Après
dix heures de vol, nous atterrissons à Mumbai à une heure du matin,
épuisés et pleins d'appréhension. Affublés de polaires et de nos
chaussures de marche, nous nous apercevons vite que nos tenues sont
quelque peu exotiques vu le climat ambiant.
Sabine sait déjà parler à l'oreille des vaches sacrées
Après
avoir récupérés (avec un peu d'attente) nos bagages, nous prenons
un taxi pré-payé avec un prix deux fois plus élevé que la note
remise ! Deux indiens entreprenants nous sautent dessus pour
nous indiquer le taxi que nous avions déjà trouvé. Nous indiquons
l'adresse de l’hôtel que le chauffeur, bien sûr, ne connaît
pas. Il part quand même. Heureusement, après plusieurs détours et
renseignements pris, il nous dépose à bon port. Ouf ! Nous
rejoignons une chambre d’hôtel avec salle de bain privative, un
luxe en Inde. La chambre est parait-il sur classée par rapport au
prix. On se demande bien comment.
Le
lendemain, nous partons à la découverte de Mumbai. Grâce à notre
taxi hélé au coin de la rue, nous traversons les bidonvilles, et
nous observons de loin les toits chaotiques qui se superposent
défiant les lois de l'apesanteur. La ville nous paraît étrangement
calme, nous qui nous attendions à un flot ininterrompu de personnes.
Le dimanche, serait-il aussi un jour chômé en Inde ?
Nous
déambulons tranquillement dans les rues de Bombay, sans être
assaillis.
La
gare Victoria Terminus, le joyau de la colonisation britannique, est
un syncrétisme architectural original, où se fondent des influences
hindoue, musulmane et britannique. Elle est magnifique. C'est la plus
grande gare d'Asie. On imagine ici la splendeur des trains d'époques.
Nous tentons de déposer nos bagages pour la journée afin de
vadrouiller en paix. Toute une aventure débute. Auprès des
policiers locaux en uniformes impeccables mais au caractère
endolori, il nous faut d'abord leur demander s'il leur est possible
de vérifier nos sacs au scanner. Le récépissé donne droit
d’accéder au cloakroom. Cela nous l'avons compris après. Quatre
allers-retours, dont deux infructueux, furent nécessaires, tout en
gardant notre calme, pour parvenir enfin à déposer nos bagages. Premiers
curry pour Aymeric. La digestion offrira l'ultime verdict sur sa
qualité !
Ce
qui nous étonne à première vue, c'est la multitude de petits
métiers : le vendeur de thé chai qui parcourt la ville
d'une énergie infatigable en s'époumonant auprès de tous les
passants ; le préparateur de feuilles de noix de bétel (le futur
métier d'Aymeric !) qui est à l'Inde, ce qu'est l'expresso (très
serré) chez nous ; l'écraseur de cannes à sucre pour presser
des breuvages sans doute très laxatifs ; le vendeur d'eau (au
dé, au verre, à la demi-bouteille, à la bouteille, à la très
grande bouteille, au tonneau !), les porteurs en tout genre...
Ce
dimanche, les indiens pratiquent leur passion du cricket, héritée
du Raj britannique. L'ambiance est d'autant plus forte que l'Inde est
en train de perdre son honneur contre l'ennemi héréditaire, le
Pakistan, dans un test match qui se déroule au même moment à
Chennai. Dans chaque rue, ruelle, place ou parc, toute la gente
masculine joue avec des battes de cricket. Ce sont des hurlements de
joie à chaque point marqué. Près de l'université, un grand espace
est dédié à ce sport où des centaines de joueurs évoluent en
même temps sur des terrains de jeux qui s’entrelacent. Nous
dirions une université anglaise sur un gazon défraîchi où la
pluie a été remplacée par une chaleur tropicale. Inimitable !
Nous
passons devant une salle d'étude, chaises et tables en extérieur où
ils étudient studieux faisant abstraction du vacarme ambiant. Un
phalanstère du savoir au coin de la rue.
Mumbai,
c'est aussi toute une atmosphère. L'odeur d’encens se mêle aux
épices, à la poussière et à la pollution. Une chaleur moite vous
étreint instantanément. Les klaxons se donnent en concert. Mais
c'est surtout une misère évidente, qui se vit naturellement en
pleine rue, des hommes, des familles dorment à même le sol, en tout
endroit, les enfants marchent pied nus. C'est une sorte de tohu-bohu
général mais qui s'organise naturellement, une sorte de société
de la débrouille où chacun essaye de s’accrocher à une place
pour former un tout, hétéroclite.
Nous
parvenons à la porte de Bombay. On dirait que c'est ici que toute la
foule est condensée : badauds, mendiants, touristes,
quémandeuses tenant des singes en laisse. On est contrôlé, femmes
et hommes séparés. Nous dépassons facilement de plusieurs têtes
la foule. Ce qui nous amuse, c'est que les indiens essayent de nous
prendre en photo, en cachette.
Nous
terminons notre visite sur les bords de la mer d'Oman avec une vue
imprenable sur le sky-line des immeubles à la new-yorkaise.
D'inquiétants vautours et corbeaux rodent. Est-ce à cause des tours
parsis du silence de Malabar Hill, où les morts sont donnés en
pâture avant de rejoindre les cieux ?
Aymeric se rêvant en avatar de Ravi Shankar qui vient de mourir
Nous
rejoignons la gare en avance mais nous apprendrons vite qu'il n'est
nul besoin de se presser. Un allemand nous raconte que le train qu'il
attendait, après douze heures d'attente, fut annulé. Chacun a un
numéro de quai différent pour le même train. Nous croisons un
français, François. Il nous demande des conseils pour son train.
Nous n'en savons guère plus que lui et attendons ensemble. Le train
partira avec quelques minutes seulement de retard. On se croyait
sauvé. Il arrivera avec près de 12 heures de retard à l'arrivée,
plus que la durée du trajet estimé. Nous avons pris une place de
seconde classe, à savoir couchette à six places. Notre entrée est
remarquée. Nous avons la plus grande peine du monde à monter dans
nos couchettes, essayant de nous agripper à ce qui pouvait l'être,
devant une famille indienne hilare de notre maladresse. Nous tentons
d'organiser un petit espace avec nos sacs à proximité et dormons
recroquevillés, pour éviter que nos pieds ne dépassent.
Tellement
épuisés, nous parvenons à trouver le sommeil, même dans ce
confort rudimentaire. Nous comprenons vite qu'il faut éviter les
classes les moins onéreuses : les personnes sont entassés à 4
par couchettes ; soit près de 20 personnes superposées qui se
collent au fenêtre pour avoir un peu d'air. Bienvenue en Inde !
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire