souhaitons profiter de la journée qui vient pour tenter de nouveau de voire Patrick. Aymeric profite du début d'après-midi pour aller boire une chai (thé indien) avec la moped. Mal lui en prend. La malchance joue en sa faveur. Un caillou vient se caler dans la chaîne. La moped s'arrête, stoppée nette, la roue arrière bloquée. Sous un soleil de midi, il est obligé de porter l'engin sur un kilomètre, la rage au ventre. En sueur, il arrive à Shadana. Il appelle le contact chargé de réparer le bicycle. Deux heures et quatre appels de relance plus tard, la sentence tombe : la moped a, elle aussi, quitté son corps. Il en est fini de nos aventures près du Matrimandir. Nous décidons de rejoindre Pondichéry, amers. Nous faisons nos adieux à la communauté et nous tournons, une larme à l’œil, la page aurovillienne de notre périple.

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